Emerging Valley se tiendra cette année le 26 novembre à The Camp. Fondé par Samir Abdelkrim, suite à un voyage enquête auprès de la nouvelle génération des entrepreneurs africains, c’est devenu un rendez-vous incontournable de la tech africaine avec ses pairs et financeurs, pour les investisseurs, les startups et les écosystèmes numériques africains et émergents. Pour les lecteurs de Gomet’, partenaire de l’évènement, son fondateur répond à 3 questions sur l’édition 2025.
Vous avez franchi un pas important l’an dernier avec l’arrivée de Plug and Play à Marseille. Qu’est-ce qui séduit les investisseurs pour qu’ils viennent à ce rendez-vous eurafricain d’Emerging Valley ?
Samir Abdelkrim : Je pense qu’il y a quatre raisons très claires : le territoire Aix-Marseille-Provence, la diaspora, la traction et la confiance.

D’abord, le territoire. Marseille est une porte d’entrée naturelle entre l’Europe et l’Afrique. On a ici un écosystème unique : un port connecté au monde, un hub data international, un ancrage méditerranéen fort, et une position géographique qui réduit les coûts d’accès aux marchés africains. Ce n’est pas que de la “Learning expedition”: on est dans l’action, dans le concret.
En témoigne la remarquable efficacité du programme Soft-Landing Provence Africa Connect porté par la Métropole Aix-Marseille-Provence qui accélère sur le territoire chaque année des dizaines de scale-ups africaines à très forte croissance et créatrices de richesses économiques pour le territoire ! Je peux également citer le pôle territorial ICC tournée vers la Méditerranée et l’Afrique et porté par la Ville de Marseille qui a décidé de faire des industries créatives une de ses priorités à l’international.
Ensuite, la diaspora. À Aix Marseille, on a des talents de la diaspora technologique qui jouent un rôle clé. Elles connaissent le terrain, elles comprennent les codes, elles facilitent la due diligence et elles réduisent les risques. Pour un investisseur, cette connexion culturelle et humaine, c’est une vraie valeur ajoutée. T
roisième point, la traction. L’arrivée de Plug and Play – (qui a été accompagné par Provence Promotion qui joue un très grand rôle dans cette implantation, rendons à César ce qui appartient à César !) a envoyé un message fort : l’écosystème local est désormais branché sur les grands flux de l’innovation mondiale.
Nous, de notre côté, on a fait évoluer EmergingValley pour qu’il soit pensé “par et pour les investisseurs” : des sessions VC, du matchmaking ciblé, des formats orientés deals. Résultat, cette année on aura plus de 40 investisseurs à Marseille — VCs, business angels, family offices, fonds à impact, corporate ventures.
Et enfin, la confiance. Après neuf éditions, Emerging Valley a accumulé un capital de crédibilité énorme avec des partenaires stratégiques importants comme l’Agence Française de Développement ou encore l’Institut de Recherche pour le Développement. Ce n’est plus juste un forum d’idées, c’est un lieu où les deals se construisent, où les discussions se concrétisent. C’est ce mix – territoire, diaspora, traction et confiance – qui fait que les investisseurs reviennent chaque année à Marseille.
La situation mondiale, complètement bousculée et imprévisible, impacte le business. Comment voyez-vous évoluer, dans ce contexte, l’écosystème africain de l’innovation ?
S.A. : Je dirais que l’Afrique innove “à froid”.

Depuis la secousse de 2023, on est entré dans une nouvelle phase, plus exigeante. Il y a moins d’argent facile, plus de sélectivité. Les fondateurs sont plus attentifs à la gouvernance, à leurs unit economics, à leurs revenus. Les modèles sont plus sobres, plus efficaces.
Aujourd’hui, on voit émerger un vrai équilibre entre equity et dette, une montée du capital local, et une implication plus forte des corporate et des family offices. C’est sain. Les acteurs apprennent à bâtir des business solides, pas à courir après la prochaine levée de fonds.
Et dans ce contexte, les corridors euroméditerranéens – comme celui que Marseille incarne – jouent un rôle d’amortisseur. Ils facilitent les connexions, réduisent les frictions administratives ou culturelles et accélèrent la concrétisation des deals.
Ce n’est pas un ralentissement. C’est une refondation!
Les secteurs les plus dynamiques — clean tech, santé numérique, agri-chaînes, connectivité — avancent plus vite, avec plus de rigueur. L’Afrique avance avec lucidité. Moins d’euphorie, plus de méthode. Elle innove à froid, mais elle avance vite.

Les entrepreneurs africains, notamment dans la tech, sont-ils sensibles au mouvement des entreprises à impact ?
S.A. : Oui, totalement. Et pas juste pour le « storytelling. » En Afrique, l’impact, c’est le marché. L’énergie, la santé, l’éducation, l’agriculture, la mobilité… Ce sont des besoins vitaux. Les meilleures startups ne se contentent pas d’avoir une “mission”, elles créent de la valeur économique parce qu’elles répondent à des besoins essentiels.
Ce qui change aujourd’hui, c’est la rigueur. On parle de mesure d’impact, d’ESG, de transparence, de blended finance. Tout cela attire de nouveaux capitaux et rassure les investisseurs.
À EmergingValley, on met beaucoup l’accent sur cette double exigence : impact + performance. On sélectionne des projets qui prouvent leur utilité, leur traction, leur viabilité économique. On parle autant de scalabilité que de bénéfice territorial.
Finalement, ce qui fait la différence, c’est l’équilibre : rigueur financière, pertinence sociale et crédibilité internationale. C’est ce triptyque qui permet aux startups africaines de séduire les investisseurs. Et c’est exactement ce qu’on veut montrer à Marseille cette année.
Liens utiles :
Les précédentes éditions d’Emerging Valley dans les archives de Gomet’
Le programme d’EMerging Valley 2025














