Président du cabinet d’expertise comptable, d’audit et de conseil Crowe Ficorec, Matthieu Capuono, livre son analyse des résultats du baromètre régional des levées de fonds au premier semestre 2025 révélé par Gomet’ le 4 septembre au CIC Place de l’innovation, à Marseille Innovation.
Ce baromètre des levées de fonds en région Sud, pour ce premier semestre 2025, nous livre un message clair : notre territoire avance, il résiste, et surtout, il progresse.
D’abord, un constat : à contre-courant de la tendance nationale, la région affiche une dynamique forte, très forte. Pourquoi ? Parce que les grands enjeux de demain se jouent déjà ici. La décarbonation, la transition énergétique, l’industrie verte, trouvent ici une traduction concrète. Ce que l’on observe autour de Fos-sur-Mer et de l’étang de Berre se reflète directement dans les levées de fonds.
A côté de ces filières de l’énergie, la santé reprend de la vigueur, le numérique confirme sa place, et nous voyons même apparaître de belles performances dans le spatial. Ce n’est pas anodin de rappeler qu’à Marseille aussi, on parle de spatial, et que Toulouse n’a pas vocation à être la seule capitale en la matière.

Bien sûr, Paris reste Paris. C’est là que se concentrent les plus grosses levées, celles qui se chiffrent en dizaines ou en centaines de millions d’euros. C’est mécanique : les géants de la tech, de l’intelligence artificielle, s’y trouvent. Mais il faut aller au-delà de ce prisme. Car si toutes les régions enregistrent une certaine contraction, y compris l’Auvergne-Rhône-Alpes (2e) et l’Occitanie (4e), nos « concurrentes » directes, la région Sud, elle, retrouve sa place. Elle remonte sur le podium, en troisième position, en nombre d’opérations comme en volumes levés.
Le fort effet d’entraînement autour des projets industriels et de la décarbonation
C’est un signal évidemment très positif, qui répond à une réalité très simple : notre territoire bénéficie d’un fort effet d’entraînement autour des projets industriels et de la décarbonation. Des entreprises comme Hexana, déjà présente l’an dernier, ou GravitHy en sont l’illustration. Et nous savons d’autres acteurs viendront s’ajouter, certains encore en « early stage », d’autres déjà prêts pour des séries A ou B. Ils montrent que notre territoire n’est pas seulement un lieu d’innovation, mais aussi un terrain d’investissement massif.
Le bassin de Fos et de l’étang de Berre va rester très consommateur de capitaux dans les années à venir, et c’est une excellente nouvelle. Parce que derrière chaque levée, il y a des emplois directs. Derrière chaque levée, des emplois indirects. Derrière chaque levée, un tissu de sous-traitants et d’entreprises locales qui se développent. Cest un cercle vertueux dont tout le territoire pourra bénéficier.
Levées de fonds et diversité des modes de financement
Un autre enseignement de ce baromètre concerne la diversification des modes de financement. On assiste ainsi au retour du co-investissement et même du crowdfunding, un phénomène qui introduit une complexité nouvelle dans les levées de fonds mais qui reflète surtout l’attractivité croissante de la région. Des investisseurs qui, il y a encore quelques années, se concentraient uniquement sur Paris ou Lyon, s’intéressent aujourd’hui à notre région. Ils y voient des entreprises porteuses, qui méritent un accompagnement spécifique.
Et dans ce paysage, un acteur joue un rôle pivot : Région Sud Investissement. Grâce à lui, les jeunes entreprises peuvent franchir le cap des premières levées, accéder aux séries A, aux séries B, et s’inscrire dans la durée, avec une vision de long terme parfois différente des standards du marché.
Une sélectivité accrue
Mais cette dynamique s’accompagne aussi d’une sélectivité accrue. Le retour des Business Angels constitue une bonne nouvelle, mais il impose aux dirigeants une préparation beaucoup plus rigoureuse. Les dossiers doivent désormais être immédiatement exploitables, les offres structurées et les prévisions financières solides. On n’investit plus sur de simples « projets de papier » : la capacité à délivrer rapidement, appuyée par des chiffres précis et réalistes, est devenue une condition sine qua non.
Cette exigence de maturité renforce aussi l’importance de l’ingénierie financière, qui accélère le rythme des cycles de levée. À l’image d’Hexana, certaines entreprises enchaînent désormais leur série A puis leur série B dans des délais très courts. Nous sommes dans un momentum d’accélération, de passage à une stratégie « scale-up » assez rapide. Deux facteurs y contribuent : la densité des projets sur le marché et le contexte démographique marqué par la cession progressive d’entreprises détenues par des dirigeants issus de la génération des baby-boomers. Ces transmissions ouvrent des opportunités industrielles et de services, permettant à de nouveaux acteurs de reprendre le flambeau.
De plus, on observe une tendance à la consolidation de filières : en s’appuyant sur une PME ou une TPE locale, des entreprises bâtissent progressivement une chaîne de valeur complète, en intégrant l’amont comme l’aval. Cela permet non seulement de renforcer leur compétitivité, mais aussi de réveiller des « pépites endormies » qui retrouvent un second souffle grâce à de nouveaux dirigeants. Ce phénomène est particulièrement significatif dans une région où 90 à 95 % des entreprises sont des TPE ou PME.
Dynamisme, innovation et leadership
Enfin, je voudrais conclure sur un point essentiel : la capacité de rebond de notre écosystème. Oui, nous vivons une période internationale et politique complexe. Oui, la visibilité pour les entreprises est parfois brouillée. Et pourtant ! Les biotechs reviennent. Le numérique repart. Cela prouve que, même dans un environnement incertain, notre territoire reste capable d’afficher du dynamisme, de l’innovation et du leadership. Alors oui, il faudra confirmer cette tendance au second semestre. Mais les signaux sont là. La région Sud est en mouvement. La région Sud attire. La région Sud consolide. La région Sud innove. Et surtout, la région Sud démontre, une fois encore, qu’elle a toute sa place dans la dynamique nationale des levées de fonds.
Matthieu Capuono
Président de Crowe Ficorec
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