Organisé par Aix Marseille Université (amU) et ses partenaires, le Festival des sciences et des arts explore cette année nos relations, souvent ambivalentes, avec les animaux : de l’histoire biologique aux imaginaires culturels, jusqu’aux grands débats politiques d’aujourd’hui. Interview de Maryline Crivello, vice-présidente d’amU, en charge de la stratégie interdisciplinaire, inspiratrice et organisatrice en cheffe de l’événement créé en 2019 sous le nom “Jeu de l’oie”.
Le Festival des sciences et des arts prend de l’ampleur chaque année. Quelles sont les principales nouveautés de cette édition ?
Maryline Crivello : Effectivement, le festival continue de grandir. La principale nouveauté est son déploiement sur quatre villes : Arles, Aubagne, Aix-en-Provence et Marseille. C’est la première fois qu’Arles rejoint l’aventure. Le festival s’ouvrira donc le mardi 15 à Arles, avant de se poursuivre à Aix, Aubagne et Marseille, où deux journées complètes seront organisées.
Autre nouveauté importante : un partenariat inédit avec la grotte Cosquer. Le jeudi matin, à Marseille, nous proposerons une programmation autour de la question de l’hybridation dans l’évolution des espèces animales. Les étudiants pourront également visiter la grotte, qui leur sera ouverte durant tout le mois de septembre.
Nous avons aussi développé un partenariat avec l’hebdomadaire Le 1, qui publie un numéro consacré à la question : « Les animaux sont-ils à notre service ? ». Cette collaboration permet de donner une résonance nationale à la thématique du festival.

Comment avez-vous choisi le thème de cette année, consacré aux relations entre les humains et les animaux ?
Maryline Crivello : Ce choix est directement lié à une réflexion menée sur l’engagement étudiant. Nous avons réalisé, avec la Fondation Jean-Jaurès, une enquête sur les formes d’engagement des étudiants aujourd’hui. Les résultats montrent une forte sensibilité aux questions environnementales, climatiques et, plus largement, à la protection du vivant.
Nous constatons notamment l’émergence d’un regard nouveau sur les animaux, sur leur place dans nos sociétés et sur leurs droits. Il nous a donc semblé important qu’une université pluridisciplinaire comme Aix-Marseille Université s’empare de cette question et l’aborde sous tous ses angles : historique, scientifique, artistique, juridique ou encore philosophique.
Le festival proposera ainsi des interventions sur les représentations de l’animal, la protection de certaines espèces ou encore la place des animaux dans nos sociétés contemporaines. Une importante séquence sera par exemple consacrée à la protection des baleines.
Cette sensibilité est donc mesurable chez les étudiants ?
Maryline Crivello : Oui. Notre enquête montre clairement que les préoccupations liées au climat, à l’environnement, à l’égalité entre les femmes et les hommes ou encore à la condition animale figurent parmi les sujets qui mobilisent fortement la jeunesse universitaire.
Que faut-il retenir de la programmation scientifique de cette édition ?
Maryline Crivello : Il faut d’abord souligner que nous ne nous intéressons pas uniquement à l’animal biologique. Bien sûr, plusieurs conférences porteront sur des espèces précises : les baleines, les méduses, les chameaux, les animaux domestiques ou encore les chevaux à travers l’équithérapie.
Festival des sciences et des arts : l’« animalisation » des êtres humains
Mais nous explorerons également la dimension symbolique et sociale de la relation entre humains et animaux. Le vendredi matin, au MUCEM, une séance importante sera consacrée à l’« animalisation » des êtres humains. Nous réfléchirons notamment aux mécanismes qui conduisent à désigner celles et ceux que l’on veut exclure, haïr ou détruire, en les comparant à certains animaux comme le singe, le cafard, le rat etc.
Une autre table ronde portera sur les zoonoses, c’est-à-dire les maladies transmises de l’animal à l’humain ou inversement. Le Covid-19 en est un exemple majeur, mais il existe de nombreuses autres situations étudiées par les chercheurs qui nécessitent de penser une santé globale.
Cette année encore, faites-vous intervenir des chercheurs internationaux, notamment dans le cadre de l’initiative Safe Place for Science ?
Maryline Crivello : Pas particulièrement cette année. En revanche, lors de la précédente édition consacrée aux rapports entre science et croyance, le lien avec Safe Place for Science était très significatif. Nous avions notamment abordé les conséquences de certaines politiques qui limitent les libertés académiques, fondées davantage sur des croyances que sur les connaissances scientifiques.
Cette année, les intervenants seront principalement issus d’Aix-Marseille Université, mais aussi du CNRS, de l’IRD et d’autres établissements de recherche. Pour les séances consacrées aux zoonoses, plusieurs chercheurs travaillant en Afrique ou en Asie participeront aux échanges.
Quels sont vos principaux partenaires culturels et artistiques ?
Maryline Crivello : Ils sont nombreux. Le MUCEM est un partenaire essentiel puisque nous y organisons deux journées de programmation. Nous travaillons également avec le 6MIC à Aix-en-Provence pour un grand concert gratuit dédié aux étudiants et personnels réunissant plusieurs artistes de la scène musicale française.
Nous collaborons aussi avec le festival Les Beaux Jours, Opera Mundi, ainsi qu’avec les théâtres de la Criée et Vitez. Ces partenariats permettent de croiser les approches scientifiques et artistiques, ce qui constitue l’une des marques de fabrique du festival.
Certains de ces événements sont proches du vôtre. Comment le Festival des sciences et des arts trouve-t-il sa place dans le paysage culturel local ?
Maryline Crivello : Notre objectif est très spécifique. Il s’agit avant tout d’un festival de rentrée. C’est un événement d’accueil et d’hospitalité destiné aux étudiants, notamment internationaux.
Nous voulons montrer que l’université n’est pas seulement un lieu d’enseignement, mais aussi un espace de créativité, d’innovation et de production de savoirs. Le festival permet de faire découvrir les laboratoires, les formations, les recherches en cours et de les mettre en dialogue avec la société.
Notre ambition est d’ouvrir l’université à la cité, de faire sortir les savoirs de leurs murs et de favoriser la rencontre entre chercheurs, artistes, étudiants et citoyens.
Le festival est-il réservé aux étudiants ?
Maryline Crivello : Pas du tout. Il est ouvert à tous. Les événements sont gratuits et sans inscription. Seule, la visite de la grotte Cosquer, nécessite une réservation en raison du nombre limité de places.
Nous invitons les habitants de Marseille, d’Aix, d’Aubagne, d’Arles et plus largement tous les curieux à venir participer. Les familles sont les bienvenues. C’est justement l’un des enjeux du festival : permettre à chacun de rencontrer des scientifiques et des artistes dans un cadre accessible.
Quelle fréquentation espérez-vous cette année ?
Maryline Crivello : Nous accueillons généralement entre 5 000 et 6 000 participants. L’an dernier, environ 5 000 personnes ont pris part aux différentes activités.
Cette année, nous proposons plus de 70 rendez-vous mobilisant une quarantaine de disciplines et l’ensemble des grands instituts d’Aix-Marseille Université. Nous espérons donc rester dans cette fourchette de fréquentation.
Quelle part du public est composée d’étudiants ?
Maryline Crivello : Les étudiants constituent naturellement le cœur du public, accompagnés par les enseignants, les personnels et les partenaires du festival. Le public extérieur représente aujourd’hui environ 20 à 30 % des participants.
C’est pourquoi la médiatisation est importante : beaucoup de personnes pensent encore que le festival leur est réservé, alors qu’il est pleinement ouvert à tous.
Le festival s’appelait auparavant « Jeu de l’oie ». Pourquoi ce changement de nom ?
Maryline Crivello : Le nom « Jeu de l’oie » fait partie de l’histoire du projet. À l’origine, il s’agissait d’un festival consacré exclusivement aux sciences humaines et sociales, un jeu de société grandeur nature. Nous avions choisi cette référence parce que le jeu de l’oie est l’un des jeux de société les plus connus depuis le XVIe siècle.
Lorsque nous avons décidé d’ouvrir le festival à toutes les disciplines — médecine, sciences, astrophysique, etc. — il est devenu logique d’adopter le nom de « Festival des sciences et des arts ». Néanmoins, l’esprit du jeu demeure. Le festival reste conçu comme un grand jeu du savoir, accessible et ludique.
La question de la corrida ou des traditions impliquant les animaux sera-t-elle abordée ?
Maryline Crivello : Pas directement à travers la corrida, mais nous proposerons une intervention qui entre en résonance avec ces débats. Un anthropologue présentera un rituel italien impliquant la mise à mort d’un veau lors d’une fête traditionnelle.
Or, l’an dernier, cette pratique a suscité une forte opposition de la part des défenseurs des animaux, conduisant les organisateurs à modifier le rituel. Cette étude de cas permettra d’interroger l’évolution des sensibilités contemporaines face aux traditions impliquant les animaux.
Concernant la Camargue, nous avons davantage choisi de travailler sur la biodiversité locale, notamment autour des oiseaux et des flamants roses.
Document source : la programmation complète du Festival des sciences et des arts
Lien utile :
Le site du Festival des sciences et des arts














