À l’occasion de l’édition marseillaise de la Biomim’expo 2025, où Agriodor a remporté le premier prix des Biomim’expo Awards dans la catégorie start-up, Alain Thibault, président et fondateur de l’entreprise, a accordé un entretien à Gomet’. Implantée depuis peu au Technopôle de l’Arbois et forte de 19 salariés, la société poursuit son développement dans la lutte biologique par les odeurs. Cette rencontre a permis de revenir sur les raisons de son installation en Provence, mais aussi sur les ambitions affichées d’un acteur qui vise déjà l’excellence mondiale.
Comment présenteriez-vous Agriodor ?
Alain Thibault : La société a été créée en 2019 à Rennes et on développe une technologie à base d’odeur qui permet d’influencer le comportement des insectes dans les champs. Et donc on a commencé à travailler sur un insecte : les pucerons. Les pucerons verts sont dans les champs de betterave mais aussi dans les champs de pommes de terre, dans les vergers avec des pêchers, et des des abricotiers. Donc on travaille ça et on a notre première solution, elle est vendue aujourd’hui par le groupe Syngenta en France.
Pourquoi choisir Aix-en-Provence pour poursuivre votre développement ?
A.T : On cherchait donc à faire d’autres solutions sur des nouvelles familles d’insectes et on voulait des familles d’insectes qui sont des insectes mondiaux, qu’on trouve dans le monde entier. Et il y avait une société qui s’appelait Cearitis qui était basée à Aix. Cearitis était une très belle société qui se développait bien, mais qui avait du mal à lever des fonds parce que c’est de la deeptech et qu’il faut beaucoup de fonds pour arriver à se développer.
Et donc Cearitis a rejoint Agriodor en janvier de cette année. On était ravis de les accueillir parce que déjà ça nous permet une implantation dans Aix et donc de pouvoir travailler sur le bassin méditerranéen. Ça c’est le premier point et le deuxième point c’est qu’on va bénéficier de toute leur expérience au niveau de la mouche du fruit puisqu’ils travaillaient sur les mouches du fruit, ces mouches qui pondent des œufs dans les cerises dans les framboises, les bluebberry, dans les mangues, etc ; vous en avez partout et ça détruit les récoltes d’une manière très importante. Notre démarche évite d’utiliser des insecticides que vous vous allez manger avec vos fruits et vous avez pas vraiment envie d’empoisonner ni vous ni vos enfants.

Fondée par les cousines Marion et Solena Canale en 2020 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), Cearitis s’est imposée dans le domaine des kairomones et allomones, un procédé permettant d’attirer et de repousser les ravageurs grâce à des molécules odorantes présentes dans la nature. Ses innovations ont été récompensées par une distinction au CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas 2022 et l’obtention du Bernard Blum Award 2024.
Quels développements menez-vous actuellement sur le site d’Aix-en-Provence et où en êtes-vous dans la mise au point de vos solutions contre les mouches du fruit ?
A.T : On est sur la fin du discovery, la découverte des molécules importantes. Ensuite, il faut trouver comment mettre le parfum dans le champ ou l’arbre. Ce n’est pas simple : il faut une matière qui tienne, qui diffuse longtemps. Dans les betteraves, on met des granulés de 3 mm qui diffusent pendant 28 jours. Pour les cerises ou autres vergers, on cherche encore la bonne manière. Les choses avancent bien. On devrait mener des essais au printemps prochain et peut-être commencer à commercialiser la solution l’année suivante.
Comment se structure aujourd’hui l’entreprise après ce rapprochement ?
A.T : C’est qu’une seule entreprise, il y a deux établissements, on a deux labos. On est en phase de start-up, mais dans le jargon des startups, on est scale-up maintenant parce qu’on a prouvé que la techno fonctionnait. On a prouvé qu’elle était commercialisable et donc qu’on pouvait gagner de l’argent avec du volume et là on essaye de devenir un leader mondial.
Dans un secteur où la levée de fonds est souvent déterminante, où en êtes-vous aujourd’hui sur cet aspect ?
A.T : On a déjà fait pas mal de levées de fonds. On a fait une levée de fonds d’un million d’euros avec des business angel. Puis on a levé avec de beaux fonds d’investissement français, huit millions d’euros. Et là je peux pas vous donner les montants ni les dates mais on fait une très très grosse levée de fonds. J’espère la boucler avant la fin de l’année et ça sera je pense la plus grosse levée de fonds du monde de l’agritech de ce point de vue là, pour arriver à financer sur les quatre prochaines années, notre déploiement mondial. Sur la technologie on est les seuls en France, on était deux ; Agriodor et Cearitis c’était la deuxième société et c’est pour ça aussi qu’on les a regroupés ça nous faisait gagner en terme de taille critique.
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