Le docteur Jean-Marc La Piana, fondateur et directeur de la Maison et de la Villa Izoï (établissements de soins paliatifs) de Gardanne a pris la parole cette semaine à la veille de l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi sur le droit à l’aide à mourir. Pour le médecin, confronté à la fin de vie dans les deux établissements qu’il a créé à Gardanne, le vote des députés est « funeste.» Il explique sa position dans cette tribune (*) que Gomet’ a décidé de publier dans son intégralité.
Ce 15 juillet restera, à nos yeux, un jour funeste pour notre démocratie et pour la solidarité qui doit unir une société digne, en particulier envers celles et ceux que la maladie, le handicap ou la souffrance rendent plus vulnérables. La loi sur l’aide à mourir est présentée comme une avancée en matière de liberté individuelle et de progrès social. Cette loi n’est pourtant pas à mettre sur le même plan sociétal que l’IVG ou le Mariage pour tous….
Cette loi nous fait courir un risque profond de renversement de nos priorités collectives
Car la liberté est-elle réelle quand on est confronté à la maladie, au handicap et aux problèmes sociaux graves ? Cette loi nous fait courir un risque profond de renversement de nos priorités collectives. Une société véritablement humaine devrait d’abord garantir à chacun un accès effectif aux soins, à un accompagnement de qualité et à un soutien psychologique, avant d’organiser l’accès à la mort. Comment accepter qu’un délai de quatorze jours puisse suffire pour accéder à une procédure aussi irréversible, alors que des milliers de Français attendent plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, pour obtenir une consultation spécialisée
Cette contradiction illustre les priorités inquiétantes de notre système de santé… à moins qu’elle n’entérine la vision selon laquelle des vies valent moins que d’autres. Certains pourraient se saisir d’un calcul cynique qui a été réalisé, et qui montrerait que le recours à cette loi permettrait d’économiser 1,8 milliard d’euros par an. Dans ce contexte, les personnes les plus fragiles, malades ou handicapées, risquent d’intérioriser l’idée qu’elles représentent un poids pour leurs proches ou pour la société.
Ce sentiment ne peut être ignoré lorsqu’il s’agit d’une décision aussi grave. Les personnes concernées par la maladie et le handicap sont peu consultées dans les débats. La loi Claeys-Leonetti répond depuis 10 ans aux souffrances auxquelles les patients sont confrontés. Elle est connue mais pas suffisamment appliquée.
Nous appelons les responsables politiques à faire de l’accès universel aux soins une priorité nationale
Robert Badinter disait que quand une loi n’est pas suffisamment connue, il n’y a rien de pire que de vouloir en faire une autre… Nous faisons confiance aux professionnels de santé qui accompagnent chaque jour les personnes gravement malades ou handicapées. Leur engagement est remarquable : ils ne les abandonnent pas et mettent tout en œuvre pour soulager leur souffrance et préserver leur dignité. Parce que la dignité ne consiste pas à offrir plus facilement la mort. Elle consiste à garantir à chacun les moyens de vivre jusqu’au bout dans le respect, le soulagement de la souffrance, et la présence des autres.
Le véritable scandale est que cet accompagnement n’est pas accessible à tous, faute de moyens suffisants pour offrir des soins de qualité sur l’ensemble du territoire. Les déserts médicaux, conséquence de décennies de renoncements politiques, sont une réalité pour une part importante de la population. Nous appelons les responsables politiques à faire de l’accès universel aux soins une priorité nationale. Une société ne se juge pas à la manière dont elle accompagne les plus forts, mais à la façon dont elle protège les plus fragiles.
Jean-Marc La Piana
Fondateur et directeur
de la Maison et de la Villa Izoï
de Gardanne
(*) Attaché à la vitalité du débat local, Gomet’ Media donne régulièrement la parole à des contributeurs extérieurs pour des points de vue, chroniques et autres tribunes. Proposez-nous vos contributions à contact@gomet.net














