Un total de 1,6 milliard d’euros engagés sur 15 ans. Le gouvernement a dévoilé, il y a un peu plus de trois semaines, les sept premiers lauréats de l’appel d’offres « Grands projets industriels de décarbonation », un dispositif destiné à accélérer la transformation des sites industriels les plus émetteurs de gaz à effet de serre. L’objectif est double : préserver la compétitivité de l’industrie française tout en réduisant significativement ses émissions.
« La décarbonation de l’industrie française n’est pas une option, c’est une nécessité stratégique », a ainsi affirmé Roland Lescure, ministre de l’Économie, des finances et de la souveraineté industrielle, lors de la présentation de ces mesures, le 13 février, soulignant la volonté de l’État d’engager une « mécanique budgétaire et contractuelle inédite », pensée pour déclencher les investissements lourds que les industriels hésitent encore à engager seuls.

Selon le gouvernement, les projets sélectionnés devraient permettre d’éviter environ 3,8 millions de tonnes de CO₂ par an, soit près de 1 % des émissions nationales et environ 24 % de l’effort de réduction attendu de l’industrie d’ici 2030. « A 22€ la tonne de CO2e évitée, le dispositif s’inscrit comme l’une des aides les plus efficaces pour réduire les émissions de CO2 dans l’ensemble des dépenses publiques », souligne-t-on encore au ministère.
Financé par le plan d’investissement « France 2030 » et par des crédits budgétaires du ministère de l’Économie votés en loi de finances 2025, le dispositif concerne notamment les sites industriels des cimentier Heidelberg Materials à Airvault (Deux-Sèvres), Holcim à Saint-Pierre-la-Cour (Mayenne) et Vicat à Montalieu (Isère), la fonderie Aluminium Dunkerque (Nord), ainsi que les chimistes Syensqo pour son site de Saint-Fons (Rhône), Eurolysine à Amiens (Somme) et Ineos Naphtachimie pour sa raffinerie de Lavera (Bouches-du-Rhône).

Lavéra, un projet stratégique pour la pétrochimie française
Implantée au cœur du complexe industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, la plateforme de Lavéra constitue l’un des principaux pôles pétrochimiques du sud de la France. Le projet porté par Ineos Naphtachimie, bénéficiera d’un soutien public estimé à près de 297 millions d’euros, l’un des montants les plus élevés du dispositif. L’ambition est de transformer en profondeur les procédés de production du vapocraqueur, installation centrale qui permet de produire les briques de base de la pétrochimie, régulièrement pointé du doigt voire rappelé à l’ordre. Les investissements visent notamment à améliorer l’efficacité énergétique du site, à modifier son mix énergétique et à réduire fortement les émissions liées à la combustion des installations.
Vapocraqueur de Lavéra : une installation stratégique sous surveillance
Au cœur du projet de décarbonation porté par Ineos Naphtachimie sur la plateforme pétrochimique de Lavéra se trouve le vapocraqueur, installation clé qui permet de produire l’éthylène et le propylène, molécules de base de la pétrochimie. Fonctionnant à très haute température, cet équipement est aussi l’un des plus énergivores et émetteurs de CO₂ du secteur. Le site fait l’objet d’un suivi étroit des autorités, à travers plusieurs arrêtés préfectoraux encadrant son exploitation et ses émissions industrielles. Ces décisions prises par la préfecture des Bouches-du-Rhône imposent notamment des prescriptions techniques et environnementales au titre de la réglementation des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE).
La modernisation du vapocraqueur, soutenue par l’État dans le cadre de l’appel d’offres « Grands projets industriels de décarbonation », doit précisément permettre de réduire l’empreinte carbone de cette installation centrale, tout en maintenant l’activité d’un des principaux pôles pétrochimiques du sud de la France.
Ces transformations, alors qu’Ineos a déjà annoncé en novembre 2025 un programme d’investissement de 250 millions d’euros pour régénérer et moderniser son craqueur, doivent contribuer à la stratégie nationale de décarbonation de l’industrie lourde, en particulier dans les secteurs de la chimie et de la pétrochimie, traditionnellement très dépendants des énergies fossiles. Pour rappel, la plateforme de Lavéra s’inscrit également dans la dynamique des zones industrielles bas carbone (ZIBaC) développées autour des bassins industriels de Fos-sur-Mer et de Dunkerque afin de mutualiser certaines infrastructures de transition, comme l’hydrogène bas-carbone ou la capture de CO₂.

Un levier central de la politique industrielle
Le mécanisme des « Grands projets industriels de décarbonation » repose sur un système d’aide couvrant à la fois l’investissement et le fonctionnement des installations pendant quinze ans. Les projets sont sélectionnés selon leur coût d’abattement du carbone, c’est-à-dire le montant d’aide publique nécessaire pour éviter une tonne de CO₂. Pour le gouvernement, ces projets doivent aussi permettre de déclencher des investissements privés massifs.
Cette approche vise à rendre économiquement viables des technologies encore coûteuses – électrification des procédés, substitution énergétique, biomasse ou captage et stockage du carbone – tout en maintenant la compétitivité des sites industriels.
D’autres projets en attente
Au-delà des montants engagés sur le site d’Ineos Naphtachimie à Levéra et ailleurs, le gouvernement voit dans cette première sélection un signal envoyé à l’ensemble du tissu industriel : la décarbonation de l’industrie lourde constitue désormais un pilier de la politique de réindustrialisation verte. Pour Roland Lescure, ces investissements doivent permettre à la fois de « limiter notre dépendance énergétique » et de « renforcer la compétitivité de nos entreprises sur la scène internationale », tout en répondant à l’urgence climatique.
Une nouvelle vague de projets devrait être lancée dans les prochaines années, alors que plusieurs dizaines d’initiatives, dans la sidérurgie (ArcelorMittal à Fos) ou la chimie (Kem One à Fos) sont déjà identifiées comme potentiellement éligibles au dispositif.
Document source : « Industrie décarbonée, industrie compétitive », point d’étape de l’Etat
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