Valentin Castel a fondé Skeals avec Nicolas Lerousseau. Ensemble, ils ont constaté que la formation continue des professionnels de santé, et plus spécifiquement des kinésithérapeutes, pouvait être améliorée. Nous l’avons interrogé pour mieux comprendre son parcours, l’histoire de sa société, et les perspectives de cette dernière.
-vous revenir sur votre parcours et sur la genèse de Skeals ? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans la formation continue pour les kinésithérapeutes ?
Skeals est né d’un constat de terrain et de la rencontre entre deux univers complémentaires. D’un côté, mon parcours dans le secteur de l’éducation, où j’ai participé au lancement et au développement de plusieurs activités de formation, avec une expertise particulière sur l’ingénierie pédagogique et la structuration d’organismes. De l’autre, Nicolas Lerousseau, kinésithérapeute libéral et passionné de formation continue, qui avait parcouru la France pour se former et améliorer sa pratique.
Mais avec la naissance de sa fille, multiplier les déplacements devenait plus compliqué. Et le e-learning ne correspondait pas à sa manière d’apprendre : la kinésithérapie reste un métier très manuel, où la pratique et les échanges entre pairs sont essentiels. En regardant le marché local, nous avons réalisé qu’un paradoxe existait : dans certaines zones, notamment dans le Var, les kinés devaient parfois parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour accéder à des formations de qualité.
C’est à ce moment-là que l’idée de Skeals s’est imposée : créer un organisme de formation dédié aux kinésithérapeutes, capable de proposer des formations concrètes, exigeantes scientifiquement et accessibles sur le territoire. Notre mission : développer les compétences et améliorer les pratiques des kinés tout au long de leur carrière grâce à des formations 100% concrètes.
Le secteur de la formation médicale continue est en plein développement. Quel constat avez-vous fait sur les besoins des professionnels de santé lorsque vous avez créé Skeals ?
Nous avons observé un décalage entre les besoins des praticiens et l’offre de formation disponible. La kinésithérapie évolue rapidement, notamment grâce aux avancées scientifiques sur la douleur, la rééducation fonctionnelle ou l’activité physique thérapeutique. Pourtant, sur le terrain, beaucoup de kinés exercent dans un contexte exigeant : charge administrative importante, rythme de consultation soutenu et isolement professionnel.
Dans ces conditions, se former devient indispensable… mais aussi complexe (administratif, logistique, prise en charge financière, etc…). Les praticiens recherchent donc des formations :
• basées sur les données scientifiques,
• très concrètes,
• et directement applicables au cabinet.
Ils cherchent aussi des moments d’échanges avec leurs pairs, ce qui est essentiel dans une profession souvent exercée de manière isolée.
En quoi Skeals se distingue-t-elle des autres organismes de formation dans le domaine de la kinésithérapie ?
Notre positionnement repose sur une idée simple : la formation doit améliorer concrètement la pratique clinique.
Nos formations sont :
• 100 % présentielles,
• animées par des formateurs experts,
• orientées vers la pratique,
• et finançables par les dispositifs existants (DPC, FIFPL ou OPCO).
Nous avons aussi voulu simplifier au maximum les démarches administratives pour que les praticiens. Mais au-delà de ces aspects, nous répondons surtout à un enjeu plus profond qui traverse aujourd’hui la profession.
Certains kinés connaissent une forme de désengagement progressif dans leur métier, parfois qualifiée de « démission silencieuse ». Ce phénomène est souvent lié à la répétitivité des soins, au manque de reconnaissance institutionnelle ou à l’isolement professionnel. La formation continue peut jouer un rôle clé pour sortir de cette dynamique : elle permet aux praticiens de se spécialiser, de renouveler leurs pratiques et de redonner du sens à leur métier.
La formation continue est obligatoire pour les professionnels de santé. Mais au-delà de l’obligation, pourquoi est-elle devenue indispensable dans la pratique quotidienne des kinésithérapeutes ?
La formation continue est d’abord une obligation réglementaire, mais dans la réalité du terrain, elle est surtout devenue une nécessité professionnelle. La kinésithérapie est un domaine où les connaissances scientifiques évoluent rapidement : compréhension de la douleur, rôle de l’activité physique, approches biopsychosociales des pathologies musculo-squelettiques, etc.
Un praticien qui ne se forme plus risque rapidement de voir sa pratique se figer. Mais il y a aussi un enjeu plus large pour la profession. Lorsque les praticiens cessent de se former ou d’innover, cela peut alimenter l’idée que la kinésithérapie apporte peu de valeur ajoutée par rapport à l’évolution naturelle des pathologies. Cette perception peut freiner la reconnaissance institutionnelle et la revalorisation des actes.
À l’inverse, une profession qui investit dans la formation continue démontre sa capacité à évoluer, à intégrer les avancées scientifiques et à améliorer l’efficacité des soins.
Quelles sont aujourd’hui les compétences ou les spécialités les plus recherchées par les kinésithérapeutes en formation ?
Les demandes reflètent assez bien les grandes évolutions de la profession. Aujourd’hui, les kinés cherchent notamment à développer leurs compétences dans : • les pathologies du rachis et les douleurs chroniques,
• la prise en charge des membres supérieurs,
• la neurologie, avec le vieillissement de la population,
• la pédiatrie,
• la santé de la femme, notamment le post-partum et la rééducation périnéale, • la kinésithérapie respiratoire,
• et la rééducation du sportif.
On observe aussi une volonté croissante de développer des expertises spécifiques. Beaucoup de praticiens souhaitent sortir d’une pratique trop généraliste pour développer une expertise plus spécifique.
Comment évoluent les attentes des praticiens en matière de formation : contenu, formats pédagogiques, durée, pratique clinique ?
Les attentes ont beaucoup évolué ces dernières années. Les praticiens veulent des formations concrètes et directement applicables dans leur quotidien en cabinet ou en établissement. La dimension pratique est essentielle : démonstrations cliniques, ateliers, analyse de cas réels.
Les échanges entre confrères sont également très appréciés, car ils permettent de confronter les expériences de terrain. En termes de format, les formations de deux à trois jours en présentiel restent très demandées. Elles permettent une immersion complète tout en restant compatibles avec l’activité libérale.
Dans un secteur où les connaissances scientifiques évoluent rapidement, comment garantissez-vous la qualité et l’actualisation des contenus pédagogiques ?
Nous avons structuré notre modèle qualité autour de deux niveaux de contrôle. Les formateurs sont recrutés selon des critères spécifiques : expertise clinique, expérience pédagogique et capacité à transmettre des contenus basés sur les données scientifiques.
Ensuite, nos programmes sont validés par un Conseil scientifique qui veille à la pertinence scientifique des contenus, la cohérence pédagogique des formations, l’adéquation entre les thématiques et les publics visés, et le respect des exigences du Développement Professionnel Continu (DPC). Cette gouvernance pédagogique et scientifique est essentielle pour garantir la qualité des formations proposées.
Votre modèle est-il duplicable à d’autres professions médicales ?
Oui, tout à fait. Le modèle que nous avons construit est transposable à d’autres métiers du médical et, plus largement, à l’ensemble des professions du secteur de la santé élargi. Nous réfléchissons d’ailleurs à son adaptation dans d’autres verticales du secteur, où les enjeux de montée en compétences et de professionnalisation sont également très forts.
Vous êtes une société varoise historiquement implantée dans les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône. Vous partez désormais à la conquête de toute la France ?
Effectivement. Notre développement s’est fait de manière progressive. Nous avons d’abord lancé l’activité dans le Var au second semestre 2024. Puis nous avons étendu notre présence en 2025 aux Bouches-du-Rhône et aux Alpes-Maritimes, ce qui nous a permis de couvrir une grande partie de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Depuis début 2026, nous avons engagé une phase d’expansion vers d’autres régions du sud de la France, notamment l’Occitanie, la Nouvelle-Aquitaine et l’Auvergne-Rhône-Alpes. Avec ces territoires, Skeals couvre désormais une grande partie de la moitié sud du pays.
Quelles sont les prochaines étapes du développement de Skeals dans les années à venir ?
Les prochaines années seront consacrées à consolider notre présence dans les régions déjà ouvertes et à structurer durablement notre modèle. Nous voulons continuer à structurer notre réseau de formateurs, enrichir notre offre de formations et accompagner l’évolution des pratiques professionnelles.
Plus largement, notre ambition est de contribuer à la montée en compétences des professionnels de santé et du soin, dans des secteurs où la formation continue joue un rôle essentiel.
















