Face à l’essor fulgurant des usages numériques et à la multiplication, notamment, des infrastructures de données, la Métropole Aix-Marseille-Provence a dévoilé, en clôture de son conseil métropolitain, lundi 30 juin, sa feuille de route pour un développement « maîtrisé » des data centers (centre de données) sur son territoire.
Objectif de ce document très formel, fruit d’un travail engagé depuis un peu plus d’un an, sous l’impulsion de la préfecture des Bouches-du-Rhône, et baptisé « Orientations stratégiques territoriales pour un accueil vertueux des data centers » : concilier croissance économique, transition numérique, préservation environnementale et équité territoriale. Tout un programme.
La Métropole, bientôt « 5e territoire le mieux connecté au monde »
Grâce à l’arrivée de 18 câbles sous-marins à Marseille, la Métropole est aujourd’hui devenue l’un des endroits les plus connectés de la planète, « en passe de devenir le 5e territoire le mieux connecté au monde », comme l’a souligné Arnaud Mercier, le conseiller délégué au numérique, à la politique publique de la donnée et à l’innovation. Un territoire où transite, via ces câbles, 99 % du trafic internet mondial, reliant quelque 4,5 milliards de personnes sur la planète.
Ce n’est donc pas un hasard si les géants du numérique s’y intéressent, séduits tout à la fois par la proximité des points d’atterrage et les faibles latences réseau.
Data centers : 4 190 emplois sur le territoire d’ici 2030, mais…
La Métropole entend évidemment capitaliser sur cet atout, tout en encadrant les effets secondaires. Dans ses orientations stratégiques, l’instance présidée par Martine Vassal réaffirme d’abord la filière numérique comme l’une de ses six filières stratégiques, dite « d’excellence ». « C’est un levier de développement économique et de souveraineté nationale et européenne, pose Arnaud Mercier. Sur le territoire d’Aix-Marseille-Provence, le secteur du numérique pèse autant que le tourisme ou l’industrie portuaire », rappelant ses 49 000 emplois privés et 9 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Il s’agit également d’un levier d’attractivité pour les entreprises technologiques. « Le positionnement de la Métropole sur la carte des territoires de la Tech a un effet favorable sur l’image d’un territoire moderne et compétitif », souligne la Métropole. Le secteur des data centers devrait ainsi générer 4 190 emplois sur le territoire d’ici 2030, projette l’institution. Laquelle prévient néanmoins : « Une fois en service, le data center ne nécessite qu’assez peu d’interventions d’acteurs locaux ». D’où l’importance, selon elle, d’exiger des contreparties locales en matière de formation, d’emploi et d’impacts sociaux.
Des data centers passés de 6 000 à 17 000 m² en moyenne en à peine plus de 10 ans
Ce ne sont pas les seuls bémols. Car ces infrastructures ont aussi un coût écologique et spatial. « Entre 2021 et 2023, la part des infrastructures numériques dans la consommation énergétique mondiale est passée de 2,1% à 3,2% », note le document. Et les projections tablent sur 10% d’ici 2030. Autre souci : ces datacenters prennent beaucoup de place, avec des besoins fonciers exponentiels, à l’image du projet MRS-6 porté par Digital Realty à Bouc-Bel-Air. On estime ainsi que les principaux data centers implantés sur le territoire métropolitain entre 2013 et 2023 nécessitaient en moyenne 6 350m², quand ceux actuellement en projet approchent en moyenne 17 000 m², « soit un quasi triplement ».
Leur empreinte carbone est aussi pointée du doigt. Aujourd’hui responsables de 14 % des émissions numériques, ils pourraient rapidement peser bien davantage. À quoi s’ajoutent les risques d’îlots de chaleur urbains, la consommation d’eau (parfois massive) pour le refroidissement, ou encore l’usage de métaux rares à fort impact environnemental.
Data centers : des critères précis pour limiter leur taille et favoriser les bons emplacements
« Ces infrastructures de stockage sont des opportunités économiques mais elles engendrent aussi des externalités négatives qu’il convient de mesurer et de limiter », souligne Arnaud Mercier. Pour répondre à ces défis, la Métropole fixe ainsi une série d’orientations stratégiques, autour de quatre piliers : la compétitivité et emploi local, avec des contreparties attendues des opérateurs en termes de formation, insertion et retombées économiques ; la souveraineté numérique, en priorisant le stockage de données sensibles ou stratégiques locales (université, hôpital, etc.) ; l’exigence environnementale, notamment sur l’utilisation de l’eau, la production d’énergies renouvelables, la récupération de chaleur, et la réduction des émissions de gaz à effet de serre ; enfin, la maîtrise foncière.
Sur ce dernier point, la Métropole, en accord avec son nouveau SCoT, pose des conditions d’implantation claires. Parmi elles, la priorité donnée aux projets sur des friches ou en renouvellement urbain et la limitation de la puissance des data centers en zone urbaine dense, qui ne devront pas dépasser les 12 MW. Pour les cinq prochaines années, 50 hectares maximum (hors friche), pas un de plus, seront consacrés aux nouveaux projets, la Métropole espérant développer des clusters dédiés après 2030 pour les data centers de plus de 25 mégawatts. Un dialogue sera par ailleurs mis en place avec les opérateurs, afin de « partager une stratégie territoriale claire dès la phase de conception », ce que certains réclamaient avec insistance.
Une gouvernance collective et dynamique…
La Métropole annonce aussi l’installation d’une instance opérationnelle d’analyse des projets, réunissant les communes, les propriétaires fonciers et les aménageurs. En parallèle, une conférence annuelle sur l’énergie et les data centers permettra de suivre les besoins du territoire en ressources énergétiques, en lien avec les objectifs de décarbonation. L’État, via la préfecture, reste un partenaire clé, en lien avec les Projets Industriels d’Intérêt National Majeur (PIINM). Les énergéticiens, les pôles de compétitivité, les acteurs de la recherche ou de l’environnement seront également associés.
« Avec ce document et ces engagements, la Métropole Aix-Marseille-Provence sera l’un des premiers territoires les plus engagés pour accompagner la filière numérique et les data centers dans leur bonne insertion territoriale au service du développement économique », a salué Arnaud Mercier. « Cet accompagnement se fera avec les communes, dans le respect de leur volonté vis-à-vis de leurs projets », s’est-il engagé.
… mais déjà des premières réserves
« Il était temps ! », a cinglé, sur les bancs de l’opposition de gauche, Eric Semerdjian, évoquant la création par la Ville de Marseille, depuis octobre 2023, d’une commission consultative sur le sujet et la nécessité d’obtenir des compensations de la part de ces infrastructures cruciales pour le numérique mais générant peu d’emplois et de ressources fiscales.
« Les data centers, une fois en service, créent peu d’emplois et ils sont faiblement taxés, comme de simples hangars de stockage, a pointé le co-président du groupe « Pour une métropole du bien commun », issu du Printemps Marseillais, qui s’est finalement abstenu. Il faut effectivement nous fédérer pour nous renforcer sur deux deux points : obtenir, y compris de l’État, la transparence sur la file d’attente des projets dans la réservation énergétique et faire respecter les PLU qui sont votés dans cet hémicycle, quitte à les modifier si nécessaire. »
Autres bémols, ceux exprimés cette fois par Richard Mallié, l’un des vice-présidents de la Métropole et maire de Bouc-Bel-Air, directement concerné par le projet porté par Digital Realty au sein de la zone d’activités des Chabauds, sur une friche logistique de 10,7 hectares anciennement occupée par un entrepôt Décathlon. « Peu reviendra à la commune, c’est clair, et à la Métropole », a regretté l’élu.
Lequel a surtout mis en avant ses réserves de fond : « On a soit des data centers qui sont des consommateurs d’énergie électriques extraordinaires, dans une région qui est déjà déficitaire, pour stocker des données étrangères et je trouve ça scandaleux, soit des data centers portés par des entreprises étrangères qui stockent nos données dont on ne sait pas ensuite ce qu’elles deviennent et je m’interroge vraiment sur la fiabilité… »
Un échange révélateur des réticences croissantes vis-à-vis de ces structures. Le projet MRS-6, le premier hors du périmètre portuaire et Marseille, vers l’arrière-pays, aura valeur de test de méthode grandeur nature pour la Métropole.
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Document source : « Orientations stratégiques pour un accueil vertueux des datacenters »
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