Les vacances sont généralement l’occasion de mettre un frein à la course infernale de la vie professionnelle, de se ressourcer, de retrouver les fondements culturels, de prendre le temps de profiter ou de découvrir les autres, de redevenir enfin soi, loin des débats partisans et des échauffements inutiles des neurones.
Elles sont aussi pour les plus jeunes le temps des révisions et de la préparation de l’année scolaire ou universitaire qui vient. On a la faiblesse de penser que pour le personnel politique il en va de même. C’est sans compter sur leur entêtement à ne jamais faire de pause dans la seule course qui les mobilise, celle qui est sensée leur permettre d’accéder au pouvoir sans jamais se préoccuper si le chemin qu’il ont parcouru était conforme aux promesses qui les ont fait élire.
Pourtant l’été qui s’achève aurait dû être riche en enseignements
Pourtant l’été qui s’achève aurait dû être riche en enseignements avec les conséquences catastrophiques de la crise climatique, les atermoiements d’un double quinquennat en fin de parcours, les menaces géopolitiques imminentes, l’émergence d’impérialismes dévastateurs avec les sinistres pantins qui les nourrissent… des perspectives apocalyptiques qui exigeraient aux plans local, régional ou national une prise de conscience à la hauteur des défis qui attendent la planète et l’humanité.
On prendra ici les seuls exemples, à portée de vue, dans notre bonne et vieille ville de Marseille et son département qui rassemblent à s’y méprendre toutes les caricatures qui émergent en France en cette rentrée scolaire. Résumons donc.
L’été fut donc caniculaire. Un excellent alibi pour rejoindre les salles climatisées réclamées aujourd’hui par ceux qui les condamnaient il y a si peu de temps encore, les écolos, le RN, LFI et d’autres aussi. Passons et félicitons-nous d’avoir vu ces espaces permettre à tout un chacun de découvrir ou redécouvrir à l’écran une partie de notre histoire commune, à travers le diptyque consacré au général De Gaulle. « La Bataille de Gaulle » et « J’écris ton nom », réalisés avec maestria par Antonin Baudry. Comme on le dit sur les pistes d’athlétisme, celui qui fonda la cinquième république, a placé dans les heures sombres traversées par notre pays au début des années 40 « la barre très haut », que ce soit à travers son incroyable folie patriotique et l’esprit de résistance qui allait avec, ou pour ceux qui le vénèrent encore, sa clairvoyante anticipation et sa foi inébranlable aux valeurs républicaines. Mais quelles que soient les leçons finales que l’on peut tirer de sa longue et chaotique existence politique, les semaines narrées par ces deux films restent un exemple de ce que peut être la fonction du politique lorsqu’elle se hisse à la bonne hauteur.
Ce soir encore brûlant où le soleil avait rendez-vous avec la lune
Un autre moment de cet été particulier nous revient à la mémoire. Ce soir encore brûlant où le soleil avait rendez-vous avec la lune. « Le peuple de Marseille », comme on le dit dans les tribunes du stade vélodrome, a convergé vers les plages du Prado, la corniche Kennedy, Notre Dame de la Garde ou encore les jardins du palais du Pharo, pour assister pendant quelques courtes minutes à ce moment rare où la lune s’interpose entre la terre et l’astre solaire, avant de s’éclipser et de remettre les pendules à jour. On a vu en cette demi-nuit croyants et incroyants, pauvres et riches, grands et petits, faire foule et aimer, à s’en décrocher la mâchoire, ces paysages virer du bleu au jaune puis à l’orange, avant de retrouver un pâle azur qui attendait le coucher du roi Phoebus, à qui un satellite avait disputé la majesté.
Retour sur terre, passé ce moment, tous les Marseillais, un moment rassemblés pour un même prodige, ont retrouvé la réalité âpre du temps présent. La sècheresse sur les pelouses du Prado qui attendent d’urgence la promesse du maire Benoît Payan résolu, selon les annonces de sa campagne du printemps dernier, à végétaliser ces hectares où la canicule a réduit en poussière terreuse les mètres qui séparent du sable ou des galets brûlants. L’insupportable brouhaha dans la ville, où les fenêtres ouvertes, pour d’improbables courants d’air frais, condamnaient les habitants les plus démunis et privés d’alpages, aux pétarades incessantes des deux roues.
L’endémique saleté qui, à l’exception notable de quelques espaces privilégiés, a servi d’indélébiles tatouages aux places, avenues et rues qui attendent toujours la visite des engins de nettoyage présentés en grandes pompes par l’adjoint chargé de ce délicat dossier. On arrêtera là cette énumération décourageante, puisqu’on nous dit que Marseille séduit de plus en plus, y compris à l’étranger où on est fasciné par son « énergie ». On ne demande que quelques chiffres à l’appui de cette belle et nouvelle réputation, pour croire que le changement c’est maintenant.
Un slogan éminemment politique qui nous ramène à ceux qui animent cette sphère-là et qui, loin de s’éclipser, ont brillé par leur capacité à reproduire ce qu’ils juraient de ne plus faire hier.
Commençons par les extrêmes. Si Jean-Luc Mélenchon n’a pas montré un enthousiasme rare à participer au rendez-vous des patrons du Medef, un de ses représentants phocéens, le député Sébastien Delogu, s’est une fois de plus distingué en une séquence qu’il affecte, le fait divers. On avait pourtant cru comprendre, selon ses déclarations, que ses vacances avaient été studieuses et dédiées à ceux qui l’on fait prince républicain, ses électeurs. Et puis patatras, voilà notre colosse aux pieds d’argiles embarqué une fois encore dans une histoire qu’un de ses défenseurs qualifie de « cornecul ». Une expression désuète qui désigne une situation insolite voire absurde. La justice aura à trancher qui, des policiers énervés mis en cause, ou du mauvais élève Delogu que son maître à penser M. Mélenchon s’est empressé de défendre, a raison. Pour sa défense le député des quartiers Nord a cru bon d’avancer une cause à ce nouvel incident dans sa carrière politique : les policiers lui feraient payer le fait d’avoir affirmé avec ses camarades que « la police tue ». Avec un peu d’expérience il apprendra, comme le disait le prince Poniatowsky ministre de Giscard, qu’en politique « on ne blesse pas on tue ».
On peut aussi mourir d’aimer. A lire sur les réseaux sociaux Sébastien Brales ancien adjoint de Benoît Payan qui il y a un an encore stigmatisait Mélenchon pour « son bruit et sa fureur », il n’y a désormais qu’un futur possible pour la gauche, c’est le leader des Insoumis candidat pour la quatrième fois à l’élection présidentielle. Bon on reprendra une fois encore pour tenter de justifier ce retournement de veste la formule assassine du radical Edgar Faure « ce ne sont pas les girouettes qui tournent, c’est le vent ».
Côté extrême toujours les propos de Franck Alisio patron du RN dans les Bouches-du-Rhône. Notre député qui a fait des études fort honorables à l’université d’Aix-Marseille (Licence de droit et maîtrise en droit public) propose d’en finir avec le « tourisme » universitaire. Sont visés les étudiants qui s’acharnent à persister dans un enseignement supérieur malgré leurs résultats qui les condamnent à l’échec. Le Canard Enchaîné malicieux a bien évidemment cherché des exemples pour abonder (faussement) dans le sens de notre audacieux parlementaire et il a trouvé : Jordan Bardella. Le malheureux a non seulement eu une enfance difficile (selon la fable qu’il entretient) dans la périphérie parisienne, mais il aura mis trois ans à obtenir… une première année et encore souligne le palmipède grâce à l’épreuve d’Aïkido qui figurait dans son programme. Ce qui devrait à l’occasion lui servir à neutraliser son ami Alisio. Ce dernier a cependant tout intérêt à consulter sa patronne et candidate à l’Elysée Marine Le Pen avant de sortir de son chapeau des mesures décoiffantes.
On pourrait revenir aux choses sérieuses puisqu’on nous prédit pour la France une année décisive à venir, mais les formations politiques ont pour l’heure décidé que les programmes attendraient, les ambitions des uns et des autres primant sur tout.
La droite bucco-rhodanienne est du reste au parfait diapason du paysage morcelé qu’elle offre à voir, sur le plan national. Chaque jour on le sait une candidature nouvelle éclot, sans doute sous l’effet de la chaleur comme pour les crocodiles de la ferme qui leur est dédiée à Pierrelatte dans la Drôme et qui ont brisé leurs coquilles sans avoir à passer par une couveuse.
Dans le marigot s’agglutinent désormais toutes les nuances de bleu, de Retailleau à Bertrand de Philippe à Attal de Lisnard à Lecornu pour le plus grand bonheur de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen qui comptent les coups de ce camp sans chef ni boussole. A Marseille et dans le département c’est à l’identique.
Droite : les sénatoriales pourraient être la touche finale d’une décomposition déjà très avancée
La droite autrefois machine puissante à conquérir toutes les instances, n’est plus qu’un archipel menacé par le déluge. Les sénatoriales pourraient être la touche finale d’une décomposition déjà très avancée, après la défaite historique des municipales à Marseille. L’avenir de Renaud Muselier ne tient qu’à la notoriété relative auprès des grands électeurs de la tête de sa liste, la sénatrice Brigitte Devésa, une Aixoise appréciée par les petits maires qui craignent dans l’avenir l’omnipotence de Marseille dans la Métropole.
L’ex LR Marie-Pierre Callet qui conduit désormais la liste du Rassemblement National s’est empressé de lui emboîter le pas, en prônant un rassemblement des communes où Marseille ne serait pas. Il faudrait remettre en cause la Métropole mais c’est un détail sur lequel la protégée de M. Alisio ne s’attarde pas. Dans ce capharnaüm droitier il faut ajouter quelques dissonances, comme le cavalier seul de Valérie Boyer, humiliée de ne pas conduire une liste que son aura nationale exigeait selon elle. D’autres dissidents tenteront aussi leur chance pour ajouter à la confusion. Au plus de 3600 grands électeurs de distinguer le bon grain de l’ivraie.
A gauche, à l’exception de quelques singularités comme la candidature du maire du Puy-Ste-Réparade, Jean-David Ciot on a décidé de reconduire une bonne vieille union de la gauche avec le communiste Jérémy Bacchi la socialiste Marie-Arlette Carlotti et l’écologiste Guy Benarroche. Exemple à suivre au plan national ? On en est loin car la tendance au retour des courants qui ont fait tant de mal au PS par le passé, est plus que jamais d’actualité. Une primaire à la mi-octobre devrait départager tout ce beau monde sous le regard sceptique d’un François Hollande qui va publier un pavé de 300 pages pour dire tout le mal qu’il pense de ces candidats à la candidature. Question : un ancien président devrait-il dire cela ?













