On se souvient de l’interpellation d’Amine Kessaci lors d’une rencontre, en 2021, dans les quartiers nord de Marseille où le jeune Marseillais, frappé par le premier deuil de son frère, s’était adressé au président de la République pour l’inviter à prendre en charge le problème de la drogue et l’avenir des quartiers pauvres de Marseille.
Quatre ans plus tard et un plan exceptionnel pour la ville baptisé « Marseille en Grand », Amine, devenu un porte-parole courageux contre le fléau du narcotrafic, a perdu un deuxième frère, tué froidement pour l’intimider. Tout un symbole de l’impuissance de l’État (malgré les statistiques que les autorités ne manqueront pas d’afficher) et d’un Président qui aimait Marseille, mais qui a échoué à renverser la spirale infernale dans laquelle la ville est tombée. Celle du narcotrafic, mais pas que…
Les moyens importants (mais sans commune mesure avec ceux mobilisés pour le grand Paris), mis en place pour restaurer les transports, les écoles, le logement ou encore relancer l’économie, peinent à renverser durablement la tendance au déclin, faute notamment d’une gouvernance territoriale efficace. Les chicayas locales, dont Emmanuel Macron avait stigmatisé la toxicité lors de son discours fondateur sur Marseille en grand, sont toujours là. La Métropole, malgré une étape II bienvenue, demeure un colosse aux pieds d’argile, sans légitimité politique faute de suffrage universel direct.
Des dossiers économiques en suspens
Sur le volet économique, de nombreux dossiers sont en suspens, de la transformation industrielle de Fos-Berre qui, malgré des avancées sur les accès routiers, attend toujours de savoir si elle sera alimentée en électricité (ligne THT RTE), si elle bénéficiera d’un hinterland fluvial et ferroviaire enfin organisé ou bien encore d’une gestion opérationnelle unifiée. Ailleurs, on ne sait plus trop ce que sont devenus les carrefours de l’entrepreneuriat ou du capital jeune lancés à grand renfort de communication.
Emmanuel Macron va-t-il une nouvelle fois houspiller le territoire pour lui demander d’avancer en ordre de marche ? La visite présidentielle s’annonce intense et sans doute semée comme à l’accoutumée d’imprévus.
Mais le bilan des précédentes visites, derrière les beaux couchers de soleil, n’a pas réussi à faire émerger la dynamique attendue. Les résultats, après quatre années de (trop) lente gestation, peinent encore à se concrétiser, même si le chef de l’Etat devrait marteler le chiffre de 62% des crédits désormais engagés, deux tiers des projets réalisés ou en cours. Pas assez vite, pas assez visible.
Stigmate politique de casting politique hasardeux, il n’y a plus de députés de la majorité présidentielle sur le territoire. L’ex-secrétaire d’État Sabrina Agresti-Roubache, figure protégée du couple Macron dans la ville, a ouvertement dénoncé les positions de Martine Vassal pourtant soutenue le parti Renaissance, l’héritier de la machine électorale En Marche lancée en 2016.
Emmanuel Macron aime mettre son grain de sel dans les affaires politiques marseillaises à l’instar de ses dîners ou déjeuners en ville, sur la Corniche de préférence, lors des élections de 2020 où il s’était impliqué dans la recherche du candidat providentiel, choisissant finalement Yvon Berland, l’ancien président d’Aix-Marseille Université. Une candidature qui avait provoqué la défaite de Martine Vassal.
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