Marseille reste sans Halte soins addictions (HSA). Le préfet de la Région a opposé un veto présenté « comme définitif » à tout projet de création d’une telle structure dans le centre-ville. Pour les associations et riverains, cette décision « scelle le sort de milliers de personnes consommatrices de drogues vivant déjà dans une précarité extrême », à moins que l’ARS PACA ou le ministère de la Santé ne reprennent la main.
« Je ne souhaite pas de HSA dans le centre-ville de Marseille. Si vous en créez une, cela revient à dire que vous n’interpellez pas les consommateurs dans la zone, a séchement déclaré Georges-François Leclerc, préfet des Bouches-du-Rhône, lors d’une conférence de presse jeudi 25 septembre. Et d’assumer : « La priorité va à la répression. » Une position qui enterre, pour l’heure, le sort d’un projet de longue date, défendu depuis des mois par les associations et collectifs de riverains confrontés à la dégradation de la situation sanitaire et sociale dans plusieurs quartiers du centre-ville.
« Le préfet scelle le sort de milliers de personnes » (collectif d’associations)
Dans la foulée, dans un communiqué commun en date du 29 septembre, plusieurs structures associatives et collectifs de riverains ont exprimé leur « profonde indignation » et leurs « vives inquiétudes » face à ce veto préfectoral. « En opposant un veto présenté comme définitif à la création d’une Halte soins addictions, le préfet scelle le sort de milliers de personnes consommatrices de drogues vivant déjà dans une précarité extrême. Il condamne aussi les habitants des quartiers concernés à un statu quo devenu intenable. » Un appel renouvelé pour ce collectif, qui plaidait déjà fin juillet pour une HSA comme réponse concrète à la crise des usages visibles de drogue dans le centre-ville.
Pour les signataires, le préfet « confond sécurité et santé publique ». « La prévention des addictions et la réduction des risques ne sont pas une variable d’ajustement à ranger derrière les problématiques d’ordre public. Elles sont d’abord un enjeu de santé publique », insistent les associations qui rappelle que la mise en place des HSA est prévue par la loi depuis 2016 et qu’elle répond à un objectif de réduction des risques reconnu par l’Organisation mondiale de la santé.
Les signataires sont :
ASUD MSY / Bus 31-32 / Collectif Belsunce / Collectif Je Dis Oui / LDH Marseille / Médecins du monde / Nouvelle Aube / Vers Marseille sans sida et sans hépatites
La Ville monte au créneau
Du côté de la municipalité, la réaction ne s’est pas fait attendre non plus. La première adjointe au maire de Marseille, Michèle Rubirola (EELV), a réaffirmé son soutien au projet lors du dernier conseil municipal tenu le 3 octobre. « Ce n’est pas le fait d’ouvrir une HSA qui fait qu’il y aura plus d’usagers de drogues dans la ville, c’est la misère. Le projet du boulevard de la Libération ne s’est pas fait, et il n’y a jamais eu autant de consommateurs. Il faut un volet sécuritaire, mais aussi un volet sanitaire », a-t-elle martelé.
Soutien de la première heure à l’idée d’une HSA, Michèle Rubirola appelle l’État à reconsidérer sa position et à associer davantage le ministère de la Santé et l’ARS Paca dans la décision.
Le silence du ministère et de l’ARS
La France compte seulement deux Haltes soins addictions (HSA), à Paris et Strasbourg, dont les résultats, selon l’évaluation de la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), sont jugés plutôt positifs tant sur le plan sanitaire que sur la tranquillité publique. Bien que sont soulignées des limites structurelles du système de santé plutôt que des failles internes aux dispositifs eux-mêmes.
Ces structures, qui accueillent les usagers dans un cadre sécurisé, visent à permettent de réduire les risques de contamination, d’overdoses et de consommation dans la rue, tout en facilitant la réinsertion sociale. Jusqu’ici, ni le ministère de la Santé, ni l’Agence régionale de santé (ARS Paca) n’ont réagi publiquement.
A lire aussi :
> A Marseille, ces drogués que les pouvoirs publics ne veulent pas voir ni accompagner
> La pilule de la Halte soins addictions (HSA) ne passe pas pour la droite marseillaise.
> Salle de shoot à Marseille : « un projet nécessaire » (François Crémieux, APHM)











