L’arrêt définitif du projet d’aménagement hydroélectrique Rhônergia n’aura pas été perdu pour tout le monde. L’État a annoncé, lundi 12 janvier, le redéploiement intégral des 297,5 millions d’euros initialement budgétés pour ce barrage, au profit d’un ensemble de projets dédiés à la transition énergétique, au report modal et à la gestion durable de l’eau, le long de l’axe structurant Fos-sur-Mer – Lyon.
Porté par la Compagnie nationale du Rhône (CNR), Rhônergia devait être l’un des derniers grands aménagements hydroélectriques du fleuve, entre l’Ain et l’Isère. Contesté localement et fragilisé par des contraintes techniques, environnementales et de sûreté, en lien notamment avec le projet d’EPR2 du Bugey, il avait été abandonné à l’été 2024. L’enjeu pour l’État était alors double : préserver les crédits engagés et éviter une rupture stratégique sur le Rhône, pilier historique de la politique énergétique française.
« Une opportunité pour renforcer la souveraineté énergétique de notre pays »
Les fonds seront mobilisés d’ici à 2041, échéance de la concession du Rhône confiée à la CNR, a ainsi annoncé par la Préfecture de région Auvergne-Rhône-Alpes. Ils seront réorientés vers des projets « immédiatement utiles et opérationnels », articulés autour de trois priorités : optimisation de la production électrique existante, développement du fret fluvial et ferroviaire, et adaptation des usages de l’eau au changement climatique.
Lors de la présentation du dispositif, la préfète de région, Fabienne Buccio, a insisté sur la portée nationale de cette réaffectation : « L’État, avec la CNR, a réussi à transformer l’abandon de Rhônergia en une opportunité pour renforcer la souveraineté énergétique de notre pays. Ce redéploiement s’inscrit pleinement dans la stratégie portée par l’État sur l’axe Fos-Lyon, depuis le grand port maritime de Marseille jusqu’à la vallée industrielle du Rhône ». Rappelant au passage que cet axe constitue à la fois un corridor logistique stratégique, un levier de décarbonation du transport de marchandises et un support clé pour la production d’énergies renouvelables pilotables.
Renforcement des capacités énergétiques, report modal et à la gestion durable de l’eau
Dans le détail, près de 250 millions d’euros doivent être consacrés au renforcement des capacités énergétiques existantes : optimisation de barrages comme Génissiat, déploiement de systèmes de stockage par batteries, études sur de petites stations de transfert d’énergie par pompage (Step). L’objectif est moins de créer de nouveaux ouvrages que de mieux exploiter l’infrastructure hydroélectrique actuelle, dans un contexte de besoins accrus en flexibilité du réseau électrique.
Un second volet, doté d’environ 15 millions d’euros, vise à soutenir le report modal, notamment par le développement de connexions ferroviaires-fluviales autour de plateformes comme Loire-sur-Rhône, afin de renforcer la compétitivité du transport par voie d’eau face au transport routier. Un enjeu central pour la décarbonation de l’axe industriel reliant le port de Fos-sur-Mer aux bassins de consommation et de production du nord de la région.
Enfin, près de 33 millions d’euros seront orientés vers des projets territoriaux, touchant à la gestion de l’eau, à l’hydraulique agricole, à des opérations foncières en lien avec la réindustrialisation et à l’adaptation des usages du fleuve aux tensions croissantes sur la ressource hydrique.
Les premiers travaux lancés dès cette année 2026
Ce réinvestissement, fruit d’une année de travaux entre les services de l’État (Dréal, Direction Générale de l’Énergie et du Climat), la CNR et les collectivités, « est la reconnaissance d’un travail de dialogue remarquable mené par nos équipes avec toutes les parties prenantes de la vallée du Rhône », a salué Laurence Borie-Bancel, la présidente du directoire de la CNR, premier producteur français d’électricité 100 % renouvelable avec une puissance installée de plus de 4 000 MW.
Les premières réalisations issues de ces crédits devraient être lancées dès 2026.
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