La réplique n’est pas venue du camp qui aurait pu être visé. Ces présumés “islamo-gauchistes” – en clair Les Insoumis – que dénoncent à l’envi, les ténors de la droite républicaine et les barytons du Rassemblement National. C’est un policier porte-parole du très droitier syndicat Alliance, le Marseillais Rudy Manna qui a donné une sévère fessée à « l’excité du bocal » du moment – expression de Céline s’en prenant à Sartre – le député Jean-Philippe Tanguy, qui a déclaré qu’arrivée au pouvoir, la formation politique de Marine Le Pen interdira et sanctionnera le port du voile dans l’espace public… pour les seules musulmanes. Manna a rétorqué aussitôt : « quand on est flic on a bien d’autres choses à faire que ce genre de contravention.»

M. Tanguy a fait il est vrai ses classes chez Nicolas Dupont-Aignan, le président de Debout la France qui est depuis 2017 un des propagandistes du « grand remplacement » théorisé par l’essayiste d’extrême-droite Renaud Camus. Il est de plus parlementaire dans la Somme ce qui, forcément, le tient éloigné de la France multiculturelle et multiconfessionnelle que l’on peut observer notamment à Marseille, l’euro-méditerranéenne porte du sud. Le député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, Manuel Bompard (LFI) s’est engouffré dans la brèche pour dénoncer la mesure annoncée par M. Tanguy qu’il juge « indigne, stigmatisante et contraire aux principes de la République ». Il a rappelé, avec raison, que la loi de 1905 a instauré la « liberté de conscience et garanti le libre exercice des cultes en France ». Il a précisé que seul le régime de Vichy avait brisé le socle de ces principes républicains, avec deux lois d’exclusion en octobre 1940 et juin 1941 consacrant alors un antisémitisme qui, 80 ans plus tard, est tout sauf « résiduel ».
Clarifier le sujet sensible de « la place de l’Islam dans la France républicaine »
La boulette de celui qui se projette déjà en ministre de l’économie de Mme Le Pen (Jean-Philippe Tanguy diplômé de l’Essec a été candidat à la présidence de la commission des finances de l’Assemblée Nationale emportée par l’insoumis Éric Cocquerel) aura donc permis de clarifier le sujet sensible de « la place de l’Islam dans la France républicaine » et les positions de l’ensemble du spectre politique. Incidence, Tanguy a permis au maire de Nice, Éric Ciotti, d’éviter les projecteurs médiatiques, avec son « salut hebdomadaire au drapeau ». Une obligation faite aux 22 000 écoliers niçois, dont les familles ont été privées dans le même temps de la gratuité des fournitures. Contrairement à ce qui se fait à Marseille pour 92 000 élèves, à hauteur de 110 euros par kit (de la maternelle au primaire).
Ces péripéties aidant, on en oublierait presque les thèmes majeurs de la Présidentielle 2017, lancée avec tambours et trompettes par l’université d’été du Medef avec le premier débat de la campagne réunissant sept candidats putatifs sur les trente annoncés urbi et orbi. Une bataille d’ores et déjà tonitruante sur nos étranges lucarnes, mais qui reste embryonnaire dans nos rues caniculaires où seuls les partisans de Gabriel Attal, de Raphaël Glucksmann et de Jean-Luc Mélenchon tractent un peu, les investissements des uns et des autres pour la propagande électorale devant être parcimonieux au regard du marathon qui s’annonce. Quelques groupuscules d’extrême gauche encore en vie interpellent cependant les passants à quelques bouches de métro, en paraphrasant un vieux slogan soixante-huitard : « salaires légers, chars lourds ». En ces temps incertains un petit air frais après tout.
Pour autant si le débat est pour l’heure circonscrit aux seuls espaces audiovisuels et à la presse papier, il commence à irriguer les échanges quotidiens dans une ville connue pour sa passion, ses partis pris, ses achoppements et pour tout dire cette capacité à gueuler très fort ce que le pays murmure tout bas.
Ainsi les supporters de LFI, champions incontestés des réseaux sociaux, nous enjoignent, avant de jeter leur bébé programmatique avec l’eau du bain, de consulter d’urgence le projet porté par Jean-Luc Mélenchon, plutôt que de s’attarder lourdement sur l’idiosyncrasie* de leur leader ou les dérapages plus ou moins contrôlés de quelques suffragettes comme Rima Hassan ou Manon Aubry.
Dont acte: Pour noter que LFI appelle à instaurer un SMIC à 1700 euros (Au lieu des 1477,93 euros aujourd’hui), prône le blocage ou l’encadrement des prix des produits de première nécessité, appelle à la hausse du traitement des fonctionnaires, souhaite le renforcement des droits des salariés, réclame une retraite à soixante ans après 40 ans d’annuités avec une meilleure prise en compte de la pénibilité… le financement étant assurée selon LFI par le rétablissement de l’impôt sur la fortune avec une fiscalité progressive, l’augmentation de la contribution des très hauts revenus et des gros patrimoines (traduit par le désormais célèbre « au-dessus de 12 millions je prends tout ! ») la lutte renforcée contre l’évasion fiscale et, cerise sur ce gâteau alléchant, le gel ou la congélation de la dette abyssale française grâce à la solidarité des pays européens qu’il faudra convaincre bien sûr.
Au plan écologique LFI maintient la perspective d’une sortie du nucléaire
Au plan écologique LFI maintient la perspective d’une sortie du nucléaire au profit des énergies renouvelables et tend ainsi la main aux Verts dont certains sont déjà ralliés. Pour les Institutions, le grand chantier sera l’instauration d’une sixième République avec un mantra « la parole au peuple» à travers des consultations régulières et l’outil du référendum.
On entend déjà les cris d’orfraie des adversaires de droite des Insoumis sonnant le tocsin comme en 1981, 1988 ou 2005 et pour qui les forces vives de l’économie hexagonale, si la présidentielle virait au rouge, quitteraient le pays. Les Attal, Retailleau, Philippe, Bertrand et autres Lisnard d’évoquer dans la perspective d’une victoire de Mélenchon la difficulté de faire face à la brutale compétition internationale, l’impossibilité de maintenir notre modèle social jusqu’ici inégalé, les effets dévastateurs pour l’emploi avec un taux de chômage reparti cet été à la hausse, le danger de ne pouvoir faire face aux menaces lourdes que font peser les empires bellicistes (USA, Russie, Chine, Iran, Corée du Nord…). Les Cassandre annoncent les cendres et la fin de la France, ni plus ni moins, en faisant commodément l’impasse sur une situation qu’ils ont en une décennie lourdement aggravée.
La gauche unie pourra avancer quelques réalités têtues pour affaiblir les arguments d’une droite éparpillée qui doit, contrainte et forcée, assumer ce « macronisme» qu’elle stigmatise tardivement aujourd’hui. Là encore seuls les historiens seront légitimes pour dire à terme ce qu’il faut retenir des bilans des deux quinquennats d’Emmanuel Macron marqués par une antienne, le « en même temps » ou, à l’heure des bilans, une absence de choix plutôt que l’émergence d’un chemin clairement balisé.
La pauvreté a progressé au-delà des prévisions les plus pessimistes
A Marseille les Agresti-Roubache, Muselier, Vassal font dans la discrétion. Mais ils devront assumer à l’issue de cette longue gouvernance quelques faits têtus. Le « ruissellement » des richesses promis par le plus jeune président de la Ve n’a pas eu lieu et au contraire jamais les plus riches ne s’étaient accaparés autant. La pauvreté a progressé au-delà des prévisions les plus pessimistes et le nombre des pauvres gens jetés à la rue comme dans la cité phocéenne (16 000 sans-abris) n’a fait que croitre. Les réformes sociétales à commencer par celle des retraites n’ont pas abouti.
La promesse écologique de 2022, formulée sur la butte du palais du Pharo s’est noyée dans le Vieux Port. Le « pognon de dingue », stigmatisé par le Président qui visait les dépenses de l’Etat n’a pas garanti les « minimas sociaux ». Comme n’ont pas abouti les réformes maintes fois proclamées en matière de structures éducatives, sanitaires, sécuritaires… La liste est encore longue et s’il est prématuré de parler de naufrage on peut sans être démenti évoquer un échouage. Le président sortant prendra sans doute congés façon Valéry Giscard d’Estaing (« Au revoir ») et il rappellera, comme il le fait en coulisses aujourd’hui, aux leaders de ses anciennes troupes qu’il les a faits rois. Un temps.
Qu’importe la volée de bois vert, Renaud Muselier qui soutient aujourd’hui Gabriel Attal (Renaissance), bombe le torse, dans La Provence du 31 août, pour rappeler qu’il est un « battant » comme son passé politique en atteste. Insuffisant ricanent ses adversaires qui le soupçonnent de vouloir rejoindre l’abri confortable du Sénat, en laissant les rênes de la région au Varois Philippe de Canson. Il rappellera cependant, comme Emmanuel Macron en début d’année, lors d’un conseil des ministres que « les extrêmes, où qu’elles soient, demeurent dangereux pour la République. » Pas sûr que cela soit suffisant dans la ville qui avait placé en tête un certain Jean-Marie Le Pen au premier tour de la présidentielle de 1988.
A gauche on doit se garder cependant de se gausser des difficultés de la droite vu le paysage morcelé qu’elle affiche. Les socialistes Marseillais et le département, derrière Yannick Ohanessian propulsé porte-parole national, se rangent sous le panache rose d’Olivier Faure pourtant minoritaire au sein de sa propre formation. Mais l’histoire de ce parti turbulent nous apprend que les urnes recèlent parfois d’étranges mystères.
Quoi qu’il en soit après la mi-octobre on saura qui de Glucksmann, Faure, Royal, Brun, Guedj aura la responsabilité les couleurs de la social-démocratie (sans oublier François Hollande qui compte bien qu’il y ait de l’orage entre eux, météorologie dont il est familier). Et il faudra bien alors pour reprendre une recommandation très mitterrandienne « rassembler » le peuple de gauche. On en est loin aujourd’hui pour de bonnes ou mauvaises raisons. Un seul exemple peut ainsi nous éclairer.
Dans son dernier numéro l’hebdomadaire Franc-Tireur dirigé par Caroline Fourest qualifiait, dans un portrait au vitriol qui fâche, le député marseillais Manuel Bompard de “Beria”. Ce chef de la police politique de Staline avait été présenté à Hitler par « le petit père des peuples » comme le dirigeant de la Gestapo soviétique et à Roosevelt comme l’égal d’Himmler. La charge de l’hebdo n’est pas, on en conviendra à la bonne hauteur, même si la directrice de ce titre peut arguer que dans le même temps des députés LFI ont fait circuler sur le Web son visage, caricaturé en Pinocchio avec une étoile de David gravé sur le front. Les gauches irréconciliables sont incorrigibles.
On dit enfin que jamais une campagne présidentielle n’avait promis d’être aussi longue. On prie surtout pour que les idées ne soient pas aussi courtes.

(*) Un comportement, une réaction, une caractéristique qui n’appartient qu’à un individu et le distingue des autres.














