Et si, après des mois et des mois de concertation et de mobilisations diverses, l’ensemble du projet de ligne aérienne à très haute tension (THT), entre Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), était aujourd’hui intégralement remis en cause ?
C’est en tout cas le sens d’une note interne et « confidentielle » transmise le 6 novembre dernier par la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) Occitanie à l’Etat et RTE, le prestataire en charge de la maîtrise d’œuvre.
La Dreal pointe un « risque significatif » pour la biodiversité
Dans ce document, éventé dans la presse fin novembre, le projet, dans sa forme actuelle, avec ses 180 pylônes de 50 à 90 mètres de haut, répartis sur 65 km, présenterait en effet un « risque significatif » pour la biodiversité.
Selon la Dreal, le tracé envisagé, notamment à travers des portions du Parc naturel régional de Camargue, de la Réserve naturelle nationale des Coussouls de Crau, ainsi que plusieurs zones classées Natura 2000, recouperait les domaines vitaux de plusieurs espèces d’oiseaux protégées.
Cinq espèces d’oiseaux particulièrement menacées
La note, qui sera versées au dossier d’autorisation environnementale du projet, cite cinq espèces particulièrement menacées : le Ganga cata, l’Aigle de Bonelli, le Faucon crécerellette, l’Outarde canepetière et l’Alouette calandre. Pour le Ganga cata, la Dreal évoque même un « risque de disparition à moyen terme » de la population française. Parmi les menaces listées : fragmentation des habitats, risque de collision ou d’électrocution, dérangement des zones de reproduction ou de migration, perte d’habitats essentiels.
La conclusion de la note de la Dreal est sans ambiguïté : « En l’état, le projet ne paraît pas réunir les conditions légales » pour bénéficier d’une dérogation à la protection des espèces menacées, comme le prévoit le droit environnemental français.
Rendez-vous le 13 décembre
Voulue pour répondre à la hausse attendue de la demande électrique en général, et pour décarboner la région de Fos-Berre en particulier, deuxième zone industrielle la plus polluante de France, et y installer de nouveaux projets (hydrogène, acier bas carbone, data centers, etc.), cette ligne de 400 000 volts est réclamée à corps et à cris par les industriels, regroupés au sein du collectif La Fabrique des possibles, qui continuent de mettre la pression sur l’État.
Lesquels rappellent les enjeux : « Un total de 50 projets industriels à l’étude représentant 15 milliards d’euros d’investissements privés, 60 000 emplois dont 10 000 emplois directs d’ici cinq ans et la décarbonation de 25 % des émissions industrielles françaises. »
Des balises sur les lignes pour éloigner les oiseaux ?
Pour l’heure, RTE explique maintenir son projet. Des balises sur les lignes seront suffisantes pour éloigner les oiseaux et donc les protéger, estime en effet le responsable du projet, Gilles Odone, délégué de RTE en Méditerranée. « Ces dispositifs existent déjà, ils ont déjà fait leur preuve et nous allons les améliorer, avec des dispositifs diurnes et nocturnes. Il faudra que les oiseaux puissent, la nuit comme le jour, voir les lignes pour ne pas les percuter », explique-t-il auprès de nos confrères de Radio France.
Une version que met à mal également la note de la Dreal, laquelle estime que « l’utilisation de balisage sur les lignes aériennes, principale mesure d’atténuation généralement proposée, permet selon les contextes et les espèces une diminution des cas de mortalité. Mais cet effet n’est pas suffisant pour garantir le maintien en bon état de conservation des populations impactées ».
Le projet est au contraire combattu, dans sa forme actuelle, par nombre d’associations de défense de la nature et de l’environnement, de collectivités locales et des syndicats agricoles, réunis au sein du Collectif THT 13-30, qui militent pour une solution enterrée… à échéance plus lointaine, de l’ordre de 3-4 ans supplémentaires, et, surtout, sensiblement plus onéreuse. « Ce projet est potentiellement illégal, estime auprès de France Inter leur avocat, Sébastien Mabille. La conclusion de ce document est que si l’État et RTE continuent à s’entêter sur cette solution aérienne, ce projet serait exposé à un risque de contentieux majeur tant au niveau national qu’européen ».
RTE voudrait commencer les travaux début 2027, pour une mise en service en 2029. L’État doit rendre ses conclusions d’ici le 13 décembre. Un premier test, électrique, pour le nouveau préfet de Région, Jacques Witkowski.
Document source : la note de la Dreal
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