« Bien, mais doit mieux faire ». Sollicitée sur le projet de création d’un nouveau data center à Bouc-Bel-Air, porté par l’entreprise américaine Digital Realty (ex Interxion), c’est un avis globalement positif, accompagné cependant d’un certain nombre de réserves, plus ou moins fortes, qu’a délivré l’Autorité environnementale, réunie le 12 juin 2025.
Pour rappel, Digital Realty (87 salariés à Marseille, 261 millions d’euros de CA), qui a déjà investi 700 millions d’euros, depuis 10 ans, pour la création de cinq data centers (le cinquième, MRS5, est actuellement en construction), tous situés sur le territoire du Grand port de Marseille, porte un nouveau projet, nommé MRS6, abritant l’ensemble des installations de stockage de données informatiques, cette fois sur la commune de Bouc-Bel-Air.
MRS-6 : 700 M€ d’investissement pour environ 20 000 m² de salles informatiques
Connectée à 15 câbles sous-marins en provenance de 43 pays et quelque 4,5 milliards d’utilisateurs, la région marseillaise attire en effet les géants du numérique, au point d’en faire aujourd’hui le 7e hub mondial en capacité de données. Le centre MRS6 s’inscrit dans cette dynamique, la saturation des terrains portuaires poussant désormais les opérateurs vers l’arrière-pays, non sans résistance.

Le futur centre de données, pour lequel Digital Realty a déposé un dossier de permis de construire en septembre 2024, prendra place sur une friche logistique de 10,7 hectares, anciennement occupée par un entrepôt Décathlon, au sein de la zone d’activités des Chabauds.
Le projet prévoit la réhabilitation du bâtiment existant, d’une emprise de 2,6 hectares, auquel s’ajoutera une sous-station électrique de 1 100 m2. L’ensemble abritera sept salles de données sur deux niveaux, pour environ 20 000 m2 de salles informatiques – contre 12 000 pour MRS5 (et plus du double en terme d’investissement, évalué à 700 millions d’euros) -, mais aussi 30 locaux techniques, des équipements de refroidissement, de production d’énergie de secours ou encore de traitement de l’air. L’installation bénéficiera d’une alimentation haute tension depuis le poste RTE de Réaltor (Cabriès), via une double liaison souterraine de 7 km opérée par RTE.
MRS6 : sobriété foncière et l’excellence technique mises en avant
La reconversion d’une friche urbaine est ainsi perçue positivement par l’Autorité environnementale, logiquement sollicitée en vertu du Code de l’Environnement et comme c’est le cas pour toutes les autorisations relatives aux ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement). « Le choix d’un site existant, déjà construit et artificialisé, qui sera réutilisé sans transformations importantes, lui permet d’afficher une faible consommation d’espace et répond ainsi aux enjeux et objectifs de sobriété foncière », souligne l’avis.
L’Ae note également les efforts de conception d’un projet qui « met en œuvre les meilleures techniques disponibles ou les meilleurs standards de la profession », ce qui lui permet d’annoncer « des performances intéressantes » en termes de consommation d’énergie, voire « exceptionnelles », une terminologie assez rare pour le noter, en matière de consommation d’eau, avec une consommation d’eau potable « quasiment réduite aux besoins sanitaires des salariés » et estimée à 2 050 m³/an.

Autres points positifs : un système de refroidissement à air libre (« free-cooling »), sans recours à des tours évaporatives, la mise en place d’un indicateur PUE (Power Usage Effectiveness) pour suivre l’efficience des mesures de sobriété énergétique, des panneaux photovoltaïques pour couvrir les besoins des bureaux, ou encore le recours aux HVO (huiles végétales hydrogénées) comme carburant de secours.
Sur le plan paysager et écologique, enfin, l’impact du projet est considéré comme « limité ». Les inventaires de la biodiversité réalisés en 2024 ont mis en évidence quelques espèces protégées, notamment des chauves-souris et des amphibiens, mais les enjeux sont jugés faibles à modérés. L’Ae recommande néanmoins de préciser les mesures de réduction ou de compensation prévues.
Les points noirs : émissions de gaz à effet de serre et groupes électrogènes
Malgré ces dispositifs, le bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) « reste considérable (…) et nécessite des compensations », souligne cependant l’Autorité environnementale. Le site MRS6 devrait ainsi générer environ 14 700 tonnes équivalent CO₂/an, l’essentiel provenant de la consommation électrique (245 GWh/an), l’équivalent d’une ville de 50 000 habitants.
Mais le vrai point noir du projet concerne les 32 groupes électrogènes diesel alignés en façade sud, d’une puissance cumulée de 219 MWth, destinés à assurer la continuité de service en cas de coupure électrique, Digital Reality garantissant jusqu’à 72 heures d’autonomie. L’étude d’impact, note l’Ae, n’évalue que leur usage en mode test (soit quatre heures par an…), ignorant le scénario d’un fonctionnement prolongé en cas de panne électrique généralisée, alors qu’« une installation de cette taille peut, à elle seule, représenter une part significative de la pollution atmosphérique régionale (…) équivalente à 5 % des émissions d’oxydes d’azote (NOx) d’une région entière comme l’Île-de-France ».

L’autorité recommande ainsi, très fortement, une évaluation complémentaire des impacts sanitaires et environnementaux liés à un fonctionnement en mode dégradé ou en cas de pannes prolongées, notamment en tenant compte de l’effet cumulatif avec les autres centres de données de la métropole marseillaise, et plaide pour l’étude de solutions alternatives, telles que le stockage sur batteries.
Des fluides frigorigènes qui posent question…
Autre point de vigilance : le recours au fluide frigorigène R-1234ze, vanté pour son faible PRG (potentiel de réchauffement global) et son effet nul sur la couche d’ozone, mais classé parmi les PFAS. Selon l’Ae, « sa décomposition dans l’atmosphère produit de l’acide trifluoroacétique (TFA), un PFAS perfluoré aux effets mal connus, qui persiste dans l’atmosphère pendant plusieurs jours » et difficilement éliminable de l’eau potable.
« Les effets de ce fluide frigorigène et de ses produits de dégradations devraient être mieux étudiés, à l’échelle de ce projet comme d’autres projets l’utilisant, au titre des impacts chroniques (pertes des circuits réfrigérants) et du risque d’une fuite accidentelle d’importance (rupture des circuits) », souligne l’avis.
… tout comme la gestion des déchets électroniques
Enfin, parmi les principales réserves notées par l’Autorité environnementale, celle-ci reproche au dossier de ne pas inclure l’impact du matériel informatique hébergé, pourtant source majeure de déchets électroniques, avec « un taux de renouvellement annuel très élevé », ni les réseaux de fibre optique nécessaires au fonctionnement du centre.
Elle demande ainsi des précisions sur la gestion des déchets de ces équipements, sur les minéraux stratégiques impliqués et sur la traçabilité des circuits de valorisation.
Document source : l’avis délibéré de l’AE sur la création du centre de données « Digital MRS6 »
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