Il était de ceux qu’on croise et qu’on n’oublie pas. Un téléphone dans chaque main, et un troisième dans la poche, au cas où… Comme suspendu, partout et tout le temps, à tout ce qui tournait autour du football et du ballon rond. Sa vie, sa passion de toujours. Avec le jeu, mais ça, c’est une autre histoire.
Né le 12 août 1953 à Marseille, Rolland Courbis est décédé ce lundi 12 janvier, a annoncé sa famille. Il avait 72 ans, était papa de deux enfants, Stéphane et Olivia. Les hommages pleuvent, depuis, jusqu’à l’autre légende phocéenne, Zinedine Zidane, évoquant sur son compte instagram « un mec attachant et entier » qui « a énormément compté pour moi comme entraîneur et sur le plan humain ». Tant il est vrai que ce personnage inclassable, à la gouaille inégalable et inégalée, à l’ère du consultant-roi dont il fut un précurseur et une référence, laisse déjà derrière lui un vide immense.
Pas tant pour sa carrière joueur, débutée en 1971 à l’Olympique de Marseille et que beaucoup, du reste, ont oublié avec le temps. Une vraie injustice au regard des trois titres de champion de France (dont celui de 1972 avec l’OM) glanés par ce défenseur réputé comme « rugueux », pour ne pas dire plus, et de ses deux Coupes de France (l’OM en 1972), au cours de ses 14 années de carrière achevées au SC Toulon.
Un peu plus, certainement, pour sa carrière d’entraîneur jalonnée de 19 clubs, un record sûrement, mais d’aucun titre : vice-champion de France avec Marseille en 1999, au terme de ce qui reste probablement sa saison la plus enlevée, avec les Blanc, Dugarry, Pires et autre Ravanelli, Gallas, Roy, Maurice… La plus enfièvrée aussi, la plus aboutie en même temps que la plus inachevée, dans les larmes d’une finale UEFA perdue la même année face à Parme.
L’époque de la poignée de main qui valait contrat, pour le meilleur et, parfois, le pire
Avec lui, c’est une vraie page qui se tourne. Celle d’une vie sans attache sinon une chambre d’hôtel comme il aimait y vivre. Celle de la poignée de main qui valait contrat, pour le meilleur et, quelque fois, pour le pire. Comme cette nuit de mars 1996, à Hyères, pris dans une fusillade visant le milieu corse et échappant par miracle à la mort mais pas à une balle dans l’abdomen. De l’affaire de la « caisse noire » à Toulon à celle des comptes de l’OM qui le verra goûter à la prison, durant cinq mois, à Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier, quelques mois à peine après avoir fait remonter le club de Louis Nicollin en Ligue 1.
Le condensé, finalement, d’un personnage hors norme, au sens de la formule à nul autre pareil, déroutant parfois, fascinant toujours. Un technicien respecté, courtisé et choyé par les médias, devenu l’une des voix emblématiques de RMC et des amoureux du ballon rond. Capable de ferrailler sans fin sur le rôle d’un gardien ou sur la victoire à trois points, deux de ses grands chevaux de bataille. Capable de vous garder trois heures dans son bureau pour vous expliquer les bienfaits et les inconvénients d’un milieu à trois en triangle inversé ou en pointe haute. Ou tout simplement de vous envoyer un texto avant une conférence de presse pour vous « suggérer » aimablement une question à lui poser. Ce qu’on ne manquait pas de faire… Parce que, forcément, il avait toujours un message à faire passer, un compte à régler, un débat à lancer ou, tout simplement, une formule à dégainer.
Une vie de foot et d’aventure, vraiment. Comme il n’y en aura plus, probablement. Ciao Rolland, ciao l’artiste.












