À contre-courant de la tendance nationale, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur affiche un dynamisme inédit en matière de financement des entreprises, selon le baromètre semestriel des levées de fonds organisé par Gomet’ Media en partenariat avec Région Sud Invest et le cabinet Crowe Ficorec, révélé jeudi 4 septembre au CIC Place de l’innovation à Marseille Innovation.
Au cours des six premiers mois de l’année, 26 levées de fonds ont ainsi été recensées, pour un total de 222 millions d’euros levés, soit un ticket moyen de 8,5 M€, « supérieur à tout ce que l’on avait vu jusqu’ici ». De fait, contrairement à la France dans son ensemble, où la contraction est brutale avec des montants qui chutent de 34 % (de 4,4 à 2,9 Mds€) et le nombre d’opérations de 60 %, la région enregistre, elle, une hausse de 13 % du nombre de deals et de 48 % des montants levés. Une résilience remarquable dans un contexte économique et politique qui reste, lui, très incertain.

Levées de fonds : Marseille et « l’effet de siège »
Si Marseille ne représente que 27% des levées en nombre, la cité phocéenne capte en revanche 64% des montants investis, confirmant « un vrai effet de siège » attirant « les gros tickets ». Plus largement, Provence (38,5 %) et Côte d’Azur (34 %), conservent, elles, une vraie vitalité en nombre de dossiers.
La Côte d’Azur, notamment, se distingue par le rôle structurant de son incubateur régional : « Huit sociétés sur neuf levées sont passées par lui », souligne Jean-Pierre Largillet, fondateur de Webtime Media, partenaire de Gomet’ dans l’élaboration de ce baromètre. La preuve de « l’efficacité de l’argent public quand il est bien orienté », souligne-t-il.
Autre signe encourageant : la jeunesse des entreprises financées. Là encore, contrairement à la tendance nationale, les fonds n’irriguent pas seulement les sociétés bien posées, qui ont fait plusieurs fois la preuve de leur rentabilité, mais de nombreuses startups de moins de trois ans à six ans. Y compris la doyenne de ce baromètre, MidiFlore, qui, du haut de ses 38 ans, est en fait une reprise à l’intérieur d’une ancienne entreprise, comme cela se produit régulièrement.

Le secteur des énergies, moteur de la dynamique
Le secteur des énergies concentre à lui seul 30 % des levées et plus de 100 M€. CVE Biogaz, GravitHy, Ecoat, Hexana et Optimum Tracker forment ainsi le Top 5 régional, illustrant la montée en puissance des projets liés à la transition énergétique. L’industrie (67,5 M€) et la greentech (21 M€) complètent le podium, le numérique restant présent, tout comme la biotech, l’agritech et la fintech.


« On retrouve parfaitement les grandes tendances locales, analyse Matthieu Capuono, président du cabinet Crowe Ficorec. On parle beaucoup de Fos-sur-Mer et de l’étang de Berre. La décarbonation s’y incarne concrètement. Les levées de fonds suivent cette tendance. A l’image d’Hexana ou GravitHy, qui sont encore dans des logiques très capitalistiques, on sait que les enjeux de souveraineté, les enjeux industriels, les enjeux de décarbonation vont nous amener à ce qu’on continue à avoir des levées de fonds assez significatives dans ce secteur. On est dans des momentums où la zone de Fos et de l’étang de Berre va être très consommatrice de capital pendant encore quelques années. On ne peut évidemment que s’en réjouir pour nous et pour le territoire puisque, mécaniquement, ça fera des emplois directs, des emplois indirects et, autour de cela, des développements d’entreprises, des développements de sous-traitants. »

Autre fait notable, à l’image d’Orus, la poussée d’un pôle spatial, notamment du côté des Alpes-Maritimes. Avec Thales Alenia à Cannes, Sophia-Antipolis sur le numérique, et Acri-ST à Grasse, on voit se dessiner un vrai pôle européen du « New Space ». A suivre !
Un financement inventif et diversifié
Au-delà des montants, la grande nouveauté réside dans la diversité des financements. Région Sud Invest (RSI) confirme ainsi son rôle pivot, avec sept opérations accompagnées. « Nous cherchons systématiquement des co-investisseurs, et les dossiers qu’on voit arriver sont de plus en plus matures, et mieux structurés », note son directeur général, Pierre Joubert. Le fonds public joue notamment un rôle contre-cyclique, en soutenant des projets que d’autres investisseurs délaissent.

Derrière, les Business Angels font leur retour en force. « En 2024, nous avons vécu une des pires années depuis dix ans, de l’ordre de 1,5 millions d’euros à peine alors qu’en général c’était entre 2 et 3 millions. Mais au premier semestre 2025, nous avons déjà investi autant que sur toute l’année précédente, se réjouit Christophe Baralotto, président de Provence Angels, un réseau qui compte une centaine de membres. La dynamique est bonne. On ne finance pas qu’une idée, mais surtout une équipe », dit-il.
Enfin, le crowdfunding revient : trois levées réussies depuis le début de l’année. Alors que l’on pensait le modèle disparu, il revient comme complément d’ingénierie financière, signe de « la grande ingéniosité des entrepreneurs ».

Un territoire attractif, mais plus sélectif
Ce premier semestre illustre la maturité grandissante de l’écosystème régional. « La région attire, constate Matthieu Capuono. Dans un contexte international complexe, voir nos biotech, nos énergies et notre spatial lever des fonds à cette échelle est un vrai signal de rebond et d’attractivité. »
Contre-partie : l’exigence monte elle aussi. « Il ne suffit plus d’une idée séduisante. Ce qui compte, c’est la capacité à exécuter vite, à produire des chiffres crédibles et à tenir ses promesses », prévient Christophe Baralotto.
Retrouvez lundi 15 septembre dans Gomet’ L’Hebdo
le tableau complet des 26 opérations

Reste que cette vitalité est de bon augure : « L’énergie, le spatial, la santé… Nous voyons émerger des filières stratégiques, avec des besoins capitalistiques massifs. C’est une excellente nouvelle pour l’emploi et l’économie régionale », juge Pierre Joubert. « Ce rebond est remarquable, même si la tendance devra être confirmée au second semestre », conclut Matthieu Capuono.
Témoignages d’entrepreneurs : des parcours singuliers
Trois dirigeants ont raconté leur parcours de financement, souvent semé d’embûches.
• Orus (Sophia-Antipolis) : jeune pousse du « New Space », l’entreprise développe une constellation de microsatellites d’observation hyperspectrale. « L’hyperspectral est un changement de paradigme : chaque pixel révèle la composition de la matière. C’est un « game changer » total, aussi bien pour le civil que pour le militaire »,explique son président Laurent Escarrat. Après une genèse dans Sophia Engineering, Orus, lancée en 2024, a levé 5 M€ auprès de Speed Invest, RSI et de business angels. « Nous avons fait le choix de rester européens, malgré les sirènes américaines. La souveraineté technologique est une évidence pour nous. »
• Hydroclimat (Aubagne) : cofondée en 2019 par Adrien Lambert et Magali Troin, l’entreprise fournit des données climatiques fines pour anticiper les risques. « Notre rôle est de rendre les modèles économiques “climate proof” ». Sa levée de 2 M€ (1,4 M€ en equity avec StarQuest et RSI, 600 000 € en non-dilutif) vise à recruter et basculer vers des “géoservices” à grande échelle. « Aujourd’hui, nos données sont déjà distribuées par ESRI, leader mondial des systèmes d’information géographique. »
• Smartpush (Marseille) : fintech née en 2018, Smartpush affine les données financières à partir des transactions bancaires. En 2024, elle rachète à Teleperformance une filiale stratégique de mobilité bancaire. « On est passés de 500 000 € à 4 M€ de chiffre d’affaires. » Une croissance fulgurante, mais qui a nécessité une opération financière complexe, mêlant equity, crowdfunding et business angels.
Document source : tous les chiffres du baromètre des levées de fonds au S1 2025
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