Matthieu Capuono, expert-comptable et associé du cabinet Crowe Ficorec livre son analyse après la diffusion des chiffres semestriels du baromètre régional Gomet’ RSI Crowe Ficorec des levées de fonds. « La capacité à délivrer des résultats est devenue un critère déterminant » souligne-t-il.
L’une des principales évolutions observées sur le marché du financement des entreprises est le renforcement de la sélectivité des investisseurs. Ce phénomène, évoqué depuis plusieurs semestres, se confirme aujourd’hui avec force : les fonds comme les financeurs examinent les projets avec une exigence accrue.
Cette évolution s’explique notamment par le contexte économique. Les investisseurs recherchent davantage de visibilité sur la rentabilité et attendent désormais des entreprises qu’elles démontrent leur capacité à exécuter leur stratégie et à générer rapidement des résultats. La capacité à délivrer est devenue un critère déterminant. Le montant d’une levée peut être spectaculaire ; la création de valeur se juge dans l’exécution qui suit
Dans ce contexte, les entreprises ne peuvent plus se contenter d’une promesse ou d’une présentation séduisante. Les attentes du marché ont changé. Les investisseurs privilégient désormais les entreprises capables de lancer rapidement un produit ou un service, même imparfait, afin de tester leur marché, générer du chiffre d’affaires et démontrer une véritable traction commerciale. L’objectif est de construire progressivement la croissance à travers plusieurs étapes de financement plutôt que de lever des montants importants sur la seule base d’une vision.
Cette évolution marque également la fin d’une période durant laquelle certains dispositifs publics permettaient à de jeunes entreprises d’accéder relativement facilement à des financements. Aujourd’hui, les critères sont plus stricts et les investisseurs attendent des preuves concrètes de création de valeur.
L’intelligence artificielle constitue par ailleurs un facteur structurant du marché actuel. Les grandes levées de fonds observées ces derniers mois concernent très largement des projets liés à l’IA ou à des secteurs stratégiques comme la défense. Ces thématiques captent une part importante des capitaux disponibles et contribuent à concentrer les financements sur un nombre limité d’acteurs.
Levée de fonds : des délais allongés
Cette concentration ne doit toutefois pas masquer une autre réalité : de nombreuses opérations de taille plus modeste continuent d’exister. Plusieurs levées comprises entre quelques centaines de milliers d’euros et un million d’euros permettent encore de financer le lancement de nouveaux projets. Néanmoins, les délais se sont considérablement allongés. Là où une levée de fonds pouvait être finalisée en six mois il y a quelques années, il faut désormais compter entre neuf et douze mois dans de nombreux cas.
Cette situation impose aux dirigeants d’anticiper davantage leurs besoins financiers. Elle révèle également une problématique croissante de trésorerie. Certaines entreprises sollicitent aujourd’hui des financements non pas pour accélérer leur développement, mais pour compenser les difficultés liées à l’allongement des délais de paiement et aux tensions sur leur fonds de roulement. Or les investisseurs sont particulièrement attentifs à distinguer les projets de croissance des besoins de refinancement déguisés.
Tout un écosystème pour aider au passage à l’échelle
Le baromètre met également en évidence une évolution de la typologie des entreprises financées. Les startups demeurent présentes, mais les PME prennent une place de plus en plus importante. L’enjeu consiste désormais à accompagner ces entreprises dans leur changement d’échelle afin d’en faire les futurs champions régionaux ou nationaux. Un autre phénomène peut également accélérer ce changement est une consolidation sectorielle qui continue d’attirer des capitaux et une transformation des business model vers plus de digitalisation et d’automatisation (ce nouveau phénomène est d’ailleurs appelé le « AI Roll up »)
Cette transformation suppose l’existence d’un écosystème solide capable d’accompagner les entreprises à chaque étape de leur développement dans tous les domaines, de la formation à l’international. Les financeurs, les conseils, les investisseurs et les structures d’accompagnement jouent un rôle essentiel pour soutenir aussi bien les levées de fonds que les opérations de croissance plus ambitieuses.
Matthieu Capuono
Expert Comptable et associé chez Crowe Ficorec
Liens utiles :
Levée de fonds S1 2026 : la Côte d’Azur en forme, Marseille en chute
L’étude complète du baromètre régional des levées de fonds 2025 en Provence-Alpes-Côte d’Azur














