La cancérologue de l’Institut Paoli-Calmettes et chercheuse à l’insert connait bien la problématique des biotech. Durant six ans, elle s’est investie en politique aux côtés de Martine Vassal en s’impliquant en particulier à la Métropole Aix Marseille Provence sur les questions de santé, de recherche et d’économie de la santé. Elle a tenté durant son mandat de structurer une filière en essayant de renforcer des pôles d’excellence. Le départ envisagé d’ImCheck Therapeutics, à la suite de son rachat par le laboratoire français, Ipsen, est pour elle une « désillusion » et sème le doute sur l’avenir d’un écosystème biotech qui profite de l’excellence scientifique locale sans pour autant créer de richesse durable sur le territoire. Sollicitée par Gomet’, voici la tribune (*) qu’elle a bien voulu partager avec nos lecteurs.
Comme pourrait le chanter notre collectif de rappeurs marseillais « ici c’est Marseille bébé, on fait des pépites, et elles fuitent en bande organisée. »
Marseille vient de vivre une désillusion pour son écosystème biotech. ImCheck Therapeutics, l’un des fleurons du territoire, pourrait fermer son site marseillais après son rachat par le groupe Ipsen comme annoncé plus tôt (lire les informations exclusives de Gomet’, ndlr).
Née et fondée à Marseille en 2015, ImCheck Therapeutics s’est construite sur les découvertes du professeur Daniel Olive, chercheur marseillais de référence au Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille (CRCM), et a été développée par Pierre d’Epenoux, qui en a fait l’une des pépites de la French Tech locale en oncologie et immunothérapie.
Son produit phare, ICT01, est un anticorps monoclonal « first-in-class » ciblant BTN3A, une molécule immunorégulatrice clé surexprimée dans le cancer. Développé dans le traitement de première ligne de la leucémie myéloïde aiguë chez des patients inéligibles à une chimiothérapie intensive, il a été testé lors de l’essai de phase I/II EVICTION, conduit notamment à l’Institut Paoli-Calmettes à Marseille — centre labellisé CLIP2 pour les essais de phase précoce, où le Dr Sylvain Garciaz a inclus les premiers patients et présenté les résultats dans les congrès internationaux.
Les données ont montré des taux de réponse très encourageants, valant à ICT01 une désignation de médicament orphelin par la FDA et l’EMA en juillet 2025, puis le statut de Breakthrough Therapy accordé par la FDA en janvier 2026 — une reconnaissance rare qui ouvre la voie à un essai de phase IIb/III dès cette année, et à des indications potentielles plus larges dans plusieurs tumeurs solides.
Marseille : une expertise reconnue depuis plus de 40 ans
Cette réussite illustre parfaitement la force de l’écosystème marseillais en immunologie et en immuno-oncologie, une expertise reconnue depuis plus de 40 ans, depuis la création du Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy en 1976 jusqu’aux nombreux essaimages industriels qui en ont découlé (Immunotech, Innate Pharma, Ipsogen, ImCheck). Cette dynamique a été officiellement distinguée en mai 2023, lorsque le Marseille Immunology Biocluster (MIB), porté par Aix-Marseille Université et une vingtaine de partenaires académiques, hospitaliers et industriels, a été labellisé « Biocluster » dans le cadre de France 2030, avec une dotation d’environ 96 millions d’euros sur dix ans pour faire de Marseille un hub mondial de référence en immunothérapie.
C’est cette même excellence, de la recherche fondamentale à la recherche clinique hospitalière, qui a permis à ImCheck d’être rachetée à l’automne 2025 par Ipsen, dans une transaction pouvant atteindre un milliard d’euros. Pour un groupe en pleine croissance, notamment en oncologie, s’emparer d’un tel fleuron était un signe fort de la vitalité académique et industrielle du territoire.
Il est donc essentiel de réfléchir collectivement à la manière de protéger notre écosystème territorial
C’est justement pour cela que la fermeture annoncée du site marseillais, avec un possible transfert des équipes vers Dreux, est si dommageable pour les hommes et les femmes qui vivent et travaillent ici, et qui ont porté ce projet depuis dix ans jusqu’à ces résultats cliniques remarqués. Le succès marseillais qui pourrait échapper à Marseille.
Au-delà du cas d’ImCheck, c’est la capacité du territoire à retenir et faire grandir durablement ses pépites, une fois rachetées par de grands groupes, qui est en question. Il est donc essentiel de réfléchir collectivement à la manière de protéger notre écosystème territorial, pour que Marseille conserve et développe un écosystème biotech florissant, à la hauteur de son excellence scientifique.
Emmanuelle Charafe
Chercheuse à l’Inserm et cancérologue à l’Institut Paoli-Calmettes
Ancienne vice-présidente de la Métropole Aix Marseille Provence (2020-2026)
déléguée à la Santé, à l’Enseignement supérieur, à la Recherche médicale et à l’Économie de la santé.
(*) Attaché à la vitalité du débat local, Gomet’ Media donne régulièrement la parole à des contributeurs extérieurs pour des points de vue, chroniques et autres tribunes. Proposez-nous vos contributions à contact@gomet.net
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