En progrès historique au niveau de la diplomatie européenne mais encore un peu “pieds d’argile” au niveau industriel. Emmanuel Macron a choisi de terminer son discours d’Istres en mobilisant les acteurs économiques. Ils les incitent fortement à être plus innovants et plus rapides comme il l’avait déjà fait en juillet dernier. Et il hausse nettement le ton.
« Je le disais, la France l’a constamment plaidé, nous l’avons inscrit dans les textes européens et des programmes dits Edip à Safe (…) nous avons réussi à inscrire, ce qui était là aussi impensable, il y a quelques années, le fait que ces programmes de financement européens devaient imposer de l’achat européen. Ceci suppose aussi que nous soyons en capacité, nous, Européens, de fournir une offre crédible. »
Et d’avertir : « C’est une exigence pour nous tous d’être en capacité de réponse aux besoins, de répondre aujourd’hui aux besoins des Ukrainiens, demain à nos besoins. Et il faut veiller aujourd’hui au paradoxe dans lequel on peut se retrouver. Beaucoup de nations sont en train d’investir massivement, plus tard que nous, et parfois plus massivement, pour rattraper un retard. Et en le faisant dans l’urgence, elles se tournent vers les capacités disponibles. Le risque, c’est qu’elles se tournent par trop vers des capacités non européennes. Nous devons les convaincre d’acheter européen. Nous devons les convaincre avec nous de produire européen. Nous devons donc plus vite innover en Européen, mais nous devons nous mettre en capacité de répondre à ces demandes en Européen. Un énorme travail a été fait ces dernières années par les ministres successifs des Armées, les chefs d’État-major et les DGA (Direction générale de l’armement). Et je salue le rôle d’aiguillon de la DGA. »
Et si le président Macron salue les efforts qui ont été faits, avec le doublement, parfois le triplement, des capacités de production et des rythmes de production, il met rapidement les points sur les « i ». « Soyons francs avec nous-mêmes. Est-ce que nous sommes en économie de guerre, à proprement parler ? La réponse est non. Parce que si nous étions en guerre, j’ose espérer que nous ne produirions pas ainsi. Et je regarde ce que les Ukrainiens ont su faire. Ils ont fait autrement. Nous n’avons pas la pression des événements de la même manière. Mais là aussi, ne nous habituons pas. Et je le dis avec beaucoup de force, ce que nous sommes en train de faire nous oblige. »
« Vos clients d’hier sont vos compétiteurs d’aujourd’hui »
S’il salue à Istres toutes les entreprises de la défense qui ont contribué à ce travail, qui ont commencé leur montée en cadence et contribuent à l’effort de la défense, le chef des armées en souhaite désormais plus. « Je veux, en ce début d’année 2026, vous demander encore davantage. Nous avons besoin de produire plus vite, de produire en volume, de massifier encore davantage avec des systèmes plus légers et de façon innovante. On ne nous attend pas. Et je vous le dis, quand on a des délais qui sont de 5-7 ans pour des capacités nouvelles, c’est clair et net, on est en train de se faire sortir du marché. Je vous le dis. Et ne vous trompez pas, vos clients d’hier sont vos compétiteurs d’aujourd’hui. On est en train de le voir. Et ils avancent à marche forcée, parce que partout dans le monde, ils investissent. Et des très grands pays qui ont été nos clients jusqu’à récemment, ou qui sont les clients d’autres de nos compétiteurs, se dotent de leur propre capacité. »
« Une compétition féroce qui nous impose d’être, nous, beaucoup plus volontaristes »
« Il n’y a pas de marché garanti, il n’y a pas de chasse gardée, martèle le Président. Il y a une compétition féroce qui nous impose d’être, nous, beaucoup plus volontaristes. Et donc, pour les armées françaises, j’ai besoin d’une industrie de défense qui s’adapte davantage, qui ne considère plus que les armées françaises sont des clients captifs, parce que nous irons peut-être chercher des solutions européennes si elles sont plus rapides ou plus efficaces. »
Et de poursuivre : « J’ai besoin d’industriels de défense qui regardent aussi la concurrence de manière plus lucide, et à qui je dis : « Allez plus vite, allez plus fort, produisez en masse, produisez plus léger, répondez aux demandes. » Et j’ai des industriels de défense à qui je veux dire : « Je serai toujours avec nos armées à vos côtés, mais nous aussi, nous devons être plus Européens. » Et donc, nous devons être plus Européens dans nos propres achats, nous devons être plus Européens dans nos stratégies industrielles, en bâtissant ces partenariats. »
L’écosystème régional riche de nombreux acteurs concernés par les débouchés dans la défense nationale, à l’instar d’Airbus, Thales, Naval Group ou encore Dassault Aviation, tous présents à Istres, a reçu le message.
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