Une fois encore les Aixois brillent dans le championnat de rugby où ils sont engagés et on se prend à rêver pour eux à une prochaine accession dans le saint des saints, le Top 14 ou l’élite de l’ovale. Si cette heureuse perspective advenait, le stade Vélodrome serait tout désigné pour recevoir les cadors du XV, l’enceinte du boulevard Michelet étant depuis de longues années déjà un temple pour l’équipe de France et nos voisins toulonnais.
En ces temps où l’Olympique de Marseille, une fois de plus dans sa longue histoire, est en souffrance, l’avènement du rugby fera des heureux chez les Provençaux et les Marseillais, qui aiment la virile mais correcte “castagne”autant que les Languedociens, les Béarnais ou les Basques. Dans ces terres rudes, si on aime la confrontation on adore aussi, sans qu’il y ait forcément paradoxe, le beau geste. Il en est un de princier que les spécialistes désignent comme le “cadrage-débordement” mais que les supporters préfèrent nommer le “tchic-tchac”.
Pour les ignorants en matière rugbystique, il s’agit, fort de ses appuis, d’orienter le haut du corps dans une direction alors que les jambes prennent le chemin inverse. C’est beau comme la course d’un guépard suivant le slalom d’une gazelle et fulgurant comme le zigzag d’un éclair sous un ciel d’orage. Avantage suprême, ça laisse l’adversaire sur les fesses.
Sur les chemins cabossés de la politique marseillaise
Alors quittons les pelouses pour retrouver les chemins cabossés de la politique marseillaise, et constater que nous avons dans ce domaine où les mêlées sont aussi rugueuses qu’à la limite de la loyauté, un athlète de haut-niveau qui pratique le “tchic-tchac” avec une maestria remarquable.
Benoît Payan après avoir livré un match sans concession lors de son partiel premier mandat, démontre ainsi à mi-chemin de la première année de son deuxième mandat qu’il sait user de l’art redoutable qui consiste à cadrer un adversaire ou un partenaire avant de le déborder et de le renvoyer si possible au vestiaire. Une règle pour réussir cependant ce geste : ne pas avoir d’état d’âme et compter pour subalternes les atermoiements de ceux qui composent son équipe.
Les récentes sorties médiatiques (La Provence et La Marseillaise) du maire de Marseille témoignent, de fait, de sa capacité à rebondir là où on pensait, à tort, qu’il manquerait de ressort.
Ainsi lorsqu’on le titille sur les manœuvres pas toujours très claires qui ont vu un allié de quelques mois, le maire de Salon, David Isnard, (LR) mis par ses soins en minorité (à une voix près) à la Métropole Aix-Marseille Provence que le Salonais préside. Payan, conciliant mais vorace, affirme aujourd’hui, « je suis son homme s’il (Isnard) veut revoir son exécutif » et il s’empresse de préciser mais « on le reverra en entier » (La Provence du 25 septembre). En clair, le maire de Marseille tire sur le maillot du président de la Métropole et le menace du pire, d’autant qu’il est convaincu comme beaucoup que cette institution exsangue est « en fin de vie. »
Tout cela doit rappeler de mauvais souvenirs à l’un des soutiens d’Isnard, Renaud Muselier, qui n’avait pu accéder à la présidence de la Communauté Urbaine, alors qu’il était putativement imbattable. C’est le socialiste Eugène Caselli qui avait été élu, au grand dam de Muselier et avec l’aide jamais avouée de Jean-Claude Gaudin, qui avait alors juré ne pas être à l’origine de la défaite de son ancien Premier Adjoint. Dans un article très documenté, nos confrères du site d’investigation Blast (1) – Xavier Monnier et Olivier-Jourdan Roulot – affirment que des anciens du cabinet de l’ancien et défunt maire auraient toujours leurs entrées à la mairie de Benoît Payan. Ceci expliquant cela : on ne veut pas y croire.
En revanche, comment ne pas s’interroger sur ce que certains appellent déjà la « méthode » (ou les méthodes) Payan et d’autres son « style » très inspiré par celui pour qui il a toujours marqué, il est vrai, un profond respect (la réciproque étant avéré pour Jean-Claude Gaudin). Selon les plus persifleurs dans ce camp réputé à gauche, où bruissent quelques commencements de désaccords, on parle d’un pouvoir sans partage limité à un cercle restreint.
Payan : de Kessaci à Menchon en passant par le maire de St Zacharie
Quelques signaux que l’on pourrait qualifier d’encore « faibles » peuvent légitimement nous alerter. Ainsi l’affaire Amine Kessaci. Ce jeune adjoint, parti en croisade contre les narcotrafiquants et ceux qui ont assassiné deux de ses frères, a été mis en minorité à Marseille habitat qu’il présidait, à l’issue d’un conseil d’administration aux contours extrêmement flous. Interrogé le maire renvoie l’examen de ce dossier à son retour de Paris où, avec le maire de Paris, il a été invité par le président Emmanuel Macron à rencontrer le pape Léon XIV. Puisque Paris vaut bien une messe, “priorité au direct” donc comme on le dit à la télé. Le néophyte Kessaci attendra son tour après avoir découvert qu’il y a des domaines à Marseille, comme l’habitat social, qui sont autant de champs de mines.
Même ton péremptoire de Benoît Payan lorsqu’on lui parle de l’émoi de son adjoint écologiste, Hervé Menchon, choqué par l’abattage d’arbres dans le Parc de Bonneveine. « Il était mal informé », point barre, sanctionne le maire. C’est presque du même tonneau qu’un Gaston Defferre lorsqu’on évoquait un de ses adversaires de son camp à la petite taille: « c’est un petit, petit, petit problème ». Cruel.
Martial et vengeur enfin l’édile marseillais lorsqu’on ose évoquer un épisode – désormais judiciarisé avec d’autres dossiers – qui l’a opposé au maire de Saint Zacharie (révélé par Blast), le Varois (divers gauche), Jean-Jacques Coulomb. Payan soutenait en mai dernier la candidature d’un de ses très proches, Anthony Krehmeier (maire du 2esecteur), pour accéder à la présidence du syndicat mixte de l’Huveaune (40 communes). Benoît Payan dit qu’il va porter plainte contre nos confrères de Blast mais pour l’heure c’est lui qui est poursuivi pour une agression verbale enregistrée par le maire de Saint Zacharie.
Thomas Jefferson : « la presse est le baromètre de la liberté »
On a vu approche de l’information plus démocratique mais on ne s’étonne plus à une époque où un Donald Trump invente « la réalité alternative ». Sans contester le droit du maire de Marseille à se défendre on peut estimer comme en son temps un certain Thomas Jefferson que « la presse est le baromètre de la liberté » et qu’il faut la défendre même par gros temps.
On peut du coup se réjouir en ce samedi toujours aussi sec, de l’initiative de La Provence, qui énumère 51 raisons d’aimer Marseille. Un chiffre qui fatalement nous incite à consommer cette information avec modération, d’autant que le journal régional aligne aussi 13 raisons, et donc un tout autre pastis, pour ne pas aimer Marseille. Parmi lesquelles le fait que la ville subit les assauts du Mistral. De quoi faire se retourner dans le cimetière de Mazargues Jean-Claude Gaudin qui estimait, que cet élément consubstantiel à notre météo locale, nous préservait de la pollution. Cette dernière liste n’est évidemment pas exhaustive même si quelques items usés jusqu’à la corde reviennent. Insalubrité, insécurité, transports, incivisme, … mais là encore on peut compter sur le “tchic-tchac” de M. Payan pour laisser ses contempteurs, si ce n’est sur le cul, au moins sur leur faim.
(1) Blast a été créé par des journalistes spécialisés dans l’investigation, dont le grand reporter Denis Robert connu pour avoir révélé l’affaire Clearstream (Blanchiment d’argent). Il a dû affronter plusieurs dizaines de procès avant d’être blanchi définitivement par la Cour de Cassation.













