Témoin de l’actualité de l’économie textile régionale, comme le procès Shein ouvert à Àix le 12 janvier et les difficultés des enseignes marseillaises Jott et Fil Rouge (en redressement judiciaire depuis décembre) ou Kaporal (liquidée en mars dernier), Gomet’ interroge sur les enjeux du secteur Jocelyn Meire, administrateur de la Fédération française du prêt-à-porter et président du syndicat des entreprises de mode dans notre région Mode in Sud et de l’école de production de confection textile Fask Academy, issue du collectif Fask (Fashion Skills) dont il est fondateur.
Le 12 janvier a eu lieu à Aix la première audience dans le cadre de l’action en justice portée contre Shein par douze fédérations et diverses enseignes, pour demander réparation des préjudices subis par les acteurs du commerce français, ce qui vient s’ajouter aux autres procédures engagées contre le géant chinois. Pourquoi ce procès contre Shein s’est il ouvert à Aix ?
Jocelyn Meire : C’est ici qu’une procédure existante avait déjà été engagée : l’assignation principale contre Shein pour concurrence déloyale a été déposée dans le cadre d’une procédure déjà en cours portée par le liquidateur judiciaire de la marque française Olly Gan, qui avait assigné la plateforme devant le tribunal de commerce d’Aix-en-Provence.
Cette procédure existante sert de point d’entrée pour que d’autres fédérations et entreprises se joignent à l’action collective. Autrement dit, nous ne sommes pas partis de zéro : nos 19 fédérations – dont la Fédération Française du Prêt-à-Porter Féminin, ainsi que l’UFIMH (Union française de l’industrie mode et habillement), que Mode in Sud représente en région Provence Alpes Côte d’Azur, s’associent à une procédure déjà ouverte dans cette juridiction, ce qui rend logique de continuer les débats ici.

Qu’est-ce que ça représente pour le secteur, déjà secoué par des défaillances emblématiques dans notre pays (Orchestra, Comptoir des cotonniers, Princesse Tam-Tam) et notre région ?
J.M. : Le fait qu’une entreprise de la filière mode, quel que soit son marché – prêt-à-porter, maroquinerie, balnéaire, parfum ou tout autre – soit en difficulté n’est jamais une bonne nouvelle. Et lorsque c’est une marque dont la notoriété dépasse largement notre région voire notre pays, comme Jott, le signal est encore moins positif. A la conjoncture économique générale actuelle qui contraint les consommateurs et les entrepreneurs du textile, s’ajoute la concurrence massive des géants mondiaux comme Shein ou Temu ou d’autres, qui ne jouent pas avec les mêmes règles sociales, légales et environnementales.

C’est au législateur de réguler cette concurrence déloyale : il ne s’agit pas de protectionnisme mais de veiller à l’équité du marché concurrentiel. Et par là de défendre nos emplois, notre savoir-faire, notre identité culturelle et les garanties de traçabilité et d’innovation recherchées par nos clients.
Un secteur en profonde mutation : l’importance de la gestion de la logistique
Quelle est la situation du textile dans la région aujourd’hui ?
J.M. : Dans notre région comme en France, notre secteur d’activite est en profonde mutation. Dans l’écosystème textile local, nous avons déjà perdu ces dernières années plusieurs acteurs emblématiques, comme OllyGan à Aix ou Kaporal à Marseille, également San Marina à Aubagne sur le métier voisin de la chaussure.
Le secteur doit en effet faire face à des évolutions économiques et stratégiques de fond, comme la digitalisation, qui rebat les cartes de la distribution, et le dimensionnement du réseau de boutiques physiques, qui représente un investissement majeur en fonds de commerce et équipes.
Surtout, le circuit logistique de production est à choisir finement entre circuit long (forts volumes de provenance lointaine, par saisons figées, en échange de bas coûts unitaires mais avec lourd BFR) ou circuit court (réassort plus souple et plus proche, certes plus couteux à l’unité mais favorisant l’agilité et la réactivité de l’entreprise, ainsi concentrée sur son marché, son design et sa marque).
Les acteurs locaux avisés doivent y travailler constamment pour performer. C’est par exemple l’enjeu de nos marques locales comme Sessùn, American Vintage, Sugar, Poivre Blanc, ou encore Hero et Gertrude des frères Teboul, pour en citer quelques unes dont notre région est fière.













