A Aix cet été, « beaucoup de monde, moins de consommation, une ville plus chaude et plus minérale : la saison estivale révèle les limites d’un modèle touristique fondé sur la réputation » estime Stéphane Salord dans cette tribune (*) que publie dans son intégralité Gomet’. Chef d’entreprise engagé, responsable de nombreux associations et candidat aux dernières municipales à Aix sur la liste de gauche emmenée par Marc Pena, Stéphane Salord (Génération écologie Pays d’Aix), propose, après son constat critique, ses pistes pour changer la donne : « Pour rebondir, Aix-en-Provence doit cesser de vivre seulement de son patrimoine et redevenir une ville d’eau, d’ombre et d’hospitalité. »
L’été 2026 s’achève à Aix-en-Provence avec une impression paradoxale. Les rues ont été fréquentées. Les terrasses, surtout le soir, n’étaient pas désertes. Les images de la ville — cours Mirabeau, fontaines, façades ocrées, marchés, silhouette de la Sainte-Victoire — continuent d’attirer. Pourtant, une part importante des restaurateurs, commerçants et professionnels du tourisme décrit une saison insuffisante, parfois inquiétante.
Le paradoxe doit être pris au sérieux : il y a du monde, mais il y a moins de consommation. Les visiteurs sont visibles ; les retombées, elles, ne sont plus garanties. Les repas se réduisent, le panier moyen baisse, les séjours raccourcissent, les réservations se font au dernier moment et les dépenses sont arbitrées. L’Office de tourisme lui-même évoque une baisse très significative de fréquentation, y compris lorsque l’on neutralise l’exception de l’année Cézanne 2025. La presse locale rapporte des restaurateurs qui comparent parfois leur activité aux années 2018-2019 et font état d’écarts pouvant atteindre 30 % de chiffre d’affaires.
Il serait trop commode de tout attribuer à une mauvaise saison, à la canicule ou au pouvoir d’achat. Ces facteurs sont réels, mais ils agissent comme des révélateurs. L’été 2026 pose une question plus profonde : Aix peut-elle continuer à vivre d’une rente de situation touristique, c’est-à-dire de son patrimoine, de son nom et de son image, sans transformer suffisamment l’expérience concrète offerte à ceux qui la visitent — et à ceux qui y vivent ?

Une affluence qui ne se transforme plus en richesse locale
L’ancienne équation touristique était simple : davantage de visiteurs signifiait davantage de repas, d’achats, de nuitées, de visites et, en conséquence, une activité plus forte pour les indépendants du centre-ville. Cette équation ne fonctionne plus automatiquement.
Le visiteur de 2026 n’est pas absent ; il est prudent. Il vient plus souvent pour une durée courte, compare les tarifs en temps réel, choisit ses dépenses et peut privilégier l’hébergement, le marché, le pique-nique, une location équipée ou un repas économique plutôt qu’un restaurant. Dans de nombreuses destinations françaises, les professionnels constatent le même phénomène : les vacanciers partent encore, mais mangent moins au restaurant, limitent les consommations annexes et renoncent plus facilement aux loisirs payants.
Les données et témoignages de l’été 2026 convergent. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, la clientèle française a reculé selon les premiers bilans, tandis que les ménages ont effectué des arbitrages sensibles au détriment de la restauration et des loisirs. Dans l’Hérault et le Gard, les professionnels évoquent une saison difficile, marquée par les fortes chaleurs et une consommation plus mesurée. En Occitanie, seuls 41 % des professionnels du tourisme se disaient satisfaits de juillet, contre 50 % un an plus tôt ; les activités de restauration figuraient parmi les plus exposées. [web:83][web:84][web:88][web:90]
Aix participe à cette tendance, mais elle possède une fragilité particulière. Son modèle touristique repose très fortement sur la flânerie : marcher dans les rues, regarder les façades, s’arrêter en terrasse, visiter les musées, déjeuner dehors, faire quelques achats dans le centre. Or ce sont précisément les pratiques que la chaleur excessive, les prix perçus comme élevés et l’inconfort de déplacement affaiblissent.
Un visiteur qui arrive au cœur de l’après-midi par 37 ou 40 degrés ne supprime pas toujours son séjour. Il le raccourcit. Il reste à l’hôtel, cherche un lieu climatisé, boit une boisson, évite le restaurant à midi, puis repart vers une autre destination ou revient à son hébergement. Il demeure dans les statistiques de fréquentation, mais son apport économique réel est réduit.
C’est un sur-tourisme de présence et non, nécessairement, un sur-tourisme de prospérité. Les rues peuvent sembler pleines tout en laissant les commerces, les restaurants et les habitants payer une partie des coûts : congestion, bruit, logements sous tension, prix élevés, chaleur, services publics sollicités et banalisation progressive de l’espace urbain.

La fin d’une rente de situation ?
Aix dispose d’atouts considérables. Peu de villes françaises peuvent réunir une identité cézannienne mondialement connue, un centre ancien aussi homogène, le Festival d’art lyrique, le musée Granet, l’Hôtel de Caumont, les hôtels particuliers, les marchés, la Sainte-Victoire, des bastides et une localisation au cœur de la Provence.
Ces qualités ont longtemps produit une rente de situation : le nom d’Aix, la beauté de son patrimoine et sa proximité avec Marseille, le Luberon, la mer et les paysages provençaux créaient presque naturellement de l’attractivité. Mais une rente s’érode lorsque l’environnement concurrentiel se transforme.
Le visiteur compare désormais Aix, depuis son téléphone, avec Avignon, Arles, Nîmes, Marseille, Montpellier, Nice, les villages du Luberon, les Cévennes ou les Alpes du Sud. Il ne compare plus seulement les monuments. Il compare l’accessibilité, le coût du stationnement, la facilité des transports, la disponibilité de l’ombre, les prix des hébergements, la qualité de l’offre alimentaire, la possibilité de se baigner, de respirer, de sortir le soir et de vivre une expérience singulière.
Dans ce nouvel arbitrage, Aix risque de perdre une partie de son avantage comparatif. Son patrimoine reste fort, mais il ne suffit pas à justifier indéfiniment une destination perçue comme chère, chaude, automobile en périphérie et peu renouvelée. Une ville patrimoniale ne peut plus se contenter d’être belle : elle doit être confortable, lisible, accessible et désirable au quotidien.
L’année Cézanne 2025 a donné une illustration puissante de l’attractivité aixoise. Le musée Granet a alors porté une part essentielle de la dynamique culturelle départementale, avec une hausse de fréquentation de 133 % dans le cadre de cette année exceptionnelle. Mais cet effet locomotive ne saurait devenir un modèle permanent. Un grand événement peut créer une vague ; il ne remplace pas une stratégie de séjour, de confort urbain et de renouvellement de l’offre. [web:30]
L’offre existe, mais elle ne se renouvelle pas assez
Il serait injuste d’affirmer qu’Aix ne propose rien. Le Festival, les expositions, les musées, la Biennale, les rendez-vous associatifs, les marchés, les projections de plein air et les animations d’été témoignent d’une réelle vitalité. La ville a, par exemple, organisé les Instants d’été du 5 juillet au 30 août 2026, avec des séances gratuites de cinéma en plein air dans plusieurs parcs et lieux emblématiques. [web:25]
Mais l’existence d’une programmation ne règle pas la question de sa portée touristique. Les animations de rue, les concerts gratuits ou les projections sont d’abord des équipements de vie locale. Ils sont précieux pour les habitants ; ils améliorent le séjour de personnes déjà présentes ; ils peuvent retenir un visiteur quelques heures de plus. Mais ils attirent rarement, par eux-mêmes, une clientèle nouvelle venant de loin ou décidant de réserver une deuxième ou une troisième nuit.
Pour devenir une véritable force d’attraction, un événement doit être distinctif, régulier, identifiable à l’échelle nationale ou internationale, et relié à une promesse de destination. Le Festival d’Aix y parvient. Une exposition de grande ampleur peut y parvenir. Une programmation diffuse, aussi sympathique soit-elle, demeure une animation si elle n’est pas soutenue par une identité et un récit spécifiques.
Aix offre encore trop souvent une expérience concentrée sur les mêmes signaux : Cezanne, cours Mirabeau, vieux centre, fontaines, musées, terrasses et marché. Ces repères sont nécessaires ; ils ne constituent pas une raison suffisante de prolonger le séjour. La ville raconte insuffisamment sa géologie, ses bastides, ses canaux, ses paysages agricoles, ses jardins, ses vallons, son histoire hydraulique, l’Arc, la Torse, les lieux de fraîcheur, les artisans, les cuisines locales et la relation contemporaine entre ville, eau et changement climatique.
Le visiteur peut donc avoir le sentiment d’avoir « fait Aix » en une journée ou deux. Plusieurs guides mettent d’ailleurs en avant une visite de deux jours, incluant le vieux centre, Cezanne et une incursion vers la Sainte-Victoire. Cela rend compte d’une force — la ville est immédiatement lisible — mais aussi d’une faiblesse : elle peine parfois à créer les motifs d’un séjour plus long.

Chaleur, minéralité et perte de confort
Toutes les villes du Sud souffrent désormais de la hausse des températures. Il serait faux de présenter Aix comme une exception climatique. Montpellier, Nîmes, Avignon, Arles, Marseille et les destinations du littoral connaissent aussi canicules, sécheresses, risques d’incendie et épisodes de pollution.
Mais elles ne souffrent pas toutes de la même façon. La vulnérabilité dépend de la forme urbaine, de l’eau disponible, de la végétation, de la possibilité de rejoindre la mer, un fleuve, une rivière, un parc, une montagne ou des espaces de fraîcheur ; elle dépend aussi des mobilités et de la diversité des expériences offertes.
Aix est particulièrement exposée parce qu’elle concentre plusieurs handicaps : un centre ancien très minéral, une activité touristique fondée sur la marche et les terrasses, des températures estivales élevées, des circulations automobiles importantes aux entrées de ville, une offre de fraîcheur encore trop fragmentée et une image de destination onéreuse.
La minéralité n’est pas qu’une question esthétique. Elle influence la température ressentie, le maintien de la chaleur nocturne, la fatigue des piétons et la propension à rester dehors. Dans une ville méditerranéenne, les arbres, les sols perméables, l’eau visible, les jardins, les bancs à l’ombre et les traversées piétonnes agréables sont des infrastructures de santé et d’hospitalité.
Lorsque des arbres sont abattus ou que des espaces publics apparaissent toujours plus imperméabilisés, le problème dépasse largement chaque chantier particulier. L’image cumulée devient celle d’une ville qui valorise son patrimoine tout en fragilisant ses conditions de fraîcheur. Or c’est contradictoire avec toute ambition touristique estivale.
La municipalité met en avant des mesures d’adaptation : végétalisation d’écoles, désimperméabilisation de certains espaces, salles-refuges et fontaines à eau dans les équipements municipaux. Ces dispositifs sont utiles, en particulier pour les personnes vulnérables. Mais ils ne suffisent pas encore à transformer la perception d’ensemble du visiteur ou du piéton : celle d’une ville où l’on peut circuler, s’arrêter et vivre dehors pendant une journée caniculaire.
Pollution : pas la pire moyenne, mais un mauvais cocktail estival
Aix n’est pas, en moyenne annuelle, la ville la plus polluée de France. Elle ne se compare pas mécaniquement aux secteurs les plus exposés de Marseille, à certains boulevards de Lyon ou à Paris. Mais cette comparaison peut masquer ce qui importe pour l’expérience touristique : la qualité de l’air et le confort lors des épisodes de chaleur.
Le bassin aixois est exposé aux flux automobiles, aux circulations métropolitaines et aux polluants qui circulent à l’échelle régionale. L’ozone constitue un enjeu notable durant l’été : il se forme sous l’effet de l’ensoleillement, de la chaleur et de polluants précurseurs. AtmoSud indique que l’indice de qualité de l’air à Aix est qualifié de moyen une part importante du temps sur les douze derniers mois.
La chaleur, l’ozone, le trafic, la poussière, le bruit et la faible disponibilité de l’ombre forment un cocktail défavorable. Un visiteur ne mettra pas forcément un mot technique sur ce malaise. Il dira plus simplement qu’il faisait étouffant, qu’il était difficile de marcher, qu’il n’y avait pas de lieu pour se poser, ou qu’il n’a pas eu envie de déjeuner en terrasse. C’est une donnée économique avant d’être seulement environnementale.
Comparer Aix aux villes du Sud
La comparaison avec les grandes villes du Sud est indispensable, mais elle doit être fine. Toutes connaissent la chaleur ; toutes ne disposent pas des mêmes ressources pour l’amortir.
| Destination | Difficultés estivales | Ressources et amortisseurs | Enjeu pour Aix |
| Aix-en-Provence | Chaleur sèche, minéralité, offre de flânerie à pied, dépendance automobile hors hypercentre, prix perçus comme élevés | Festival, Cezanne, patrimoine, Sainte-Victoire, bastides, position provençale | Transformer un patrimoine prestigieux en séjour confortable et durable |
| Marseille | Chaleur, pollution de proximité, densité urbaine, inégalités | Mer, calanques, musées, quartiers, grande diversité d’offres, dessertes | La mer et la variété d’expériences offrent une échappée immédiate que la ville intérieure ne possède pas |
| Avignon | Minéralité, chaleur, tourisme très concentré, dépendance à un événement majeur | Festival, Rhône, patrimoine pontifical, identité internationale | Une ville très comparable : le patrimoine doit être complété par une expérience climatique et territoriale |
| Arles | Très forte chaleur, petite taille, pression saisonnière | Camargue, Rhône, photographie, patrimoine romain, identité singulière | La puissance d’un imaginaire territorial peut prolonger le séjour au-delà du centre historique |
| Nîmes | Chaleur et minéralité très marquées | Patrimoine romain, événements, proximité de la garrigue et du littoral | Elle démontre qu’une identité patrimoniale doit être continuellement activée |
| Montpellier | Chaleur, urbanisation rapide, pression sur l’eau | Littoral, tramway, vie étudiante, offre urbaine renouvelée | La canicule l’a aussi pénalisée, mais sa mobilité et sa diversité peuvent amortir une partie du choc |
| Nice et Côte d’Azur | Prix élevés, saturation, chaleur, pression touristique | Mer, clientèle internationale, aéroport, arrière-pays, saison longue | Malgré ses tensions, le littoral conserve un avantage de fraîcheur relative et de connectivité |
En Occitanie, les premiers bilans de juillet 2026 ont mis en évidence une baisse de fréquentation de 3 à 6 % selon les semaines et les hébergements, ainsi qu’un recul de 8 % pour les nuits réservées sur les plateformes. La clientèle française est la plus affectée. La montagne résiste mieux, confirmant que la chaleur redistribue les flux plutôt qu’elle ne les supprime simplement.
Aix n’est donc pas forcément la ville du Sud qui souffre le plus des températures. Mais elle peut être plus vulnérable dans son modèle économique, parce que ses activités les plus attendues — marche, visites en plein jour, terrasses, consommation de centre-ville — sont directement touchées par la canicule.
La voiture et le coût de l’arrivée
Le stationnement est un autre angle mort. Aix offre de nombreux parkings de centre-ville : Rotonde, Mignet, Méjanes, Carnot, Pasteur, Bellegarde, Cardeurs et Signoret. La Métropole gère depuis 2023 huit parkings du centre aixois.
Cette abondance apparente entretient néanmoins une logique paradoxale. Le visiteur est encouragé à venir jusqu’au contact du centre en voiture, alors que le centre ancien est précisément l’espace le plus fragile en matière de chaleur, de marche et de qualité urbaine.
Les plafonds de stationnement atteignent couramment 20 à 25 euros pour vingt-quatre heures dans les parkings centraux, selon les équipements. À l’échelle d’un séjour familial, il faut ajouter le carburant, les péages, l’hébergement, les repas et les visites. Cette addition pèse sur la dépense disponible et peut conduire à un comportement défensif : se garer, se promener, prendre une consommation limitée, puis repartir.

Le problème n’est pas de bannir brutalement toute automobile. Il est de proposer une alternative plus séduisante que la pénétration automobile du centre : parcs-relais de qualité, navettes fréquentes et tardives, lisibles pour les visiteurs, intégrées à un pass mobilité-culture, adaptées aux bagages, aux familles et aux personnes âgées. Les politiques qui restreignent l’automobile dans les centres améliorent globalement l’air, la sécurité et le bien-être, même si leurs effets économiques dépendent fortement de la qualité des mesures d’accompagnement.
De nombreuses villes européennes ont compris que le centre sans voiture ne réussit pas par l’interdiction seule. Il réussit lorsqu’il devient plus facile, moins cher et plus agréable de laisser sa voiture à l’extérieur que de chercher une place au plus près des commerces.
Aix, la ville aux mille fontaines… mais quelle ville d’eau ?
C’est peut-être ici que se trouve la plus grande contradiction aixoise — et, en même temps, sa meilleure possibilité de renouvellement.
Aix se présente volontiers comme la ville aux mille fontaines. Son nom romain, Aquae Sextiae, associe dès l’origine la cité à ses eaux. Les sources chaudes et les thermes antiques font partie de son identité profonde ; les Thermes Sextius contemporains s’inscrivent toujours sur le site de vestiges romains et la fontaine d’eau chaude du cours Mirabeau rappelle cette histoire.
Pourtant, l’image quotidienne peut être tout autre : fontaines sans eau, bassins taris, eau peu valorisée, accès mal signalé, absence de parcours lisible, rareté des espaces frais, ville de pierre davantage que ville de sources. Dans une période de sécheresse et de canicule, cette contradiction est particulièrement frappante. La ville aux mille fontaines donne parfois l’impression d’avoir oublié ce qui lui a donné son nom.
Il ne s’agit pas de rêver naïvement à un retour identique du thermalisme d’autrefois, ni de promettre une ressource qui ne serait pas scientifiquement et sanitairement disponible. Il s’agit de faire de l’eau une orientation urbaine, culturelle et touristique du XXIe siècle : eau patrimoniale, eau potable, eau thermale quand elle est réellement exploitable, eau des jardins, eau des canaux, eau des nappes, eau des rivières, eau comme enjeu climatique.
Aix pourrait ainsi faire émerger une identité plus forte : non plus seulement « la ville de Cezanne », mais Aquae Sextiae, ville d’eau et de fraîcheur en Méditerranée.
Ce projet pourrait prendre plusieurs formes :
- Un parcours permanent de l’eau, associant sources, fontaines, thermes antiques, fontaine d’eau chaude, lavoirs, canaux, barrages, bastides, jardins, géologie et réseaux hydrauliques.
- Un centre d’interprétation ou une maison de l’eau et de la chaleur méditerranéenne, reliant histoire romaine, patrimoine hydraulique, nappes, sécheresse, biodiversité, agriculture et adaptation climatique.
- Une offre de bien-être fondée sur des données rigoureuses : bains, spa, hammam, soins, jardins d’eau et hôtellerie de santé, après vérification précise de la réalité, du débit, de la température et de la qualité des ressources susceptibles d’être valorisées.
- Des itinéraires de fraîcheur entre le centre, la Torse, l’Arc, les bastides, les vallons et le piémont de Sainte-Victoire, accessibles en marche, vélo et transports collectifs.
- Un rendez-vous annuel ambitieux sur les villes méditerranéennes, l’eau, le climat, les paysages, l’architecture et la santé ; non une animation supplémentaire, mais une signature intellectuelle et culturelle internationale.
Ce serait un moyen de construire une offre qui attire réellement une clientèle nouvelle, intéresse les chercheurs, les urbanistes, les artistes et les familles, et donne aux Aixois un motif d’appropriation collective.
Ne pas opposer habitants et visiteurs
Le titre de cet article — Aix et les Aixois paient la note — ne vise pas les touristes. Il vise un modèle trop peu équilibré.
Les habitants paient quand le logement se raréfie ou renchérit, quand les déplacements deviennent plus difficiles, quand les espaces publics surchauffent, quand l’argent public finance des dispositifs de communication sans transformer suffisamment la ville, et quand l’économie locale reste fragile malgré des rues pleines.
Les visiteurs paient eux aussi : stationnement coûteux, restauration perçue comme onéreuse, chaleur, difficulté d’accès, attente, manque d’ombre et expérience parfois trop rapide. Les commerçants et restaurateurs paient enfin l’écart entre une fréquentation apparente et une consommation réelle, alors que leurs charges fixes demeurent élevées.
La réponse ne doit pas opposer l’habitant au visiteur. Une ville plus fraîche, plus ombragée, plus accessible à pied et en transports publics, plus riche en eau, en jardins et en usages gratuits, est meilleure pour les deux. L’hospitalité touristique n’est pas un supplément d’âme : elle est une extension de la qualité de vie locale.
Sortir de la rente : un programme pour Aix
Aix n’a pas besoin d’augmenter indéfiniment le nombre de visiteurs. Elle doit chercher moins de pics, davantage de séjours, une dépense mieux répartie et une expérience plus désirable. Cela implique un changement de cap.
1. Faire de la fraîcheur une infrastructure
La ville doit se doter d’une véritable trame de fraîcheur : arbres adultes préservés et plantés, sols désimperméabilisés, ombrage, bancs, eau potable, toilettes publiques, jardins, parcours piétons frais et refuges climatiques clairement signalés. Chaque projet urbain devrait être évalué selon sa capacité à réduire la température ressentie et à offrir de l’ombre.
2. Réhabiliter l’eau comme patrimoine vivant
Une fontaine tarie est plus qu’un dysfonctionnement esthétique ; elle dément le récit de la ville. Il faut restaurer, entretenir, expliquer et rendre accessibles les fontaines, là où les contraintes de ressource le permettent. Il faut surtout raconter l’eau avec honnêteté : ses limites, son coût, ses usages, son histoire, sa vulnérabilité et sa valeur.
3. Organiser l’accès sans voiture
L’arrivée au centre doit être simplifiée par des parcs-relais fiables, des navettes fréquentes et tardives, des cheminements agréables, une information multilingue et un pass combinant stationnement périphérique, transport et culture. Le centre historique gagnerait à être conçu comme un espace d’arrivée piétonne et non comme le débouché logique de l’automobile.
4. Étendre le territoire de visite
Aix doit cesser de limiter son récit au seul centre ancien. Le tourisme peut devenir un tourisme de territoire : Sainte-Victoire, bastides, paysages agricoles, chemins de l’eau, patrimoine géologique, vignobles, jardins, Arc, Torse, mémoire industrielle et voies anciennes. Cette extension doit être accessible sans dépendre uniquement de la voiture.
5. Créer une signature internationale liée à l’eau
Il manque une grande proposition propre à Aix, au-delà des animations estivales. Un forum, une biennale ou un festival consacré à l’eau, aux villes chaudes, aux paysages méditerranéens et à la création pourrait devenir une signature. Aix a la légitimité historique, géographique et culturelle pour la porter.
6. Rendre l’hospitalité plus inclusive
Une destination fondée uniquement sur le haut de gamme finit par fragiliser son commerce ordinaire. Il faut proposer des formules familiales, des tarifs lisibles, une restauration locale accessible, des pass, des gratuités ciblées, des nocturnes et des offres qui permettent aux visiteurs de consommer sans se sentir systématiquement exclus par le prix.
7. Mesurer ce qui compte vraiment
La ville ne doit pas s’en tenir au nombre de visiteurs. Elle doit suivre la durée moyenne de séjour, le panier moyen par secteur, la part des dépenses allant aux indépendants, la fréquentation des sites hors centre, les déplacements sans voiture, la température ressentie dans les rues et la satisfaction des habitants. Un centre plein n’est pas forcément un centre prospère, ni une ville hospitalière.
Aix à la croisée des chemins
L’été 2026 ne doit pas être lu comme un accident. Il annonce une transformation profonde du tourisme méridional. La chaleur redistribue les flux, la contrainte budgétaire réduit les dépenses, les séjours deviennent plus courts et les visiteurs exigent davantage de confort, de nature, de mobilité et de sens.
Aix n’est pas condamnée à perdre. Elle possède une force patrimoniale, culturelle et paysagère exceptionnelle. Mais elle ne peut plus considérer ces atouts comme suffisants. La ville doit faire un choix : prolonger un modèle de prestige, fondé sur les façades, la réputation et l’automobile, ou inventer une nouvelle hospitalité méditerranéenne.
Cette hospitalité aurait un nom ancien et un contenu nouveau : Aquae Sextiae. Une ville qui protège ses arbres, remet l’eau au cœur de l’espace public, réduit la chaleur et les contraintes de circulation, relie son centre aux paysages, accueille mieux les familles comme les promeneurs, et fait de la culture non une décoration mais une manière de comprendre et d’habiter un territoire.
C’est ainsi qu’Aix pourrait sortir de la rente touristique sans renoncer à son histoire : non en attirant toujours plus de monde, mais en devenant une ville où l’on désire vraiment rester — et revenir.
Stéphane Salord
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