Pascal Kuhn, le directeur d’Airbus Helicopters à Marignane, a fait le point début septembre avec la rédaction de Gomet’ sur le projet exceptionnel du groupe aéronautique de transformer les trois-quarts du site de Marignane en l’espace de six ans. Le programme, baptisé Dream (Développer la résilience de l’écosystème aéronautique de Marignane-Vitrolles), veut booster la compétitivité du 3e site industriel français pour mieux capter la croissance espérée du marché de l’hélicoptère.
Les enjeux sont énormes pour l’industriel comme pour la métropole Aix-Marseille, en termes d’emplois (6 000 recrutements dans la filière d’ici 2032), d’aménagement et de formation. Sans parler du montant investi : 600 millions d’euros. Mais malgré l’engagement de l’industriel, rien n’est de joué d’avance. Tour d’horizon complet, en quatre volets (conjoncture, projet Dream, emploi et formation, aménagement) avec Pascal Kuhn. Aujourd’hui, suite avec les enjeux de recrutement et de formation.
En terme d’emploi pour le site, quelles sont les projections ?
Pascal Kuhn : On compte recruter. D’ici 2031-203,2 on compte embaucher 6 000 personnes au total sur la filière Sud Avenir Hélico (qui comprend Airbus et les sous-traitants). Une grande partie de ces postes seront des remplacements de salariés qui partent en retraite. Mais il y aura quand même, sur les 6 000 environ, 2 000 à 2 500 créations de postes neufs. La part d’Airbus correspond à peu près à la moitié à chaque fois. Vous pouvez donc compter sur 3 000 recrutements par attrition et 1 200 recrutements nouveaux.
Il faut vraiment le prendre comme un ordre de grandeur, parce que ça va dépendre de la rapidité de notre transformation et de l’évolution des marchés. La tendance est clairement la possibilité de remplacer les gens qui partent à la retraite et de créer de nouveaux emplois. Et c’est ça qui est fabuleux. On produit un nombre d’hélicoptères qui est de l’ordre de 300 à 400 par an. Et pour ça, on a 12 000 personnes sur le site avec les sous-traitants. Ça veut dire que notre industrie est une industrie de main-d’œuvre, et qu’on a besoin d’énormément de monde.

Quels sont les métiers les plus concernés ?
Pascal Kuhn : La population ouvrière a plutôt tendance à baisser, on fait beaucoup de conception. Les ouvriers, de mémoire, doivent représenter 2 500 personnes sur les 8 500 à 9 000 permanents. Les autres sont les employés techniciens et les cadres. Ces derniers sont très nombreux, notamment les ingénieurs. Nous avons à Marignane un gros bureau d’études. La production de petites séries est l’une des caractéristiques des hélicoptères. En fait, on ne devrait pas s’appeler usine mais manufacture, avec un très fort contenu technologique. Il faut donc du développement, il faut des ingénieurs qui font de la conception. Ce n’est pas comparable par exemple à l’automobile ou à d’autres productions de masse, et c’est tant mieux pour la région et pour le secteur. On est très fier de cela : le site de Marigane est un des plus gros sites de production d’hélicoptères et il fait de la conception également. Oui ! Et donc, quelque part, on peut considérer que Marignane est l’un des lieux de référence de l’industrie hélicoptériste dans le monde.
Concernant le plan de recrutement, êtes-vous en capacité de trouver la main d’oeuvre localement ?
Pascal Kuhn : C’est compliqué parce que le Sud ne forme pas assez d’ingénieurs, c’est connu. Avec l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie Méditerranée, ndlr), dont je suis le président, nous avons des initiatives pour développer des écoles d’ingénieurs. En parallèle, il faut travailler sur la rétention de ces ingénieurs. Le gros drame, c’est qu’une fois formés, ils partent de la région. Donc, il faut leur donner envie de rester dans l’industrie, ici. Et il faut en attirer d’autres. Il faut créer davantage d’écoles.

Et pour le personnel de production, c’est pareil. Il faut, dans la filière notamment de la mécanique, le cœur de notre savoir-faire, former plus de monde. D’où l’idée de cette académie de l’hélicoptère qui aura tout un pan consacré à la mécanique. Elle s’appellera « Mécadémie ». C’est quelque chose de révolutionnaire en France puisque ça va être une académie qui sera gérée sous forme de coopérative avec les sous-traitants et Airbus. On espère démarrer les travaux fin 2026 pour une rentrée en 2028.
Demain, vendredi 26 septembre, lisez la suite et fin de notre entretien
avec Pascal Kuhn consacré aux enjeux d’aménagements et desserte
de l’usine de Marignane et des sites satellites.
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