La zone industrialo-portuaire (ZIP) de Fos, au coeur des enjeux de décarbonation du territoire, est à tout juste 10 km de la base aérienne d’Istres qui concentre elle aussi des défis majeurs, cette fois dans le secteur militaire. Et ce voisinage menace l’un des projets emblématiques de la ZIP, Deos (Développement de l’Eolien Offshore), porté par le Grand port maritime de Marseille.
La plateforme veut être le grand centre de construction et d’assemblage des éoliennes en mer en Méditerranée. Elles seront ensuite notamment installées dans les fermes commerciales annoncées ces dernières années en France. L’investissement est conséquent avec quelque 550 millions d’euros qui permettraient la création jusqu’à 1500 emplois directs.

Mais il y a un gros hic : la hauteur des éoliennes, qui culminent à 300 mètres au sommet de la pale, est incompatible avec le trafic de la base militaire 125, la plus grande base de l’Armée de l’air française, et qui fait partie des trois bases aériennes qualifiées de « stratégiques » par l’Armée de l’air. Depuis que ce sujet technique a émergé l’année dernière, et le bras de fer engagé entre les différentes directions dans les hautes sphères de l’Etat, les arbitrages sont, selon plusieurs sources interrogées par Gomet’, défavorables au projet Deos tel qu’il est aujourd’hui.
Au cours de l’année 2025, le préfet Leclerc, moins diplomatique que son prédécesseur, a tranché en faveur des militaires tout comme l’ancien Premier ministre François Bayrou interpellé en vain par Renaud Muselier, le président de la Région Sud, inquiet pour l’avenir du projet Deos.
Deos, des perturbations sur les écrans radars
Dans le rapport synthétisant la concertation préalable sur le projet, menée en 2024, le rapporteur public ne cachait pas la problématique. « Le port de Marseille-Fos a identifié des séquences de montage et de tests venant potentiellement interférer avec des enjeux militaires. En effet, une fois assemblées, les futures éoliennes présenteraient une hauteur en haut de pale supérieure à 300 m et viendraient ainsi engager les plafonds aériens. Par ailleurs, ces mêmes unités sont susceptibles de générer des perturbations sur les écrans radars, quand bien même leur mouvement serait limité à leur rythme minimal de rotation. »

Mais la tonalité à l’heure de la sortie du rapport en janvier 2025 semblait encore positive : « Le GPMM bénéficie de retours d’expérience dans le cadre du projet Provence Grand Large porté par EDF RE, écrit le rapporteur. L’assemblage sur le port des trois éoliennes pilotes avait été rendu possible à l’issue d’un arbitrage au carrefour d’enjeux économiques, énergétiques et militaires. Il avait nécessité une expertise toute particulière des différentes parties. Le port de Marseille-Fos a initié une démarche de conciliation des différents usages, notamment militaires, dont le point de départ sera la réalisation d’une étude de faisabilité. Cette étude permettra de définir à un stade préliminaire les opérations qui pourraient être admises concernant l’assemblage des éoliennes. Des conditions générales d’utilisation du site pourront en découler avec, par exemple, des limitations sur le tirant d’air des grues et structures, des limitations pour les vitesses de rotation des éoliennes dans le port, etc. »
Et de donner rendez-vous au GPMM : « La faisabilité sur la conciliation des différents enjeux devra être levée au plus tard avant le début de l’année 2026. » À moins de deux mois de cette échéance, une source autorisée de Marseille-Fos interrogée par Gomet’ fournit quelques éléments d’avancée.
Deos : vers une division du travail avec Port-la-Nouvelle ?
Elle confirme bien, d’abord, tout en utilisant le conditionnel, qu’« il y aurait effectivement une incompatibilité entre les contraintes aéronautiques de la zone et le montage d’éoliennes flottantes de grande dimension dans le port. » Autre confirmation, l’étude d’un scénario alternatif au projet initial : « Les solutions sont toujours à l’étude. Le projet fait ainsi l’objet de plusieurs études pour identifier de potentielles solutions techniques ainsi que de nouveaux scénarios éventuels compatibles avec les enjeux militaires identifiés. »
Dans ce cadre, notre source précise que « plusieurs options sont envisagées, notamment une version du projet recentrée sur la seule construction des flotteurs, sans activité d’assemblage d’éoliennes ou de maintenance lourde, en synergie avec le port de Port-la-Nouvelle (dans l’Aude, ndlr), ce dernier ayant également vocation à accueillir des activités industrielles liées à ces projets d’éoliennes offshores. Le modèle économique de ce scénario est à l’étude. »
Pendant ce temps, précise enfin le port, « le calendrier sur la conciliation n’a pas évolué ». Rendez-vous donc en janvier prochain pour être fixé sur le futur de Deos.
Liens utiles :
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