Avec trois ans de retard, marqué par un long tunnel d’hésitations, atermoiement ou autres revirements, le gouvernement a finalement publié le 13 février 2026, la nouvelle édition de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et son annexe la Stratégie de développement des mobilités propres (SDMP), documents qui présentent la politique énergétique de la France pour répondre aux enjeux de consommation et de production d’énergie sur la période 2026-2035.
Le Premier ministre et le ministre de l’Énergie avaient dévoilé, le 12 février, dans le Jura, les grandes lignes de cette troisième programmation pluriannuelle de l’énergie. Le texte acte le retour affirmé du nucléaire, dans la droite ligne du discours présidentiel de Belfort de 2022. Les ambitions sont en revanche revues fortement à la baisse pour les énergies renouvelables (EnR) terrestres, en particulier l’éolien.

Sébastien Lecornu a répondu aux critiques émanant de différents acteurs politiques ou industriels dans la foulée de ses annonces.

Il réfute d’abord l’idée d’un passage en force évoquant sur X les 7 600 contributions et un million de votes qui ont participé à une concertation menée avec les entreprises, industriels, élus locaux et nationaux. En outre, selon le Premier ministre, le Parlement n’est pas du tout contourné quand « les objectifs nucléaires et renouvelables ont été votés par la représentation nationale. La PPE est fixée par décret. C’est la loi. Article L.141-1 du code de l’énergie. La France a besoin d’énergie. Pas de polémiques artificielles.»
Consommation : « Il faut anticiper » (Sébastien Lecornu)
Quant aux hypothèses de consommation sur lesquelles se base la PPE, Sébastien Lecornu est également droit dans ses bottes : « Produire plus que l’on consomme, c’est garantir la sécurité d’approvisionnement. La crise énergétique 2022-2023 a coûté 72 milliards d’euros. Nos importations fossiles pèsent encore 60 à 120 milliards d’euros par an. En 2024, la France a produit 539 TWh (majoritairement nucléaire) et exporté 89 TWh, soit cinq milliards pour la balance commerciale. La demande peut bondir : voitures électriques, chauffage, industrie. Or une centrale se construit en années. Il faut anticiper. Le risque n’est pas d’avoir trop d’électricité. Le risque, c’est d’en manquer. Subir les prix ? Non. Assurer notre souveraineté énergétique ? Oui. »
Du côté de l’industrie nucléaire, les réactions ont été très positives, à l’instar des acteurs de la filière nucléaire (comme EDF, Framatome ou Orano) qui ont salué la clarté donnée par la PPE 3, notamment sur la visibilité pour les investissements et l’emploi, la prolongation de la durée de vie des réacteurs, et la construction de nouveaux EPR2.
Du côté des énergies renouvelables, le constat plus en nuances se veut aussi positif, rassuré que la backclash écologique, porté par une partie de l’échiquier politique, notamment l’extrême droite soit endigué. Certes, Jules Nyssen, le président du Syndicat des énergies renouvelables. salue des bonnes nouvelles. « Je remercie le Premier ministre pour la lucidité dont il a fait preuve en publiant la PPE 3. Alors que certains souhaitaient mettre en France la transition énergétique sur pause, au profit des énergies fossiles dont nous restons encore trop dépendants, cette publication permettra de poursuivre le développement des énergies renouvelables qui reste absolument nécessaire. C’est une bonne nouvelle pour notre souveraineté énergétique et économique, et c’est une bonne nouvelle pour le climat ».

« Nous appelons ainsi le gouvernement à publier sans délais les appels d’offres » (Jules Nyssen (SER)
Mais Jules Nyssen met aussi la pression. « Il est cependant urgent que cette PPE se traduise maintenant sur le terrain : nous appelons ainsi le gouvernement à publier sans délais les appels d’offres prévus afin de rassurer les entreprises et les salariés qui ont exprimé de très fortes inquiétudes ces dernières semaines. Nous serons notamment très vigilants sur la filière de l’éolien terrestre, dont l’avenir dépend de la capacité à développer de nouveaux projets », ajoute- t-il. Et de conclure, « aujourd’hui, la guerre des religions a été enterrée par le Premier ministre, l’équipe de France des énergies a été constituée. Tous ensemble nous devons unir nos efforts pour réussir la décarbonation de notre pays et la conquête de notre souveraineté énergétique. »
Greenpeace France : « médiocre et à rebours de l’urgence environnementale »
Les organisations environnementales restent pour la plupart sur leur faim ou peuvent être carrément très déçues, à l’instar de Greenpeace France qui ne mâche pas ses mots : cette PPE n’est au final que l’illustration de la politique énergétique que subit la France depuis presque une décennie : en retard, archaïque, réactionnaire. Nicolas Nace, chargé de campagne transition énergétique pour Greenpeace France estime que « le gouvernement a agité l’épouvantail d’un moratoire pour faire passer une PPE médiocre et à rebours de l’urgence environnementale. Sébastien Lecornu parle d’un compromis, difficile de voir autre chose qu’un compromis entre les idées climato sceptiques et rétrogrades de l’extrême-droite et la faible ambition climatique de la Macronie.»
Document source : la PPE 3
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