Christophe Castaner, le président du conseil de surveillance du Port de Marseille-Fos, est revenu le 2 octobre dernier, lors du Forum économique d’Aix-Marseille, organisé par Provence Promotion, sur les avancées du projet de l’axe Méditerranée Rhône Saône (MeRS). Portée par Emmanuel Macron dans son discours sur Marseille en grand en 2021, l’ambition d’un axe fluvio-portuaire unifié semble avancer en coulisses. Christophe Castaner reconnait l’importance de l’hinterland pour le développement du port, en admettant les faiblesses actuelles, notamment ferroviaires. « On voit bien sur l’axe Méditerranée Rhône Saône que 80% du trafic passe par la route, 15% par le fret ferroviaire et 5% par le fluvial. Il faut que l’on soit beaucoup plus ambitieux. »
Pour développer le report modal vers un transport décarboné et connecté à l’hinterland et le Rhône, Christophe Castaner insiste ainsi sur le développement des services. La digitalisation doit être un moyen de renforcer ces échanges pour avoir un passage portuaire performant. « Nous avons mis en place le premier guichet unique portuaire européen, souligne-t-il. Il permet d’avoir un outil numérique pour tous les professionnels, agents maritimes, consignataires, qui donne la possibilité de s’acquitter de leurs obligations déclaratives lors de l’escale dans un port français. »
Pour accélérer sur l’hinterland et l’axe MeRS, l’ancien ministre plaide pour une approche terrain, pragmatique, basée sur un moteur : « Un partenariat public – privé. » Et d’afficher, comme il l’a déjà fait à de nombreuses reprises, sa prudence à construire un Haropa du sud : « Je crois que les réponses institutionnelles ne marchent jamais si elles descendent d’en haut et qu’elles négligent la réalité des acteurs locaux. »
Augustin de Romanet « écoute beaucoup et fait bouger sa doctrine »
Certes, « il faudra peut-être un outil public sur un certain nombre de sujets importants », reconnaît le président du port, qui dit rencontrer régulièrement Augustin de Romanet, chargé de conduire une mission pour faire des propositions sur l’axe MeRS. « Il avance en marchant, confie Christophe Castaner. C’est-à-dire qu’il écoute beaucoup et fait bouger sa doctrine. Mais tant qu’il n’a pas rendu ses conclusions, personne ne peut parler en son nom. »
En attendant le rapport « Romanet », Christophe Castaner témoigne du travail en cours : « Si l’ axe comprend un ensemble de partenaires, il faut les identifier. Nous avons travaillé sur un schéma directeur. Au-delà des questions de gouvernance, il s’agit de mesurer les potentiels. Nous avons ainsi identifié une trentaine de sites stratégiques qui peuvent permettre d’accueillir, non pas des activités portuaires, mais des projets industriels. Ces derniers, en se développant sur l’axe, confortent l’axe. J’appelle cela un aménagement « en tâche de léopard ». » Un développement qui reste compliqué, reconnaît-il, car « le port n’est pas acteur sur cette zone, il y a des multi-propriétaires aux profils extrêmement variés avec des projets tout au long du Rhône. »
L’importance de la logistique
Néanmoins il affiche sa détermination : « Je pense que l’on peut arriver à travers ces 30 sites à créer une colonne vertébrale de projets industriels, logistique, de transition écologique. » Une base qui pourrait aussi servir à désengorger la ZIP de Fos. « Si tous les projets actuels sur Fos aboutissent, nous n’aurons plus de foncier disponible. Et ce sera l’impasse. »
Christophe Castaner attire enfin l’attention sur la logistique. « Il faut que l’on soit largement meilleur sur la massification logistique parce qu’elle est au cœur de la stratégie. Et donc, par exemple, de dire : « Oui, on est capable de quadrupler notre capacité sur le fluvial, et de passer de 5 à 20% ». »
Après plusieurs rencontres ces dernières semaines, dont une organisée à la mi-septembre par le PDG de CMA CGM, Rodolphe Saadé, à Marseille (voir aussi les déclarations de la directrice des opérations de CMA CGM Christine Cabau-Woehrel), puis des échanges à Lyon fin septembre, Christophe Castaner annonce qu’un nouveau point sera fait sur le projet MeRS d’ici la fin de l’année avec un événement, en lien avec les deux préfets des régions Sud et Auvergne-Rhône-Alpes. Augustin de Romanet doit justement rendre les conclusions de sa mission à cette échéance.
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