Après plus de trente ans de discussions, d’arrêts, de recours, d’études techniques et de relances politiques en tous genres, le projet de contournement autoroutier d’Arles revient sur le devant de la scène, sous l’impulsion de l’Etat et du nouveau préfet de région, Georges-François Leclerc, qui a (re)lancé la concertation dès sa prise de fonction.
En attendant l’enquête publique qui doit démarrer mi-novembre, une étape décisive, c’est l’Autorité environnementale (Ae) qui vient ainsi de rendre, le 25 septembre, son avis sur ce chantier d’ampleur, porté par par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) et présenté comme un levier indispensable pour désengorger la ville et achever la liaison autoroutière entre l’Espagne et l’Italie. Verdict : un dossier jugé « de bonne qualité », c’est notable, mais entaché de « zones d’ambiguïté » et d’incertitudes, notamment sur le risque d’inondation et l’impact environnemental.
Une cicatrice au cœur de la ville
Aujourd’hui, la RN113 coupe Arles en deux. Véritable boulevard à 2×2 voies, elle supporte « un trafic moyen journalier de 75 000 véhicules par jour, dont 40 000 en transit et près de 7 000 poids lourds », rappelle l’Ae dans son rapport de 46 pages. Aux heures de pointe, la congestion est telle que la moindre collision bloque tout le réseau local, avec un taux d’accidents graves, « le plus élevé sur une route nationale en France ».
Pour y remédier, le projet prévoit 26 kilomètres de contournement, dont 13 km de tracé neuf au sud, « intégralement dans le lit du Rhône ». Un viaduc spectaculaire de 1,7 km franchira le fleuve, tandis que huit échangeurs, une aire de services et deux centres techniques viendront compléter l’infrastructure. La limitation de vitesse y sera portée à 130 km/h, contre 90 km/h aujourd’hui en traversée d’Arles. Coût total : 958 millions d’euros, dont une partie financée par l’État et les collectivités, le reste reposant sur un concessionnaire privé.
« Un projet ambigu sur sa compatibilité avec le risque d’inondation »
Derrière les enjeux majeurs de fluidité et de désenclavement, très fortement appelés de leurs vœux par la Ville d’Arles et de nombreux riverains excédés par le bruit, la pollution, l’insécurité routière ou la congestion des artères urbaines, l’Autorité environnementale alerte cependant sur le risque inondation, la crue de 2003 restant particulièrement présente dans les mémoires locales.

Le rapport relève ainsi que le tracé neuf se situe « dans le lit majeur du Rhône, à l’aval immédiat de nombreuses zones habitées » et que les remblais prévus pour élever la chaussée, parfois hauts de plus de dix mètres, pourraient accentuer la vulnérabilité des quartiers de Trinquetaille et Barriol. « Le projet, en l’état, aggrave le risque d’inondation sur plus de 10 000 bâtiments, le dossier est ambigu sur sa compatibilité avec ce risque », note sèchement l’Ae.
Elle recommande donc « d’éviter tout remblai non nécessaire dans le lit majeur du Rhône, d’accroître au maximum la transparence hydraulique de l’ouvrage et de réduire globalement la vulnérabilité des quartiers de Trinquetaille et de Barriol ».
Des mesures compensatoires jugées insuffisantes
L’étude pointe aussi de nombreux autres impacts : artificialisation des sols, atteintes aux zones humides, risques pour des espèces protégées comme la cistude d’Europe ou le lézard ocellé. Côté agriculture, l’emprise du chantier pourrait porter atteinte à des terres précieuses, notamment pour la production du foin de Crau, AOP unique en Europe. Des compensations sont envisagées : aides aux éleveurs, soutien à la filière rizicole, création d’un atelier de conditionnement.
Le projet prévoit par ailleurs 144 millions d’euros de mesures environnementales, dont 25 écrans antibruit totalisant 19 km. Mais l’Ae juge le chiffrage « surestimé », relevant que certaines dépenses relèvent de l’assainissement général de l’infrastructure et non de véritables compensations. Elle invite en outre à « mieux justifier les choix d’aménagements », citant l’exemple de nouveaux diffuseurs (croisements dénivelés) et d’une aire de repos prévue en zone inondable, dont l’opportunité n’a pas été réexaminée depuis 2012.
Place à l’enquête publique
L’Autorité environnementale ne tranche pas sur l’opportunité du projet. Son rôle, comme dans chaque dossier de ce type, est d’évaluer la qualité des études et la prise en compte de l’environnement. Dans ce domaine, elle reconnaît un dossier « de bonne qualité, proportionné à l’étape de la DUP d’un dossier routier », et qui présente « de nombreuses thématiques importantes, développées de façon approfondie voire inédite, avec un souci constant de didactisme et de complétude. » Mais certaines thématiques restent à approfondir, selon elle, notamment « la traduction du changement climatique dans le scénario de référence, les déplacements, les matériaux, le paysage, Natura 2000 ».
Un avis qui va maintenant être versé au dossier d’enquête publique, laquelle se tiendra du 17 novembre au 19 décembre prochain. Elle conditionnera la déclaration d’utilité publique, sésame indispensable avant le choix du concessionnaire. En cas de feu vert, l’État affiche un calendrier serré : trois ans de travaux et une mise en service dès 2029.
Et maintenant ?
À l’issue de l’enquête publique, le commissaire enquêteur dispose d’un à deux mois pour rédiger son rapport, transmis ensuite au Conseil d’état. Lequel aura à son tour 6 à 8 mois pour se prononcer sur la déclaration d’utilité publique (DUP).
Document source : l’avis de l’Autorité environnementale sur le contournement autoroutier d’Arles
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