À Marseille, les discours sur l’urgence climatique sont devenus omniprésents. Chaque été, les élus rappellent que la ville se réchauffe plus vite que beaucoup d’autres métropoles, que les canicules se multiplient et que les arbres constituent notre meilleure protection contre les îlots de chaleur. Les plans climat s’enchaînent, les promesses de végétalisation aussi.
Parc de Bonneveine : 32 arbres cinquantenaires pourraient être abattus
Mais au parc de Bonneveine, les actes racontent une toute autre histoire. Sous couvert d’un projet présenté comme une « renaturation », un patrimoine arboré vieux de plus d’un demi-siècle est aujourd’hui menacé. Quinze arbres ont déjà disparu. Trente-deux autres pourraient être abattus. Le chantier est à l’arrêt depuis des mois tandis que les habitants assistent, impuissants, à la dégradation progressive d’un des derniers grands îlots de fraîcheur du quartier.
Cette situation dépasse largement le simple cadre d’un conflit de voisinage. Elle pose une question fondamentale : comment une ville qui affirme faire de l’adaptation climatique une priorité peut-elle mettre en péril des arbres matures qui remplissent précisément cette fonction ?
Un arbre de cinquante ans n’est pas un élément de décoration. C’est une infrastructure climatique d’intérêt général.
Un arbre de cinquante ans n’est pas un élément de décoration. C’est une infrastructure climatique d’intérêt général. Il rafraîchit naturellement l’air, stocke du carbone, filtre les particules, absorbe les eaux pluviales, protège les sols, réduit les nuisances sonores et offre un habitat indispensable à une biodiversité aujourd’hui fragilisée. Aucun jeune plant ne remplacera ces services avant plusieurs décennies. Dans une ville où les épisodes de chaleur deviennent de plus en plus intenses, chaque arbre mature perdu représente une régression écologique immédiate.

Une opacité qui nourrit inévitablement la défiance
À Bonneveine, les habitants ne contestent pas le principe d’un réaménagement du parc. Ils contestent une méthode. Ils dénoncent des travaux ayant fragilisé les arbres eux-mêmes, des racines mises à nu ou sectionnées, des sols compactés, un chantier interrompu sans explication, une absence de restauration des terrains dégradés et, surtout, une fuite permanente devant les demandes d’explication.
Depuis des mois, ils réclament la communication des expertises techniques, des études environnementales et des éléments ayant conduit aux décisions d’abattage. Ils attendent toujours des réponses complètes. De la transparence.
Cette opacité nourrit inévitablement la défiance.
Le plus inquiétant est peut-être ailleurs. Les arbres que l’on annonce aujourd’hui comme dangereux sont les mêmes qui ont traversé sans faillir les épisodes de vents violents et les tempêtes de ces derniers mois. Leur comportement réel interroge nécessairement les conclusions qui justifient leur disparition. Pourquoi l’abattage apparaît-il comme la solution privilégiée avant que toutes les mesures de sauvegarde n’aient été sérieusement étudiées ?
Une collectivité exemplaire commencerait par réparer les dégâts qu’elle a elle-même provoqués, restaurer les sols, consolider les arbres lorsque cela est possible, associer les habitants aux décisions et ne recourir à l’abattage qu’en ultime recours. C’est exactement l’inverse qui semble se produire.
Ce dossier révèle une contradiction profonde des politiques publiques locales. On célèbre la lutte contre le réchauffement climatique dans les discours, mais on détruit sur le terrain les outils les plus efficaces pour y faire face. On parle de biodiversité tout en fragilisant des écosystèmes installés depuis un demi-siècle. On invoque la concertation alors que les décisions essentielles paraissent déjà arrêtées.
Marseille ne manque pourtant pas d’ambition climatique dans ses communications. Ce qui lui manque aujourd’hui, c’est la cohérence.

Préserver l’existant avant de promettre demain ce que l’on détruit aujourd’hui
L’urgence climatique n’est pas compatible avec une logique qui considère un arbre mature comme une variable d’ajustement d’un chantier. Chaque décision devrait partir d’un principe simple : préserver l’existant avant de promettre demain ce que l’on détruit aujourd’hui.
Les 1600 citoyens qui ont déjà signé la pétition des riverains ne défendent pas seulement quelques arbres. Ils défendent une certaine idée de la ville : une ville qui protège ses habitants en protégeant le vivant.
À l’heure où toutes les grandes métropoles cherchent à multiplier les îlots de fraîcheur, Marseille ne peut devenir celle qui abat ses arbres en plein été.
Le parc de Bonneveine est devenu le symbole d’un choix politique. Soit la Ville accepte enfin de placer le patrimoine arboré au cœur de sa stratégie climatique, en suspendant les abattages, en rendant publiques les expertises et en recherchant toutes les solutions de préservation possibles. Soit elle assumera d’avoir transformé un projet présenté comme écologique en démonstration éclatante de son incapacité à faire de l’urgence climatique une réalité concrète. A bon entendeur…
Jérôme Nardi et Alain Senentz (groupement France Nature Environnement 13 et Riverains du parc de Bonneveine)
Thomas Brail (Groupe national de Sauvegarde des Arbres)
Olivier Rovelotti (Natural Solutions)
La localisation du parc de Bonneveine : derrière le Mac, en face du centre commercial (Carrefour)

Liens utiles :
La pétition en ligne sur change.org
La rubrique Environnement de Gomet’














