Pascaline Lécorché (Place Publique), élue à Marseille, adjointe de Benoît Payan déléguée à l’éducation, siège également à la Métropole Aix Marseille Provence (MAMP) avec un rôle important dans l’exécutif de Nicolas Isnard. 12e vice-présidente elle est en charge de l’enseignement supérieur, la formation professionnelle, la recherche et les fonds Européens.
Son champ d’intervention l’amène également à suivre l’économie de la santé et les biotech. Une filière qu’elle connait bien pour être elle-même salariée (directrice du laboratoire de biochimie) de Vect-Horus, une société du secteur. Nous l’avons interrogée sur le projet de départ de la success story phocéenne ImCheck Therapeutics que son nouvel actionnaire, Ipsen, projette de déménager sur un autre site français.
Ipsen a confirmé à Gomet’ qu’il projetait un départ de Marseille pour ImCheck rachetée à l’automne dernier. Quelle est votre réaction en tant que VP métropolitaine déléguée à la recherche dont la filière santé notamment ?
Pascaline Lécorché : ImCheck est une entreprise emblématique de notre territoire. Elle est née de l’excellence de la recherche menée dans nos laboratoires et illustre parfaitement notre capacité à transformer des découvertes scientifiques en innovations thérapeutiques au bénéfice des patients. Le développement de la molécule ICT01, au cœur du succès d’ImCheck, ouvre une perspective nouvelle pour des patients atteints de leucémie myéloïde aiguë jusque-là sans solution thérapeutique adaptée. C’est une réussite collective dont nous pouvons être fiers.
Elle témoigne de la qualité de notre recherche, mais aussi du travail accompli par tous les acteurs qui accompagnent la valorisation scientifique : chercheurs, universités, Inserm, structures de transfert de technologie, investisseurs et entrepreneurs. L’acquisition d’ImCheck par Ipsen constituait d’ailleurs une première en France par son ampleur pour une biotech issue de la recherche académique, ce qui avait été perçu comme une reconnaissance de cette excellence. C’est pourquoi les informations faisant état d’une fermeture du site marseillais, si elles étaient confirmées, seraient évidemment une source de préoccupation majeure. D’abord pour les salariés, qui ont largement contribué à cette réussite scientifique, mais aussi pour notre territoire.
Derrière une biotech, il y a des femmes et des hommes qui ont développé, au fil des années, des compétences extrêmement pointues.
Derrière une biotech, il y a des femmes et des hommes qui ont développé, au fil des années, des compétences extrêmement pointues. Ce capital humain est précieux. Nous devons tout faire pour préserver ces talents, favoriser leur réemploi au sein de notre écosystème et maintenir les collaborations scientifiques qui font la force de Marseille.
Ce n’est pas la première fois qu’une pépite du territoire (cf. Trophos), issue de l’essaimage public, s’en va après un rachat. Comment éviter ce genre de mésaventure qui fait perdre toute la richesse et le savoir investi par le territoire et l’argent public ?
Pascaline Lécorché : Je veux d’abord redire que l’histoire d’ImCheck est avant tout une réussite. Elle démontre que notre territoire est capable de faire émerger, à partir de sa recherche académique, des innovations de rang mondial. C’est une fierté pour Marseille et pour l’ensemble de notre écosystème de recherche. Dans le secteur des biotechnologies, l’adossement à un grand groupe pharmaceutique est souvent une étape incontournable lorsque les essais cliniques entrent dans leurs phases les plus avancées. Les coûts, les exigences réglementaires et les responsabilités deviennent alors considérables. Ce n’est donc pas un sujet propre à Marseille et notre territoire ; c’est une réalité de l’ensemble de la filière. Le véritable enjeu n’est donc pas d’empêcher les rachats. Ils sont souvent la condition pour qu’une innovation devienne un médicament accessible aux patients.
En revanche, nous devons faire en sorte que ces acquisitions ne se traduisent plus par une perte de compétences pour notre territoire. Au-delà d’une molécule ou d’un brevet, une biotech, c’est aussi un collectif de chercheurs, d’ingénieurs et de techniciens qui ont acquis un savoir-faire offert par des années d’expérience. Rappelons que le temps de développement d’une molécule thérapeutique est de l’ordre d’une dizaine d’année, souvent encore plus. C’est cette expertise qui permet ensuite de faire émerger d’autres réussites. Notre défi est donc de rendre notre territoire indispensable, afin que les groupes qui investissent dans nos innovations aient aussi intérêt à conserver ici les équipes, les activités de recherche et les collaborations scientifiques qui font leur force.
Quelles sont les mesures que vous souhaitez porter pour mieux valoriser et développer l’écosystème biotech métropolitain ?
Pascaline Lécorché : Nous devons désormais franchir une nouvelle étape. Pendant des années, nous avons démontré que Marseille savait faire émerger des innovations scientifiques de tout premier plan. Aujourd’hui, notre ambition doit être de créer les conditions pour que ces innovations grandissent ici, créent durablement de l’emploi et continuent à produire de la valeur sur notre territoire. Pour cela, nous devons renforcer l’ensemble de la chaîne de valeur des biotechnologies.
Réfléchir, avec nos partenaires, à des outils financiers
La première priorité est celle du financement. Beaucoup de biotechs disposent d’une excellence scientifique reconnue, mais rencontrent des difficultés lorsqu’il s’agit de financer leur changement d’échelle. Nous devons attirer davantage d’investisseurs spécialisés, mobiliser plus fortement les capitaux privés et réfléchir, avec nos partenaires, à des outils financiers permettant d’accompagner les entreprises issues de notre recherche jusqu’aux phases les plus avancées de leur développement.
La deuxième priorité est de proposer un environnement d’accueil à la hauteur des ambitions de ces entreprises. Les biotechs ont besoin de laboratoires de nouvelle génération, de plateformes technologiques mutualisées -particulièrement pointues dans le cas des Biotechs -, de foncier et d’immobilier adaptés à leur croissance. C’est un enjeu d’aménagement du territoire autant que d’innovation, sur lequel la Métropole a un rôle majeur à jouer. La troisième priorité est de renforcer encore les liens entre la recherche académique, les hôpitaux et les industriels. Nous avons la chance de disposer à Marseille d’un continuum exceptionnel, depuis les laboratoires d’Aix-Marseille Université, de l’Inserm et du CNRS jusqu’à l’AP-HM, à l’Institut Paoli-Calmettes et aux entreprises innovantes.
Marseille Immunology Biocluster : de la découverte scientifique jusqu’au médicament
Le Marseille Immunology Biocluster est précisément conçu pour renforcer ces interactions, accélérer les transferts de technologies et faciliter le passage de la découverte scientifique jusqu’au médicament. Enfin, nous devons faire de Marseille un territoire où les grands groupes pharmaceutiques trouvent un intérêt stratégique à maintenir leurs activités.
Plus notre écosystème sera dense, plus les compétences seront concentrées, plus les plateformes seront performantes et plus les collaborations seront nombreuses, plus il sera naturel pour les industriels de poursuivre leur développement ici plutôt que de transférer les activités ailleurs. L’enjeu dépasse donc le seul cas d’ImCheck. Il s’agit de construire une véritable filière industrielle des biotechnologies. Nous savons produire une recherche d’excellence. Nous devons maintenant faire de cette excellence un moteur durable d’innovation, d’emplois qualifiés et de souveraineté en santé pour notre territoire.
Liens utiles :
Exclusif : Ipsen (Paris) envisage la fermeture d’ImCheck Therapeutics à Marseille
ImCheck : « Le succès marseillais qui pourrait échapper à Marseille » (Emmanuelle Charafe)
L’actualité du secteur santé à suivre dans notre rubrique















