L’exposition Art nouveau – Art déco, Marseille au cœur des styles qui se déroule actuellement au musée des Arts décoratifs, de la Faïence et de la Mode au château Borély, offre de très belles pièces. Mais sa brièveté et une médiation contenue limitent la portée du propos.
L’exposition explore la transition entre deux styles majeurs. D’un côté, l’Art nouveau et ses lignes souples inspirées du végétal, de l’autre, un Art déco plus géométrique, plus structuré, plus moderne. Cette clarté est précieuse, notamment pour un public en découverte de ces mouvements. À cet égard, le parcours remplit bien sa fonction d’initiation : mobilier, céramiques, objets décoratifs, mode et accessoires réunis pour l’occasion composent un bel ensemble.
Parmi les pièces maîtresses, un bahut de Jacques-Émile Ruhlmann, à la marqueterie de loupe et aux incrustations d’ivoire, capte immédiatement le regard. Ses dimensions impressionnantes lui donnent une présence plastique rare. Ce meuble, exposé au Salon d’Automne en 1920, à San Francisco en 1924 puis à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, a ensuite intégré le mobilier de l’Élysée. Juste à côté, le paravent La Forêt de Jean Dunand, tout aussi majestueux, impose sa monumentalité. Ces œuvres suffisent à elles seules à illustrer la puissance décorative et le raffinement extrême de l’Art déco.

Cependant, une réserve finit par se faire sentir : le parcours est court. Pour un sujet couvrant deux grands mouvements et plusieurs décennies de création, le propos paraît rapide, presque expédié. On admire, on comprend les grandes lignes mais on aurait souhaité davantage de développements, notamment sur les grands noms, sur les ateliers, ou encore sur sur les techniques de fabrication en lien direct avec le contexte socio-politique et économique des périodes évoquées, comme le clin d’œil sur l’essor des transports illustré par la recomposition d’un wagon 1ère classe du Côte d’Azur Pullman Express reliant Paris à la Côte d’Azur, en passant par Marseille.
La cité phocéenne n’est pas une place essentielle pendant la période de l’Art nouveau, on découvre néanmoins quelques pièces de mobilier spécialement créées par le Nancéen Émile Gallé pour sa fille Thérèse qui vivra après son mariage dans le quartier Périer. Le développement du commerce maritime mais aussi de l’automobile offrent, par contre, à la ville de belles opportunités architecturales, artistiques et décoratives. L’affichiste David Dellepiane, les ébénistes Joseph et Jules David, le céramiste Louis Sicard sont quelques noms qui résonnent encore sur la place.
Si la médiation, pour l’essentiel, repose sur les cartels et un dossier, certes pédagogique à souhait, étonnement distribué à l’entrée, cela ne doit pas masquer la réussite visuelle et patrimoniale de l’ensemble, ni la qualité des pièces réunies. Mais deux mouvements aussi majeurs que l’Art nouveau et l’Art déco dans une seule exposition de cette taille limite tout de même l’ambition du propos.
Art nouveau At déco, Marseille au cœur des styles
> jusqu’au 25 avril 2027
> Musée des Arts décoratifs, de la Faïence et de la Mode – Château Borely – Marseille 8e
> Entrée : 6/3 euros


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