L’Ademe et le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) ont présenté, mardi 30 juin sur le campus Saint-Charles d’Aix-Marseille Université, les résultats du programme Géoscan Arc. Cette étude exploratoire, menée avec le soutien de la Région Sud, du Département des Bouches-du-Rhône et de la Métropole Aix-Marseille-Provence, vise à mieux connaître le potentiel de géothermie profonde entre Aix-en-Provence et l’étang de Berre. Une étape clé pour identifier les zones les plus favorables et préparer, à terme, de premiers projets de chaleur renouvelable en Provence.

La chaleur, angle mort de la transition énergétique
Face à la dépendance aux énergies fossiles, la géothermie profonde avance ses arguments : une énergie locale, discrète, continue et décarbonée. Baptiste Perrissin Fabert, directeur général délégué de l’Ademe, a rappelé que la transition énergétique ne pouvait pas se résumer à l’électricité. « Notre énergie est très carbonée », a-t-il souligné, en rappelant que l’électricité ne représente qu’une part de la consommation énergétique finale.

Pour l’Ademe, la géothermie a toute sa place dans le mouvement d’électrification des usages. « La géothermie fait aussi partie de l’équipe de France de l’électrification », a lancé Baptiste Perrissin Fabert. L’agence, qui pilote notamment le Fonds chaleur, voit dans cette ressource souterraine une solution prioritaire parmi les énergies renouvelables thermiques. Son avantage tient aussi à sa faible visibilité. « La géothermie, ça a l’élégance d’être discret, c’est sous nos pieds, ça ne se voit pas », a-t-il ajouté. Une manière d’insister sur une énergie moins exposée aux conflits d’acceptabilité que d’autres infrastructures renouvelables.
Géothermie : « La solution est sous nos pieds »
Pour Catherine Lagneau, présidente-directrice générale du BRGM, le sujet est d’abord un changement de regard. « La solution est sous nos pieds », a-t-elle résumé en ouverture de la journée. Alors que 43% de la consommation énergétique finale correspond à des besoins de chaleur, la géothermie peut répondre à des usages très concrets : chauffer des bâtiments, alimenter des réseaux de chaleur urbains, couvrir des besoins industriels ou tertiaires. La géothermie de surface, limitée à environ 200 mètres de profondeur, s’appuie sur la température stable du sol. La géothermie profonde va plus loin : elle consiste à aller chercher directement la chaleur de la Terre à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de mètres. Cette chaleur peut ensuite être injectée dans des réseaux capables de desservir des quartiers entiers. Mais cette ressource reste très peu développée. Catherine Lagneau a rappelé que les géothermies ne représentent aujourd’hui qu’environ 1% de la consommation finale de chaleur en France. « Le potentiel de développement est considérable », a-t-elle insisté, tout en rappelant les freins : coûts d’entrée, réglementation, mais surtout manque d’informations sur le sous-sol.

C’est précisément là qu’intervient Géoscan Arc : « La connaissance du sous-sol n’est pas une formalité, c’est un impératif », a défendu la présidente du BRGM. Sans données fiables, aucune collectivité ni aucun investisseur ne peut engager sereinement des dizaines de millions d’euros dans un forage.
Un territoire encore mal connu
Le programme Géoscan Arc s’est concentré sur le bassin de l’Arc, entre Aix-en-Provence et l’étang de Berre. Contrairement au bassin parisien ou au bassin aquitain, où plusieurs forages permettent déjà de bien connaître les formations géologiques profondes, le sous-sol provençal restait encore largement lacunaire.

En deux ans, le BRGM a mobilisé ses équipes en géophysique et en géologie pour produire une image plus précise de ce territoire. Plus de 300 kilomètres de mesures ont été réalisés, à terre comme sur l’étang de Berre. Trois missions de terrain ont également été menées pour caractériser les formations géologiques visibles en surface, leurs propriétés de réservoirs, les fractures, les failles et la capacité des roches à laisser circuler des fluides. « L’ampleur de ce programme est sans précédent pour le synclinal de l’Arc », a souligné Catherine Lagneau. L’étude couvre 29 communes, sur environ 1 500 km². « Le jeu de données ainsi constitué est unique, il appartient désormais au territoire », a-t-elle ajouté.

Cette connaissance doit permettre de répondre à plusieurs questions décisives : existe-t-il un réservoir géologique exploitable ? À quelle profondeur se trouve-t-il ? La température est-elle suffisante ? Les fluides peuvent-ils circuler dans la roche ? Autrement dit, le potentiel géothermique ne dépend pas seulement de la chaleur présente en profondeur, mais aussi de la qualité du réservoir.
Des cartes pour passer à l’action
La restitution a permis de présenter les premières cartes de favorabilité. Elles croisent plusieurs critères : profondeur des réservoirs, température attendue, porosité des roches, présence de fractures ou de failles, capacité de circulation des fluides. L’objectif n’est pas encore de désigner un site de forage, mais de réduire l’incertitude et d’orienter les futurs porteurs de projets.
Matthieu Pailler, pour l’Ademe Paca, a rappelé que la géothermie profonde vise des usages de grande échelle : quartiers, villes, sites industriels ou grands ensembles tertiaires. « La géothermie, c’est la chaleur de la Terre », a-t-il résumé, en précisant que le gradient géothermique en France hexagonale est d’environ 30 degrés par kilomètre.

Alexandre Stopin, du BRGM, a insisté sur la nécessité de vérifier la présence d’un réservoir exploitable. « Si vous avez une roche dense dans laquelle il n’y a pas ces espaces-là, vous n’avez pas de fluide à pomper, vous n’avez pas de fluide à réinjecter », a-t-il expliqué. La géothermie profonde conventionnelle suppose donc de trouver des roches capables de contenir et de laisser circuler de l’eau chaude.

Renaud Coueffe, géologue au BRGM, a rappelé que le synclinal de l’Arc fonctionne comme une « gouttière » géologique, où les roches ont été pliées, déformées et traversées par des failles. Tout l’enjeu de Géoscan Arc consiste donc à préciser la profondeur des réservoirs et leur capacité à laisser circuler des fluides, condition indispensable avant d’envisager un forage.

Les premiers résultats font ressortir des zones où le potentiel souterrain peut rencontrer des besoins importants en surface, notamment autour de secteurs urbanisés ou industriels comme Vitrolles, Plan de Campagne ou les abords de l’étang de Berre. Pour les acteurs de la filière, c’est un signal encourageant : là où les consommations de chaleur sont importantes, la géothermie profonde peut devenir une solution structurante.

À titre d’exemple, François Cordonnier, pour la mairie de Vitrolles, a présenté l’un des projets les plus avancés du territoire : l’extension d’un réseau aujourd’hui long de 2 km à 28 km, complété par 2 km de réseau froid, avec l’objectif de produire 120 GWh de chaleur et 30 GWh de froid. Une manière, selon lui, de répondre localement aux besoins importants des zones urbaines, aéroportuaires et industrielles.

Au-delà des résultats scientifiques, la table ronde a souligné l’intérêt opérationnel de Géoscan Arc pour les collectivités.

Cécile Chery, directrice adjointe de l’Ademe Paca, y voit « une très bonne nouvelle » : des territoires commencent à « reprendre la main, clairement, reprendre la maîtrise de leur production énergétique », à travers des « projets de territoire » jugés « plus structurants ».

Marie Lootvoet, directrice de la transition énergétique à la Métropole Aix-Marseille-Provence, a, elle, insisté sur l’enjeu d’« acquérir un mix énergétique » et sur un atout spécifique de la géothermie : pouvoir « faire de la fraîcheur aussi, et pas seulement du chaud », un point devenu selon elle « un enjeu majeur ».

Au fond, Géoscan Arc ramène la géothermie à une question simple : trouver, sous cette « gouttière » géologique décrite par Renaud Coueffe, les bons réservoirs, à la bonne profondeur. Car comme l’a rappelé Alexandre Stopin, sans espaces dans la roche, il n’y a « pas de fluide à pomper » ni « de fluide à réinjecter ».

Le forage, prochaine étape décisive
Malgré l’optimisme affiché, les intervenants ont rappelé que l’étude ne suffit pas à elle seule. Les données de surface, même précises, doivent être confirmées par le terrain profond. « C’est une première étape, mais ce n’est qu’une première étape », a prévenu Catherine Lagneau. Le BRGM met désormais les résultats, les données et les interprétations à disposition des collectivités, des industriels et des porteurs de projets. Mais la suite passera par un cap plus engageant : réaliser un premier forage de géothermie profonde sur ce territoire. Ce forage permettrait de confirmer ou d’infirmer le potentiel détecté et d’ouvrir la voie à de futurs projets concrets.


Du côté de la filière, le message est également à l’accélération. Éric Lannes, président de l’Association française des professionnels de la géothermie, a salué l’ouverture d’un nouveau territoire. « Avec Géoscan Arc, c’est peut-être la conquête du Sud-Est », a-t-il lancé. Selon lui, les acteurs professionnels sont prêts : « Le mot d’ordre qu’on passe maintenant, c’est : n’ayez pas peur, vous n’êtes pas seuls. »

La Provence pourrait donc entrer dans une nouvelle phase. Après le temps de l’exploration scientifique, vient celui des décisions industrielles et politiques. Comme l’a résumé Baptiste Perrissin Fabert, les résultats sont « très encourageants » autour de l’étang de Berre. Reste désormais à transformer la connaissance du sous-sol en chaleur utile pour les territoires.

Liens utiles :
Site de Géoscan Arc
La présentation complète de Géoscan Arc
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