L’apparition du palmarès de nos confrères de Challenges sur les 500 grandes fortunes de France donne toujours l’impression de regarder de loin une sorte de Disneyland inénarrable dont on n’aurait pas les codes. On y apprend notamment que la France reste la championne d’Europe des millionnaires puisqu’elle en compte 2,9 millions loin derrière les États-Unis à 23,8 1 millions et la Chine 6,3 millions, mais elle devance le Royaume-Uni et l’Allemagne. Et le patrimoine mondial de cette population des millionnaires a augmenté de 4,6 % l’an dernier selon les chiffres de la banque Suisse UBS.
En France, les milliardaires rivalisent avec des yachts, des voitures de luxe, des palaces, les fondations, des investissements dans les clubs sportifs. On y découvre que la 6e fortune de France, Rodolphe Saadé, a comme nombre de ses compères milliardaires, un faible pour Saint-Tropez, où il étend son domaine avec une résidence de 4 hectares rénovée par Jean-Michel Wilmotte.

Grandes fortunes, grande stabilité
Dans ce 30e palmarès des 500 grandes fortunes, les régionaux de l’étape connaissent peu de changements majeurs.
Jean-Baptiste Piétri a toujours le même patrimoine hérité, de 280 millions d’euros, mais il régresse de la 459e place à la 467e. `
Par contre, Marc Eliayan, le patron du groupe d’ingénierie ADF gagne quelques places et arrive au numéro 467 lui aussi avec 600 millions € de biens.
La très discrète famille Richardson qui a fait son entrée dans la société d’investissement Eurazeo est créditée d’un patrimoine de 305 millions € en 432e position.
Alexandre Jacques Vernazza avec son groupe de levage et de services industriels Mediaco est stable, il est à la 410e place (avec 325 millions d’euros).
Antoine Metzger et Jean Bernardet, respectivement ancien et nouveau président de NGE, progressent avec un patrimoine de 375 millions d’euros : il correspond à une part minoritaire du groupe et ils sont en 361e place.
Henri Brière et sa famille sont en 281e place avec une entreprise Foselev, évaluée à un demi-milliard d’euros qui reste totalement aux mains des fondateurs.
La famille Coquet-Reinier, 5e génération du groupe Onet est en 251e place et leur part dans le groupe qui réalise 2,3 milliards de chiffre d’affaires est évaluée par Challenges à 580 millions d’euros. Les actionnaires sont réunis au sein de la Holding Reinier dont la gouvernance est assurée par un conseil d’administration. Le directoire est présidé par Émilie de Lombarès.
Le groupe Snef reste lui aussi patrimonial puisque la famille Dréau détient 90 % du groupe d’ingénierie en 215e place avec une valorisation à 650 millions d’euros.
Du frais, du café et du pain
Bernard Blachère que Challenges s’acharne à considérer comme ardéchois, alors que le siège est à Châteaurenard, continue sa croissance avec quatre marques : Provence Halles, Marie Blachère, Mangeons frais et Café Marie Blachère. Le groupe grimpe à 650 millions € de CA et se positionne au numéro 215.

Bernard Blachère reste toujours discret. Avec une petite incursion en publicité télévisuelle pour Marie Blachère en avril 2024. Tout juste concède-t-il sur LinkedIn : « La vie d’une entreprise n’est pas un long fleuve tranquille, le tout est d’œuvrer avec simplicité, humilité et respect ».

Le groupe Daher n’a plus son siège À Marseille, mais la famille y garde de profondes attaches avec un patrimoine de 750 millions d’euros qui le met en 180e place.
Roland Gomez et Évelyne Gomez s’enracinent dans le top 100. Le premier groupe français d’intérim indépendant, Proman né à Manosque, réalise 4,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, il est évalué par Challenges à 1,4 milliard €.
Ortec grimpe encore et gagne deux places au N° 89 avec une valorisation pour la famille Einaudi à 1,5 milliard qui intègre les acquisitions de l’année 2024.
Le groupe Ricard, de moins en moins marseillais, est à la 37e sa place et les héritiers de Paul Ricard détiennent 15 % du numéro de mondial des spiritueux soit 3,35 milliards €.
La famille Bellon qui détient encore un tiers du groupe mondial de services est en 32e position.
And the winner is Rodolphe Saadé qui voit son patrimoine grimper à 35 milliards d’euros, mais qui cède la 5e place au groupe Dassault et se retrouve 6e fortune française avec des investissements démultipliés dans le secteur des médias où il connaît quelques difficultés d’apprentissage. Mais, en masse, cette diversification familiale représente très peu de choses, par rapport à la croissance mondiale du groupe de logistique qui promet d’investir plus de 18 milliards aux États-Unis.
Un essaimage des activités portuaires
Ce palmarès des grandes fortunes offre un panorama de l’économie régionale surprenant. L’industrie est très peu représentée, et lorsqu’elle l’est, c’est plus par le service à l’industrie que l’industrie elle-même. Les héritages sont nombreux, mais les héritiers ont su largement faire fructifier le patrimoine familial. Ils ont souvent opéré des développements, des recentrages, des décentrages, des reconversions, qui font que l’entreprise familiale d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec l’entreprise héritée.

Ce qui est identitaire, par contre, dans cette économie des grandes entreprises et grandes fortunes c’est leur origine sur le port : CMA CGM bien sûr, mais surtout Daher, Ortec, Onet, Foselev, Snef, Mediaco, Richardson, ADF. Les trois quarts des grandes fortunes régionales sont nées d’un essaimage de l’activité portuaire, elles y ont réalisé, comme on dirait en langage marxiste, leur accumulation primitive du capital et ont su trouver des voies de redéploiement.
Mais aucune licorne n’est en vue qui émergerait du tissu des boîtes innovantes du territoire.









