Pascal Kuhn, le directeur d’Airbus Helicopters à Marignane, a fait le point début septembre avec la rédaction de Gomet’ sur le projet exceptionnel du groupe aéronautique de transformer les trois-quarts du site de Marignane en l’espace de six ans. Le programme, baptisé Dream (Développer la résilience de l’écosystème aéronautique de Marignane-Vitrolles), veut booster la compétitivité du 3e site industriel français pour mieux capter la croissance espérée du marché de l’hélicoptère.
Les enjeux sont énormes pour l’industriel comme pour la métropole Aix-Marseille, en termes d’emplois (6 000 recrutements dans la filière d’ici 2032), d’aménagement et de formation. Sans parler du montant investi : 600 millions d’euros. Mais malgré l’engagement de l’industriel, rien n’est de joué d’avance.
Tour d’horizon complet, en quatre volets (conjoncture, projet Dream, emploi et formation, aménagement) avec Pascal Kuhn. Aujourd’hui, focus sur la conjoncture du marché de l’hélicoptère.
Avant d’évoquer le projet de transformation du site de Marignane, comment jugez-vous la conjoncture du secteur ?
Pascal Kuhn : Le marché de l’hélicoptère connaît une embellie, notamment dans le secteur de la défense qui représente 50 % de notre chiffre d’affaires. Nous percevons la possibilité d’augmenter encore notre activité et d’avoir une croissance durable en développant de nouvelles affaires dans la défense. Je vous rappelle que l’on réalise 50 % de notre activité dans production d’hélicoptère neuf et 50 % en maintien en condition de vol des hélicoptères. Donc c’est très complémentaire et équilibré. Mais si on voit que nous sommes leaders incontestés dans le domaine civil, dans le militaire, on est numéro trois ou quatre, donc il y a du potentiel. Ces dernières années, la France a eu tendance à ne pas suffisamment investir dans le domaine de la défense. Les parcs sont vieillissants alors que les tensions au niveau géopolitique ne laissent pas le choix à certains pays comme la France ou l’Allemagne de se réarmer s’ils veulent assurer leur souveraineté.
Par rapport à la concurrence, on a développé quelque chose qui est également un point fort : nous avons des plates-formes, dites duales, c’est-à-dire que la même famille d’hélicoptères existe pour des clients civils et pour des clients militaires. Ce qui permet d’avoir des disponibilités de pièces plus grandes et des coûts également mieux maîtrisés que si l’on avait des séries spécifiques pour l’armée. Donc, globalement, l’environnement actuel offre des opportunités.
Quels sont les chiffres de croissance envisagés ?
Pascal Kuhn : Cette année, on va livrer 10 % d’appareils en plus par rapport à l’année dernière. La suite ? Ça dépend des réactions de nos clients mais les premiers retours, si vous lisez la presse, montrent qu’il y a régulièrement des commandes qui tombent. La dernière en date étant le Maroc. Il y a des prospects en Roumanie. L’armée française a confirmé par la voix de son ministre qu’elle voulait rénover son parc d’hélicoptères et elle a commandé 169 hélicoptères H 160M Guépard. Et elle a dit qu’il y aurait certainement d’autres commandes. En résumé, on veut renouer avec un cercle vertueux : « Je m’améliore, j’améliore de façon continue ma performance et je gagne de plus en plus de parts de marché. Et donc je grandis de façon durable. »

Quels sont les principaux défis à relever pour saisir ces opportunités ?
Pascal Kuhn : Il y a des risques à ne pas sous-estimer. Je ne vais pas m’étendre sur la situation politique en France… Parallèlement, on constate une grande instabilité au niveau international avec les droits de douane aux États-Unis. Dieu soit loué, il a été décidé de ne pas taxer l’aéronautique. Tout cela créé quand même un environnement qui est incertain avec beaucoup de risques, beaucoup de volatilité. Et donc le maître mot pour nous, c’est notre volonté d’assurer un développement durable grâce à notre agilité. Quand il y a des crises, quand l’environnement évolue vite, ce qui est important pour l’entreprise, c’est sa résilience, c’est-à-dire sa capacité à s’adapter aux crises et à surmonter ces crises. À Airbus Helicopters, c’est l’un de nos points forts parce que nous avons malheureusement été confrontés dans le passé à beaucoup d’épreuves. C’est peut-être aussi un bien. Cela nous a permis de développer cette résilience, cette capacité à entrer dans la crise et à en sortir renforcé.
Mais le site est très ancien et mal adapté…
Pascal Kuhn : Le site de Marignane existe depuis 1936 et il a beaucoup vieilli. Il a grandi au fil des années, en ajoutant des bâtiments provisoires, en faisant des extensions… Et on arrive actuellement à un site qui est complètement saturé, coincé entre l’aéroport et la barrière rocheuse de Vitrolles. Les chiffres clés d’Airbus Helicopters à Marignane demeurent néanmoins très conséquents. C’est le troisième site industriel de France et le premier site industriel du sud de la France. Il emploie 8 500 à 9 000 collaborateurs et de 3 000 à 4 000 sous-traitants. Airbus Helicopters dispose de quatre sites de production. A Paris avec 600 personnes, en Allemagne avec 5 000 à 6 000 personnes, et en Espagne avec un peu moins de 1 000 personnes. Marignane est le plus gros site de la division. Et nous sommes le siège social. C’est ici que se font les décisions. C’est positif.
Demain, mercredi 24 septembre, lisez la suite de notre entretien consacrée au projet Dream pour transformer l’usine d’Airbus Helicopters de Marignane

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