Au Palais du Pharo, le vivant a servi de modèle à l’innovation. Pour sa 9e édition, le salon Biomim’ Expo a posé ses valises à Marseille mardi 28 octobre réunissant tout un écosystème de chercheurs, d’entreprises et de collectivités venus démontrer que la nature n’est pas seulement source d’inspiration : elle est désormais un partenaire stratégique de l’économie de demain. Et dans cette quête, le biomimétisme, ce champ qui consiste à imiter les formes, les matériaux et les stratégies de la nature, joue un rôle essentiel.
Après l’ouverture de la journée par Éric Berton, président d’Aix-Marseille Université, la première plénière « Pourquoi la nature nous inspire-t-elle ? », donne le ton. Sur scène, Kalina Raskin, directrice du Ceebios, le Centre d’études et d’expertise en biomimétisme, analyse : « On progresse. S’inspirer du vivant permet de repenser plus globalement en fait le modèle de l’organisation et de l’entreprise. Donc on commence à travailler sur des sites industriels, et donc travailler sur des procédés, l’implantation du site industriel dans son écosystème à travailler plus largement aussi sur des infrastructures tertiaires, sur les aménagements urbains, sur les politiques territoriales.»
Emmanuel Delannoy, co-fondateur de la Fresque de l’économie régénératrice, confirme : « C’est une manière de penser le cycle de la vie, de sa chaîne de valeur, de sa stratégie, de sa relation client, de son ancrage territorial et de ses relations avec les parties prenantes. C’est vraiment une porte d’entrée vers l’ensemble des sujets que l’entreprise doit adresser aujourd’hui.»

« La perte de biodiversité comme un risque majeur d’augmentation du risque climatique »
En fin de matinée, la deuxième grande plénière, « La biodiversité, le climat, l’océan et nous : destins liés », réunit quatre figures engagées – Maud Lelièvre, présidente de l’UICN en France, Patricia Ricard, présidente de l’Institut océanographique Paul Ricard, Jacques Rougerie « l’architecte de la mer » (agence Rougerie+Tangram) et Gilles Bœuf (conseil scientifique de l’Office français de la biodiversité).
Maud Lelièvre se félicite que climat et biodiversité soient désormais réunis sur la scène internationale : « Avant, on avait du mal à dire qu’il y avait un sujet en dessous de l’autre. Qu’il n’y avait pas le climat avant la biodiversité, mais les choses étaient vraiment liées. Le rapport du GIEC, intégrait la notion de biodiversité et la perte de biodiversité comme un risque majeur d’augmentation du risque climatique.Et après il y a eu la déclaration de l’Onu en mai 2022 qui a porté les deux sujets dans l’agenda, » une « décision décisive. » Pour Patricia Ricard, la nature n’est plus seulement une source de solutions, mais « un indicateur de la voie à suivre ».
Les entreprises locales au rendez-vous de Biomim’Expo 2025
Le show-room de Biomim’Expo rassemble plus de 120 exposants venus présenter leurs innovations bio-inspirées. Parmi eux, plusieurs structures du territoire méditerranéen, souvent petites mais solidement enracinées. Sur son stand, Anne, fondatrice d’OliviAnne à Salon-de-Provence, défend une approche de proximité : « Mon territoire, c’est le local, il y a tellement de choses autour », glisse-t-elle en ajustant ses mini-forêts ambulantes. La petite entreprise à mission s’apprête d’ailleurs à en planter une à Port-de-Bouc. Juste à côté, CérèsFlore, pépinière basée à Carpentras, cultive les graines qu’Anne replante ensuite. Elle aussi désormais en statut d’entreprise à mission, elle compte cinq salariés et travaille souvent avec les municipalités, notamment à Fuveau où elle participe au programme « un enfant, un arbre » avec l’école primaire.

Un peu plus loin, NAT’H, jeune entreprise d’Alleins spécialisée dans les abris d’oiseaux, complète ce trio provençal. Ses nichoirs, pensés pour s’intégrer directement aux bâtiments neufs, sont parfois posés sur les mêmes chantiers qu’OliviAnne. Les trois structures se recommandent mutuellement, échangent leurs savoir-faire, partagent même parfois des clients. Rien d’officiel, mais un maillage qui se tisse naturellement entre ces actrices d’un biomimétisme territorial et collaboratif, où chaque projet nourrit le suivant.
« Et si l’IA était profitable à la biodiversité? »
Non loin de là, Agriodor, venue de Rennes mais désormais installée sur le technopole de l’Arbois à Aix-en-Provence, attire les curieux. Leader mondial des répulsifs à pucerons naturels, la start-up a racheté il y a un an la pépite aixoise Cearitis, spécialiste des biotechnologies agricoles. Grâce à cette intégration stratégique, Alain Thibault confie pouvoir élargir les recherches sur « des insectes présents partout dans le monde ». Une nouvelle levée de fonds est déjà en préparation alors qu’une de huit millions d’euros vient d’être bouclée.
Non loin de là, Eliot Graeff, co-fondateur de la start-up Astéria, présente son activité. « Nous sommes une filiale conjointe entre le Ceebios et Anima, qui est un venture studio spécialisé dans le biomimétisme ».
Eliot Graeff, est aussi intervenu lors de la grand plénière de 14h, « Et si l’IA était profitable à la biodiversité? » « Tous les ingénieurs ne peuvent pas devenir biologistes, explique-t-il, alors nous avons créé un outil qui leur permet d’accéder facilement à la connaissance du vivant », explique-t-il sur son stand. Asteria a créé une plateforme regroupant plus de 60 000 modèles biologiques et 220 000 brevets bio-inspirés, exploitables via des algorithmes capables d’établir des analogies inédites entre fonctions naturelles et besoins industriels. Déjà soutenue par de grands groupes comme Renault ou L’Oréal, la jeune pousse prépare une levée de fonds de 30 millions d’euros et collabore avec l’Université d’Aix-Marseille autour d’une thèse sur l’éthique de l’IA. Un exemple d’hybridation entre technologie et respect du vivant.

Olivier Rovelotti, patron de la société marseillaise Natural Solutions connaît bien le sujet, lui qui documente dans des bases de données la faune et la flore dans ses bases et ses applications. « Notre objectif est de mettre le meilleur de la technologie au service de la biodiversité.» L’IA générative devient dans cette perspective un outil pour aider à voir l’invisible : « On connecte l’IA à nos bases pour pouvoir acquérir plus de données sur le terrain.»

Comment mieux intégrer la nature dans son modèle économique ? Une autre conférence en plénière aborde la question à travers des duos d’acteurs engagés. Ainsi Emmanuel Dujardin, président de l’agence d’architecture, d’urbanisme et de paysage Rougerie+Tangram (Marseille, Paris) vient dire tout le bien qu’il pense du parcours de la Convention des entreprises pour le climat (CEC Provence Méditerranée) qui a permis d’embarquer l’ensemble des 85 collaborateurs dans une approche au plus prêt du vivant intégrée aux activités du cabinet. Avant la CEC, Emmanuel Dujardin évoque une étape décisive de transformation : « J’ai pris conscience il y a cinq ans pendant le Covid de l’importance de laisser la nature et le vivant reprendre leur place. »

Les Biomim’Awards : quand la jeunesse s’inspire du vivant
Pendant les conférences en plénière, la salle 120 accueille la finale des Biomim’Awards 2025. Les étudiants rivalisent d’audace et de créativité pour proposer des innovations inspirées du vivant. Le grand prix, annoncé en fin de journée, revient à « Spiky Mune », projet porté par l’équipe iGEM IONIS 2025 : un vaccin comestible contre le choléra, intégré dans un cactus génétiquement modifié. L’idée : tirer parti de la résistance naturelle du Ficus indica, capable de survivre sans eau ni chaîne du froid. « Ce cactus est une vraie usine végétale », explique le jeune porte-parole de l’équipe, « il permet de produire localement un vaccin stable, sans dépendre d’une logistique coûteuse ».

Le deuxième prix est dercerné à Ant’ibiotique, projet développé par des étudiants de Subiotech (Lyon). Leur innovation s’inspire du système immunitaire des fourmis, dites « médecin », capables de produire des molécules antibactériennes naturelles pour protéger leur colonie. L’objectif : créer une nouvelle génération d’antibiotiques bio-inspirés.
Le palmarès complet mettait également à l’honneur les entreprises et la recherche : Agriodor remporte le prix Start-up devant Crystal Energy et Ehotil. Antcar (ISM) a été distingué dans la catégorie Recherche. Sea Blocks reçoit le Coup de cœur du jury et Crystal Energy un prix spécial Énergie.
En fin de journée, alors que la lumière décline sur le Vieux-Port, les organisateurs invitent les participants à se rassembler autour de « l’Appel du Pharo », une photo collective pour clôturer cette édition marseillaise très réussie. À l’année prochaine Biomim’expo !
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