Ce vendredi 26 juin, lors du dernier conseil municipal avant l’été, la séance a balayé un large éventail de sujets, de l’encadrement des loyers à l’hébergement d’urgence, de la prévention des feux de forêt à la restauration scolaire. Mais les débats se sont surtout cristallisés autour du premier compte financier unique de la Ville, des promesses de campagne sur les mobilités, et d’une fin de séance tendue sur la lutte contre les discriminations et l’antisémitisme.
Logement : Marseille réclame encore l’encadrement des loyers
La séance s’est ouverte sur un sujet récurrent pour la majorité municipale : le logement. Audrey Garino (Printemps marseillais) a défendu la volonté de la Ville de voir Marseille intégrer l’expérimentation de l’encadrement des loyers, actuellement appliquée dans plusieurs communes françaises. Selon l’adjointe, « près de 70 communes » ont déjà pu expérimenter ce dispositif depuis 2015, avec un effet positif sur les prix. Marseille, elle, s’était portée candidate dès 2020, avant d’être soutenue par la Métropole à partir de 2022, compétente sur le sujet. Mais cette demande « se heurte aujourd’hui à une fin de non-recevoir du gouvernement », alors que l’expérimentation doit arriver à son terme cet hiver.
Audrey Garino a rappelé les chiffres de l’Observatoire local des loyers : « une hausse de 10 % des loyers en dix ans » et une progression de « 14 % » lors des changements de locataires. Une dynamique qui s’accélère, selon elle, avec « une augmentation de 6 % en trois ans ». Dans une ville où l’on compte « 54 000 demandes de logement social », l’élue estime que « garder un parc privé accessible doit être une des priorités » de l’action municipale.

Dans le même registre social, Audrey Garino a aussi alerté sur l’hébergement d’urgence. La Ville a soumis au vote plusieurs subventions pour un montant d’un peu plus de 1,1 million d’euros, mais l’adjointe a surtout pointé les coupes budgétaires annoncées au niveau national. « Encore trop de personnes appellent chaque soir sans succès le 115 », a-t-elle dénoncé, rappelant que les demandes au 115 ont augmenté de 50 % en quatre ans. À Marseille, selon son intervention, on compte seulement « trois places pour 1 000 demandes », contre huit à Paris. « Nous refusons d’accepter cette fatalité », a-t-elle conclu, en appelant l’État, « seul compétent en la matière », à prendre ses responsabilités.
Feux de forêt : Payan réclame le retour des Canadair à Marignane
Autre temps fort de ce conseil : la préparation de la saison estivale et le risque incendie. Arnaud Drouot (Printemps marseillais) a rappelé que les marins-pompiers doivent protéger près de « 10 000 hectares d’espaces naturels », soit « l’équivalent de la taille de Paris ». Il a aussi salué leur mobilisation, alors que le week-end précédent avait déjà été marqué par des départs de feu dans le massif de Marseilleveyre. Dans ce cadre, la Ville prévoit notamment d’ouvrir, dès septembre, une section marins-pompiers au lycée César-Baldaccini, en partenariat avec l’Éducation nationale. « Nous sommes et nous serons à leurs côtés pour leur donner les moyens nécessaires pour agir et pour nous protéger », a déclaré Arnaud Drouot.

Benoît Payan (Printemps marseillais), maire de Marseille, a longuement prolongé ce débat, notamment autour des feux de forêt. Il a évoqué « cinq départs de feu quasi simultanés » dans le massif de Marseilleveyre « quasiment inaccessible » aux engins terrestres du bataillon. Selon lui, l’intervention de l’hélicoptère bombardier d’eau de la Ville et de quatre Canadair a permis d’éviter une propagation vers Pastré et la Pointe-Rouge. Le maire a surtout profité du débat pour interpeller l’État. « La sécurité civile, la sécurité des femmes et des hommes, la préservation de la nature, n’a pas de couleur politique », a-t-il lancé, plaidant pour davantage de moyens aériens. Il a notamment réclamé le retour d’une base de Canadair à Marignane : « Avoir des Canadair à plus de 100 km, c’est peut-être perdre 20 minutes, 30 minutes, 40 minutes. Et ça peut conduire à des drames. »

Benoît Payan a également dénoncé une « inéquité » financière entre le bataillon de marins-pompiers de Marseille et le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS). Selon lui, les Marseillais « paient deux fois », à travers la contribution municipale au bataillon et la contribution métropolitaine au SDIS. « C’est inacceptable », a-t-il martelé, avant de demander au gouvernement de « rétablir cette inéquité ».
Compte financier unique : la majorité défend sa gestion, l’opposition alerte sur la dette
Le cœur politique de la séance s’est ensuite déplacé sur le premier compte financier unique de la Ville. Joël Canicave, rapporteur, a présenté ce nouveau document budgétaire, remplaçant les anciens comptes administratifs et comptes de gestion. Pour 2025, il a rappelé les grandes masses : 1,5 milliard d’euros de recettes de fonctionnement, 1,4 milliard de dépenses, soit environ 100 millions d’euros d’épargne brute transférés à l’investissement. Côté dépenses, les charges de personnel atteignent 820 millions d’euros, en hausse de 56 millions. Joël Canicave a expliqué cette progression par des facteurs nationaux, notamment les retraites, mais aussi par des choix assumés : recrutements dans la police municipale et les écoles, amélioration du régime indemnitaire, prime d’été. Il a aussi mis en avant la baisse du taux d’absentéisme, passé de 12,34 % à 11,21 %. Le rapporteur a également insisté sur le manque de soutien des autres collectivités. La participation du Département, selon lui, est passée de 30 millions d’euros en 2019 à 10 millions en 2025. « Marseille vaut plus que 2,5 % de son département », a-t-il lancé. Il a tenu à défendre une gestion qu’il juge solide : dette sécurisée, notation A+, pas d’appel en garantie, et taux d’endettement inférieur à 100 % pour la deuxième année consécutive.

Une lecture très contestée par Thibault Charpentier (Marseille en ordre). Pour l’élu d’opposition, plusieurs indicateurs sont « particulièrement préoccupants ». Il a pointé une dette qui repart à la hausse, à 1,41 milliard d’euros, soit « une augmentation de 60 millions d’euros en une seule année ». Il a aussi dénoncé une épargne brute en recul de 159,6 millions à 105 millions d’euros, une épargne nette négative, et des dépenses d’investissement en baisse de plus de 70 millions d’euros. « Ce qui nous inquiète aujourd’hui n’est pas la photographie de l’exercice 2025, c’est la trajectoire », a résumé Thibault Charpentier. Selon lui, la Ville risque de se retrouver « dans la même impasse financière que la Métropole » si elle ne redresse pas rapidement ses comptes.

Thomas Roller (Printemps marseillais) a répliqué sur la question des effectifs municipaux. « Les agents de la Ville, ce ne sont pas de simples chiffres », a-t-il insisté. Pour l’adjoint, les hausses de dépenses de personnel traduisent aussi une amélioration des conditions de travail et de l’attractivité de la collectivité. « Tous ces agents nous permettent d’être fiers des services que l’on rend à la population », a-t-il défendu.

Mobilités : le tunnel à un euro et la gratuité des jeunes sous pression
Le débat financier a rapidement dérivé vers les promesses de campagne. Romain Simarano (non inscrit) a interpellé la majorité sur deux engagements : le passage du tunnel Prado-Carénage à un euro et la gratuité des transports pour les moins de 26 ans. Selon lui, ces promesses ont « marqué durablement l’esprit des Marseillais » et touchent directement au pouvoir d’achat.

Sur le tunnel Prado-Carénage, Arnaud Drouot (Printemps marseillais) a répondu que la Ville comptait bien poursuivre les négociations. Il a dénoncé les « plus de 13 millions d’euros » de dividendes versés par la société du Prado-Carénage à ses actionnaires, jugeant cette situation « de l’ordre de l’indécence ». Pour l’adjoint, ces montants montrent qu’il existe des « marges de manœuvre » pour négocier un abonnement permettant aux Marseillais de tendre vers un passage à un euro.

La gratuité des transports a, elle, donné lieu à une réponse très politique de Samia Ghali (Printemps marseillais), présidente de la RTM. Elle a d’abord reproché à Romain Simarano de ne pas tenir le même discours à la Métropole et au conseil municipal. Puis elle a remis en cause les gratuités non financées. « Quand je fais un cadeau à quelqu’un, je ne le fais pas payer par quelqu’un d’autre. Ou alors, je ne le fais pas à crédit », a-t-elle lancé, visant notamment la gratuité accordée aux plus de 65 ans sans financement départemental, selon elle. Samia Ghali a expliqué avoir écrit à la présidente du Département pour demander une contribution sur les publics relevant de ses compétences : collégiens, bénéficiaires du RSA, personnes âgées, personnes en situation de handicap.

Elle a aussi assumé une remise à plat de certaines gratuités pour les seniors aisés. « Si demain M. Saadé venait à être à la retraite » et demandait une carte gratuite, « on va lui dire : surtout pas, M. Saadé, vous ne paierez pas votre carte », a-t-elle ironisé. Mais l’élue a tenu à rassurer sur les jeunes les plus fragiles. « Sur la question des jeunes, nous y reviendrons », a-t-elle déclaré. « Ce qui est sûr, c’est que nous ferons la gratuité pour tous ceux qui ne pourront pas payer, qui seront en situation compliquée socialement, économiquement. » Elle a aussi lié le sujet au versement mobilité, en appelant à aider la Métropole à obtenir l’augmentation de cette ressource, très contestée dans les sphères patronales.
Cantine et canicule à l’école : la majorité revendique une politique sociale
Les rapports consacrés à l’éducation ont aussi nourri les débats. Pascaline Lécorchet (Printemps marseillais) a présenté l’extension de la gratuité de la cantine. Dès septembre 2026, « 5 000 enfants supplémentaires » en bénéficieront, portant le total à 15 000 enfants, contre 10 000 l’année précédente. L’adjointe a défendu une mesure de justice sociale : « La faim ne doit jamais être un obstacle à la réussite scolaire. » Le dispositif prévoit aussi une tarification plus progressive, avec une quatrième tranche pour les familles les plus aisées, ainsi que l’extension des petits-déjeuners gratuits dans six nouvelles écoles, pour 1 500 enfants supplémentaires. Benoît Payan a salué cette mesure, évoquant « des petites Marseillaises et des petits Marseillais qui ne mangent qu’une fois dans la journée ». « Je suis fier de me dire que nous contribuons à permettre à ces enfants de manger normalement », a-t-il ajouté.

Mais Jean-Marc Graffeo (Marseille en ordre) a contesté la réforme tarifaire, dénonçant une simplification qui, selon lui, complexifie le système. Il a regretté que le coût réel actuel d’un repas ne soit pas communiqué à l’assemblée et a interrogé la gestion des impayés de cantine. « Comment une assemblée délibérante peut-elle fixer le prix d’un service dont on lui refuse le coût réel ? », a-t-il demandé.

Autre sujet sensible : les écoles face à la canicule. Olivier Rioult (Marseille en ordre) a alerté sur la situation dans plusieurs écoles des 11e et 12e arrondissements, où les températures auraient frôlé les 40 degrés. Il a cité le cas de parents ayant utilisé les bénéfices d’une kermesse pour acheter eux-mêmes des ventilateurs.

Benoît Payan a répondu que la Ville avait acquis cette année « 4 000 ventilateurs et 1 000 rafraîchisseurs » et a également nié toute logique politique dans la répartition des moyens : les habitants des 11e et 12e arrondissements, a-t-il insisté, sont « des Marseillais comme les autres », et non « des gens qui votent bien » ou « des gens qui votent mal ». Le maire a ensuite indiqué avoir fait vérifier le cas signalé. Selon lui, les ventilateurs avaient été livrés la veille de l’achat effectué par les parents, mais l’information ne leur aurait pas été transmise. Il a demandé à l’inspection académique de faire la lumière sur cette situation, tout en précisant que les ventilateurs achetés par les parents n’étaient « pas aux normes » et donc dangereux à brancher.
Associations, discriminations et antisémitisme : la fin de séance se tend
La fin du conseil a été marquée par un débat beaucoup plus conflictuel sur les subventions aux associations et la lutte contre les discriminations. Fabienne Bendayan (non inscrite) a interrogé la cohérence d’un rapport consacré à la lutte contre les discriminations. Elle a notamment critiqué le soutien à l’association Film Femmes Méditerranée, en raison de son partenariat avec le Festival Ciné-Palestine Marseille, dont certaines communications emploient selon elle des termes comme « agresseurs sionistes », « boycott de l’entité sioniste » ou« génocide ». L’élue a surtout dénoncé la faiblesse de la subvention accordée au CRIF Marseille-Provence : 1 000 euros sur 10 000 euros demandés. « Face à une haine des juifs qui n’a jamais été aussi présente dans notre pays depuis des décennies, l’heure n’est plus au symbole », a-t-elle affirmé, appelant Marseille à se doter d’un véritable plan municipal de lutte contre l’antisémitisme.

Benoît Payan a répondu longuement, appelant à ne pas importer le conflit israélo-palestinien dans l’hémicycle. « Ici, il y a des dizaines de milliers de juifs, il y a des dizaines de milliers de musulmans, d’athées, de catholiques, de protestants, qui doivent vivre en paix », a-t-il déclaré. Le maire a rappelé avoir apporté une aide aux enfants palestiniens, tout en condamnant sans ambiguïté les attaques du Hamas. « Est-ce qu’ici quelqu’un a dit que les terroristes du Hamas étaient des gens fréquentables ? Personne », a-t-il insisté. Sur l’antisémitisme, le maire a assuré ne pas le traiter comme un combat secondaire. Il a rappelé la protection des écoles par la police municipale après le 7 octobre, pour un coût, selon lui, de plusieurs millions d’euros. « Ici, il n’y a pas de place pour des gens qui considèrent que l’antisémitisme est un combat au rabais », a-t-il affirmé.

Jean-Baptiste Rivoallan (Marseille en ordre) a ensuite affirmé qu’un élu aurait lancé « c’est le vôtre » à Fabienne Bendayan au moment où elle évoquait le mot « génocide ». Romain Simarano (non inscrit) a demandé au maire de vérifier cette accusation, estimant qu’une telle phrase reviendrait à essentialiser l’élue « en tant que juive ». Benoît Payan a promis des vérifications à partir des enregistrements vidéo. « Si ça s’est passé, c’est un acte d’une gravité sans précédent qui sera suivi de conséquences », a-t-il déclaré.
Yannick Ohanessian (Printemps marseillais) a tenté de ramener le calme en saluant le rôle du tissu associatif marseillais, fort selon lui de 25 000 associations. « Elles sont le cœur battant de la deuxième ville du pays », a-t-il affirmé.

Sormiou et taxe de séjour
Deux derniers débats ont prolongé les lignes de fracture. Blaise Rosato (Marseille en ordre) a alerté sur la situation de la calanque de Sormiou, qu’il juge « à bout de souffle ». Il a demandé, au-delà de l’installation d’une barrière automatisée, un système de réservation sur le modèle de Sugiton, un quota d’environ 800 visiteurs par jour, des navettes et un contrôle renforcé des accès.

Enfin, la taxe de séjour a opposé Jessy Nakache (Marseille en ordre) à Julien Harounyan (Printemps marseillais). Le premier a dénoncé une hausse de prélèvements pesant sur le tourisme. Le second a défendu un simple rattrapage, rappelant que la taxe n’avait pas bougé depuis 2015 et que Marseille connaît une forte dynamique touristique, avec 5 millions de visiteurs, avec un secteur touristique estimé à 1,4 milliard d’euros.
Benoît Payan a conclu sèchement ce débat en relativisant l’impact de la hausse. Quelques dizaines de centimes ne feront pas fuir les touristes, selon lui. « Je préfère faire payer les Américains que les Marseillais », a-t-il lancé, avant d’ajouter avec humour qu’il préférait aussi « faire payer les Parisiens que les Marseillais ».
Liens utiles :
Site de la ville de Marseille pour revoir en différé la séance du 26 juin
La mairie de Marseille annonce les délégations des élus du conseil municipal














