L’heure est au recentrage pour Innate Pharma. La biotech marseillaise d’immuno-oncologie, installée à Luminy, vient d’annoncer une réduction de 30 % de ses effectifs, soit une cinquantaine de postes, à horizon 2026 et une réorientation stratégique vers ses programmes les plus avancés. Une décision difficile mais jugée indispensable par son directeur général, Jonathan Dickinson, dans un contexte de marché tendu pour les sociétés de biotechnologies.
Innate Pharma concentrera désormais ses investissements sur trois programmes phares, trois piliers aux acronymes très techniques mais jugés stratégiques pour les années à venir.
Innate Pharma veut miser sur ses actifs à forte valeur ajoutée
D’abord, l’IPH4502, un anticorps conjugué (ADC), une approche thérapeutique innovante pour différents cancers solides comme ceux de la vessie, du poumon ou du sein. En phase préclinique, il a montré des résultats encourageants, parfois supérieurs à des traitements déjà commercialisés. L’essai clinique de phase 1 a débuté début 2025, et les premières données chez des patients sont attendues en 2026.
Ensuite, le Lacutamab, un anticorps « de nouvelle génération » destiné à certains lymphomes T cutanés, des cancers rares de la peau difficiles à traiter, qui a obtenu le statut de Breakthrough Therapy de la FDA américaine, une désignation qui accélère l’accès aux traitements jugés particulièrement innovants. Ce sésame ouvre la voie à une phase 3, aujourd’hui en préparation, qui sera décisive pour confirmer son efficacité et espérer une mise sur le marché dans les prochaines années. Enfin, le Monalizumab, développé en partenariat avec AstraZeneca, actuellement évalué dans une vaste étude de phase 3 (Pacific-9) sur le cancer du poumon, avec des résultats attendus en 2026.
« Notre priorité est de recentrer nos ressources sur ce que nous pensons être nos actifs cliniques les plus prometteurs et disposant des meilleures chances de succès », explique Jonathan Dickinson, le directeur général d’Innate Pharma, dans un entretien au site Boursorama. Lequel insiste sur la nécessité d’allouer les moyens disponibles à des projets cliniques capables de générer à la fois de la valeur thérapeutique et financière.
Un environnement financier contraint
Les résultats du premier semestre 2025 reflètent cette stratégie de recentrage : une perte nette de 21,3 millions d’euros, légèrement réduite par rapport à 2024 à même époque (24,8 M€), et une trésorerie de 70,4 millions d’euros au 30 juin, contre 91,1 M€ six mois plus tôt, offrant une visibilité jusqu’à fin 2026.

L’entreprise a bénéficié du soutien de Sanofi, qui a investi 15 millions d’euros en capital au printemps, renforçant un partenariat centré sur la plateforme Anket®, dédiée aux anticorps engageant les cellules NK. Mais les revenus issus des collaborations et licences sont en recul marqué (1,7 M€ contre 8,3 M€ un an plus tôt), conséquence du ralentissement de plusieurs programmes et de la maturité des accords existants.
Dans ce contexte, un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) a été annoncé, qui prévoit une réduction d’environ 30 % des effectifs à l’issue du cycle de négociations avec les partenaires sociaux que l’entreprise marseillaise espère voir aboutir à horizon premier semestre 2026, l’objectif étant de ramener les dépenses opérationnelles à un niveau compatible avec l’horizon de financement de la société.
Gouvernance et continuité scientifique
Ce virage s’accompagne de changements dans la gouvernance. Eric Vivier, co-fondateur et figure scientifique historique de l’entreprise, retournera à la recherche académique début 2026, tout en conservant un rôle de conseiller. Yannis Morel, directeur des opérations, endossera également la fonction de directeur scientifique.
Innate reste néanmoins ancrée dans l’écosystème d’innovation marseillais et conserve des collaborations de haut niveau avec AstraZeneca et Sanofi, deux partenaires stratégiques qui continueront de jouer un rôle clé dans son avenir.
Entre incertitudes et catalyseurs à venir
Si la conjoncture reste difficile pour les biotechs européennes, Innate Pharma mise sur une série de rendez-vous cliniques susceptibles de changer la donne : les premières données cliniques d’IPH4502 attendues au premier semestre 2026, et les résultats de la phase 3 du Monalizumab au second semestre de la même année.
En attendant, la société cotée au Nasdaq américain depuis six ans devra convaincre ses investisseurs de la pertinence de son recentrage. « Les mois à venir seront cruciaux pour démontrer que notre stratégie crée de la valeur durable pour les patients comme pour les actionnaires », trace Jonathan Dickinson.
Document source : les résultats financiers d’Innate Pharma au 1er semestre 2025
Lien utile :
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