Malgré un enchaînement de crises inédit, entre pandémie de Covid‑19, flambée inflationniste, tensions sur les finances publiques et instabilité institutionnelle, les petites villes engagées dans le programme Petites Villes de Demain (PVD) terminent le mandat municipal 2020‑2026 sur une trajectoire financière remarquablement stable et solide. C’est l’un des principaux enseignements de la 5e édition du Baromètre de la santé financière des Petites Villes de Demain, dévoilé le 25 novembre par l’Agence France Locale (AFL), l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) et l’Association des petites villes de France (APVF).
Fondée sur la notation financière attribuée par l’AFL à chaque collectivité, l’étude dresse un bilan contrasté mais globalement positif de la trajectoire budgétaire de plus de 1 600 communes de moins de 20 000 habitants engagées dans le programme. Sur la période 2020-2024, ces territoires apparaissent non seulement résilients face aux crises successives, mais également moteurs de l’investissement public local, supérieur à la moyenne nationale. Une performance que ses auteurs qualifient d’« effet PVD », tant le programme semble avoir joué un rôle d’amortisseur budgétaire et de levier de dynamisme territorial.
Neuf villes dans les Bouches-du-Rhône
Lancé en octobre 2020, le programme Petites villes de demain (PVD) soutient les communes de moins de 20 000 habitants ayant un rôle clé pour la dynamique locale. Le programme offre un accompagnement complet pour la réalisation de projets de territoire structurants.
Aujourd’hui, 1 646 communes, représentant 7,3 millions d’habitants, sont soutenues, ainsi que leurs intercommunalités, par l’État et ses partenaires, qui ont engagé 3,7 milliards d’euros dans le programme. Parmi elles, 65 se trouvent en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et 9 dans les seules Bouches-du-Rhône : Berre-l’Etang, Châteaurenard, Lambesc, La Roque-d’Anthéron, Port-Saint-Louis-du-Rhône, Saint-Martin-de-Crau, Saint-Rémy-de-Provence, Sénas et Trets.
Une stabilité financière retrouvée
Premier constat : la situation financière globale des communes PVD est restée remarquablement stable sur l’ensemble du mandat. Leur note financière moyenne s’établit à 3,26 sur 7 en 2024, un niveau identique à celui observé en 2020. Signe d’une convergence progressive des trajectoires, les écarts se resserrent : les notes se concentrent désormais majoritairement entre 3 et 4, traduisant une plus grande homogénéité budgétaire entre les communes.
« Cette nouvelle édition du Baromètre confirme la solidité budgétaire des communes PVD. Malgré un mandat affecté par la crise Covid, l’inflation et l’instabilité institutionnelle, ces communes ont su préserver leur solvabilité et poursuivre leurs investissements au service du développement local », souligne Marie Ducamin, présidente du conseil d’administration de l’AFL-ST et vice-présidente de Rennes Métropole. Pour qui la trajectoire observée « témoigne aujourd’hui d’une stabilité retrouvée et d’une résilience confirmée ».
Méthodologie
Depuis le lancement du programme Petites Villes de Demain en 2020, l’AFL, l’ANCT et l’APVF ont choisi de mutualiser leurs expertises pour suivre, année après année, la situation financière des communes concernées. L’objectif est double : disposer d’un outil d’analyse objectivé et comparable dans le temps, et éclairer les décisions des élus locaux confrontés à des arbitrages de plus en plus complexes.
La méthodologie repose sur la note financière AFL, établie sur une échelle de 1 à 7 (1 correspondant à la meilleure situation) et fondée sur trois critères : la solvabilité (55 %), le poids de l’endettement (20 %) et les marges de manœuvre budgétaires (25 %). Agrégées, ces données permettent de comparer la trajectoire des communes PVD à celle des collectivités de taille similaire non engagées dans le programme.
L’investissement comme marqueur du programme
Au-delà de la stabilité financière, le baromètre met en évidence un autre trait distinctif des communes PVD : leur effort d’investissement soutenu, dans un contexte pourtant marqué par de fortes incertitudes économiques. Entre 2020 et 2024, leurs dépenses d’équipement par habitant ont progressé de 42,5 %, et restent, en 2024, supérieures de 17 % à celles des communes comparables non engagées dans le programme. Là où certaines collectivités ont choisi de différer ou de réduire leurs projets face à la hausse des coûts et aux tensions budgétaires, les petites villes labellisées PVD ont, au contraire, maintenu le cap.
Ces investissements, destinés à moderniser les équipements publics, renforcer l’attractivité des centres-villes ou accompagner les transitions écologiques et démographiques, ont été financés par un mix associant épargne, mobilisation de la trésorerie et recours à l’emprunt. Cette stratégie n’est pas sans conséquence sur l’endettement, plus élevé dans les communes PVD (70 %) que dans les communes hors programme (59 %). Mais là encore, la tendance est jugée maîtrisée : le taux d’endettement des communes PVD a reculé de 19 % depuis 2020, passant de 86,6 % à 70 % en 2024.
Des finances sous contrôle malgré l’effort
Contrairement aux craintes parfois exprimées, cet effort d’investissement n’a pas fragilisé les équilibres financiers. Le taux d’épargne brute moyen des communes PVD atteint 16,6 %, un niveau proche de celui des communes comparables, tandis que les ratios de solvabilité sont stables, voire en légère amélioration sur certains indicateurs. « Les communes PVD illustrent qu’il est possible de soutenir un investissement dynamique au service des territoires sans compromettre sa solvabilité », souligne le baromètre.
Une démonstration qui conforte l’idée d’un « effet PVD », souvent mis en avant par les partenaires du programme : un cadre structurant qui sécurise les trajectoires financières tout en encourageant l’action publique locale.
Des trajectoires différenciées selon la centralité
L’étude met toutefois en lumière des contrastes selon le rôle territorial des communes. Les communes de centralité locale se distinguent par un niveau d’investissement particulièrement élevé, supérieur de 22% en 2024 à celui des communes non-PVD de même catégorie. Les communes de centralité intermédiaire, cœur du programme, affichent quant à elles une meilleure épargne que leurs homologues hors dispositif, au prix d’un endettement plus élevé mais jugé soutenable. Enfin, les communes de centralité structurante voient leur notation financière s’améliorer en 2024, signe d’un redressement progressif.
Malgré ces différences, le baromètre conclut à un effet d’entraînement généralisé. « Le programme agit comme un levier d’équilibre : il consolide les communes les plus dynamiques tout en protégeant celles qui sont plus fragiles », résument les auteurs.
Un rôle clé dans la cohésion territoriale
Pour Christophe Bouillon, maire de Barentin (Seine-Martitime), président de l’APVF et du conseil d’administration de l’ANCT, les résultats sont sans ambiguïté. « Pour cette cinquième édition, les voyants sont au vert. En dépit d’une situation financière contrainte pour les collectivités, les communes PVD réussissent à sortir leur épingle du jeu », affirme-t-il. Saluant « le tour de force des maires », il rappelle que ces investissements bénéficient bien au-delà des seules communes concernées, « du fait du rôle de centralité qu’occupent les PVD au sein de leur bassin de vie ».
L’avenir n’en demeure pas moins incertain. Dans un contexte budgétaire national sous tension, la pérennité des capacités d’investissement des collectivités locales reste fragile. « Cela appelle à la vigilance », prévient Marie Ducamin, qui insiste sur le rôle de l’AFL pour « accompagner les communes et éclairer leurs décisions grâce à une analyse fine et indépendante de leurs finances ».
Document source : le baromètre 2020-2024 de la santé financière des PVD
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