Orange et Médiance 13 ont signé, mardi 1er juillet à Marseille, une convention pour renforcer l’accompagnement des publics éloignés du numérique. À travers des ateliers gratuits et l’accès à l’offre solidaire « Coup de Pouce Internet », les deux partenaires veulent répondre à un enjeu devenu quotidien : savoir utiliser un smartphone, faire ses démarches en ligne, éviter les arnaques et ne plus subir la dématérialisation des services essentiels.
Quand le numérique devient une barrière
Derrière les démarches administratives en ligne, les applications de santé, les comptes Caf ou les prises de rendez-vous, une partie de la population reste encore au bord du chemin. Selon les chiffres rappelés par Orange, 17% des Français peinent encore à utiliser les outils numériques du quotidien. La fracture est encore plus forte chez les seniors, avec près d’un quart des personnes âgées concernées. Pour Sylvie Scotto-Arnold, directrice des relations avec les collectivités locales chez Orange, le sujet doit être « pris à bras-le-corps ». L’opérateur revendique ici une responsabilité directe. « Orange, en tant qu’opérateur de télécommunications, opérateur du numérique, porte cette responsabilité de travailler contre cette fracture numérique », insiste-t-elle.

Ce partenariat s’appuie sur une idée simple : apprendre à utiliser le numérique ne suffit plus. Il faut aussi savoir s’en protéger. Les ateliers proposés abordent donc des sujets très concrets : débuter avec son smartphone, découvrir les réseaux sociaux, sécuriser son appareil, éviter les arnaques en ligne, protéger ses données personnelles, réduire l’impact environnemental du numérique ou encore mieux comprendre l’intelligence artificielle. Chez Orange, ces ateliers numériques existent depuis 2018. Ils prennent la forme de cours collectifs, gratuits, animés par des salariés volontaires. « Ces ateliers donnent ces clés, ces bonnes pratiques », résume Sylvie Scotto-Arnold. L’objectif n’est pas de parler du numérique de manière abstraite, mais d’aider les personnes à se débrouiller dans leurs usages quotidiens. Sur 2025, Orange revendique plus de 6 500 bénéficiaires des ateliers sur la région Paca.

La responsable d’Orange distingue trois grands besoins : s’approprier les outils, s’en protéger, et aller plus loin. Dans la première catégorie, on trouve par exemple la prise en main d’un smartphone ou l’usage de WhatsApp avec ses proches. Dans la deuxième, les ateliers sur les arnaques en ligne, le cyberharcèlement ou les données personnelles. Dans la troisième, des sujets plus récents comme l’intelligence artificielle.
Le public visé reste large : demandeurs d’emploi, jeunes, professionnels, personnes âgées, habitants accompagnés par Médiance 13. Mais Orange assume deux priorités : les jeunes et les seniors. Pour les premiers, les ateliers passent souvent par le jeu, des mises en pratique, et des exemples, notamment autour de la vie en ligne ou du cyberharcèlement. Pour les seconds, l’enjeu est souvent plus immédiat : utiliser un téléphone, accéder à ses droits, comprendre une démarche ou rester en lien avec sa famille.

Orange, Médiance 13, relais de terrain
Pour Médiance 13, ce partenariat vient renforcer une mission déjà bien installée : la médiation sociale de proximité. L’association, créée en 1998, accompagne les habitants dans leurs démarches du quotidien, qu’il s’agisse d’accès aux droits, de logement, de budget, de santé, de retraite ou d’administration en ligne. Daniel Linon, directeur de Médiance 13, y voit un moyen de disposer de « moyens supplémentaires » pour agir sur l’inclusion sociale et numérique. Il insiste sur la diversité des ateliers, qui vont « de l’initiation à l’outil informatique » jusqu’au harcèlement en ligne. « On sait que nous sommes dans une société aujourd’hui où nous en avons plus que jamais besoin », souligne-t-il. Le partenariat ouvre aussi l’accès à « Coup de Pouce Internet », l’offre sociale d’Orange. Elle permet, sous conditions de ressources, de bénéficier d’une connexion Internet et d’un ordinateur reconditionné à tarif réduit. L’offre s’adresse notamment aux personnes ayant un quotient familial CAF (Caisse d’allocations familiales) ou MSA (Mutualité sociale agricole) inférieur ou égal à 700 euros, ainsi qu’aux seniors bénéficiaires de l’allocation de solidarité aux personnes âgées.

Sur le terrain, l’enjeu est aussi d’aller vers ceux qui ne poussent pas forcément la porte des structures d’accompagnement. Alma Chies, responsable territoire nord de Médiance 13, rappelle que l’association travaille « au plus près des besoins des habitants au quotidien », sur des questions très concrètes : accès aux droits, logement, santé, transports, scolarité ou maîtrise énergétique. Elle observe aussi une précarisation plus large de la société. « Nous, on est là en première ligne », explique-t-elle. Si Médiance 13 reçoit majoritairement des personnes à partir de 40 ans, l’association veut désormais toucher davantage les jeunes, notamment dans les quartiers prioritaires. Beaucoup ont besoin d’être accompagnés pour comprendre leurs droits, trouver un stage, une alternance ou simplement se repérer dans les démarches. Ce travail d’aller-vers devient donc central. Médiance 13 réfléchit à d’autres manières d’accompagner les usagers, notamment dans l’espace public ou auprès de publics plus vulnérables comme les étudiants. Le partenariat avec Orange doit aussi contribuer à solidifier l’activité de l’association, à un moment où le monde associatif traverse une période plus fragile.

Une fracture sociale autant que numérique
Le numérique n’est plus seulement un outil. Il conditionne l’accès à une partie croissante de la vie quotidienne : demander une aide, suivre un dossier, prendre un rendez-vous, trouver un emploi, gérer ses droits ou éviter une fraude. C’est pourquoi les deux partenaires insistent sur le caractère très concret de l’accompagnement. Pour Sylvie Scotto-Arnold, il ne s’agit pas seulement de connecter les personnes, mais de leur permettre de maîtriser un monde devenu incontournable. « Le sens du partenariat, c’est la réduction de la fracture numérique, l’inclusion numérique », résume-t-elle.

À Marseille, Orange et Médiance 13 veulent donc faire de ces ateliers un outil de protection autant qu’un outil d’autonomie. Daniel Linon l’assume : les besoins sont là, dans les démarches, dans les usages, dans les risques en ligne. Reste désormais à faire fructifier cette convention pour que le numérique ne soit plus un obstacle supplémentaire pour ceux qui cumulent déjà les fragilités.
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