« Le maritime entre dans une ère de transformation profonde. Décarbonation, digitalisation, nouvelles chaînes de valeur… » C’est sur cette conviction que l’armateur marseillais Marfret annonce mercredi 4 mars sur le réseau Linkedin la création de Marfret Ventures, dans le but de structurer « une stratégie d’investissement long terme destinée à financer les technologies et les entrepreneurs qui redéfinissent notre industrie, ainsi que les secteurs adjacents à nos activités historiques. »
« Notre ambition est de bâtir un portefeuille stratégique d’innovation et de créer, à horizon 2030, un véritable pilier complémentaire à notre métier d’armateur. Marfret Ventures, structurée autour d’une gouvernance interne, s’appuie sur une thèse d’investissement, notre feuille de route. Nous ne prenons pas de participation en direct à ce stade, mais nous nous appuyons sur des fonds expérimentés », explique Guillaume Vidil, directeur général de Marfret qui a repris les rênes depuis 2018, de l’entreprise familiale succédant à son père Raymond Vidil, ce dernier demeure président de la société holding Marseille Fret.

Marfret Ventures à Singapour avec Gwen Salley aux manettes
Dans cette perspective, Marfret Ventures annonce son investissement dans Motion Ventures Fund II, fonds singapourien spécialisé dans la digitalisation et la décarbonation des supply chains maritimes. « Nous avons identifié une complémentarité naturelle avec Motion Ventures, aujourd’hui l’une des plateformes les plus spécialisées au monde sur les technologies maritimes early-stage, avec un ancrage stratégique en Asie. Cet engagement s’inscrit dans la continuité de nos investissements auprès de Go Capital, via le fonds Impact Océan, et de Shift4Good. À travers ces deux fonds, nous accompagnons déjà une trentaine d’entreprises », souligne Gwen Salley, en charge de Marfret Ventures.
Ce dernier fut un temps directeur de l’accélérateur de CMA CGM Zebox (2022 à 2024) après avoir directeur de la stratégie de Station F à Paris. « Mon rôle initial a été de structurer la démarche : définir une stratégie, mettre en place une gouvernance, instaurer des outils de suivi nécessaires » précise Gwen Salley qui pilote cette initiative depuis mai 2025.
L’annonce du 4 mars intervient alors que la démarche a été en effet initiée bien avant. Structurée autour d’une gouvernance dédiée, Marfret Ventures soutient depuis 2022 plus de 27 entreprises innovantes peut-on lire sur le site internet de la société. Et d’expliquer que Marfret Ventures a vocation à investir dans des fonds spécialisés, principalement dans les domaines de la mobilité, des technologies maritimes et de l’électrification. « Marfret Ventures, structurée autour d’une gouvernance interne s’appuie sur une thèse d’investissement, notre feuille de route. Nous ne prenons pas de participation en direct mais nous nous appuyons sur des fonds expérimentés », explique Guillaume Vidil, directeur général de Marfret.
Des premiers retours sur investissement pour financer les suivants
« Cette approche permet à Marfret d’observer les dynamiques à l’œuvre dans les régions stratégiques du maritime (Asie, Scandinavie, Amérique du Nord), tout en se positionnant à terme comme co-investisseur ou investisseur direct » affirme le directeur. « L’objectif est d’apprendre ce métier d’investisseur pour que Marfret puisse, à terme, participer directement à certaines levées de fonds. Il s’agit d’un projet de long terme, avec une logique d’autonomie à l’horizon 2030. L’idée est que les premiers retours sur investissement permettent de financer de nouveaux engagements, et de faire croître un portefeuille d’innovation utile aux métiers de Marfret », complète Gwen Salley, citant l’exemple de déploiement d’agents IA dans les tâches administratives.

Marfret Ventures, qui ne communique pas sa mise financière dans les fonds (en général les tickets d’entrée dans les fonds cités sont de plusieurs millions d’euros), soutient déjà, en indirect, des entreprises actives dans la décarbonation, l’assistance à la navigation, les jumeaux numériques, le routing maritime, ou encore la conformité environnementale. Pour Raymond Vidil, président du groupe, cette stratégie vise à faire de Marfret un acteur engagé de l’innovation maritime, et non un « passager clandestin » de la transformation du secteur. Depuis ses premières levées de fonds en 2022, Marfret Ventures déclare avoir soutenu 27 sociétés comme Kemiwatt (stockage d’énergie pour les ports), Bound4blue (propulsion vélique) ou GCK (rétrofit électrique).
Dans une interview accordée à Gomet’ (à suivre) Guillaume Vidil fixe sa vision : « À long terme, notre ambition est d’autonomiser progressivement cette activité d’investissement et d’en faire un pilier important du groupe. À horizon 2030–2035, l’objectif est que cette activité devienne un levier stratégique à part entière, aux côtés de nos activités historiques d’armateur et d’opérateur de transport maritime. »
Le dernier chiffre d’affaires connu de la compagnie maritime Marfret atteint en 2024 253,9 millions d’euros, pour un résultat net de 18,5 millions d’euros. De quoi investir…
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