C’est dans un amphi Gastaut plein à craquer au siège d’Aix-Marseille Université, que le président d’AMU, Eric Berton, a présenté ses voeux 2026, mardi 6 janvier. L’occasion de rappeler quelques temps forts de l’année précédente qui a été « intense et chargée » (version officielle) ou « pourrie » (version cash) lance d’emblée Eric Berton en forme de clin d’oeil aux circonstances adversaires qui ont parsemé 2025.
Les sujets de préoccupations ont en effet été nombreux et 2025 « marque un tournant à plusieurs égards » estime l’universitaire, tant au plan national qu’au niveau international.
La résistance face au désengagement de l’Etat…
En France, si le Parlement n’a toujours pas réussi à voter un budget, « dans l’enseignement supérieur, nous nous préparons à un désengagement de l’Etat, à des réformes qui nous sont demandées mais qui ne sont que très partiellement ou pas compensées. Malgré ce contexte, Eric Berton veut rassurer les personnels. Il assure que « contrairement à certaines universités qui annulent des primes, il n’en est rien à AMU et il n’en a jamais été question » soutient-il « avec force. » Et il ajoute : « Tant que je serai président, je maintiendrai ces primes qui récompensent l’engagement des personnels que je sais très grand tout au long de l’année et je les sanctuariserai.»
De même, face aux réductions des budgets pour la recherche, Eric Berton ne souhaite pas qu’elles aient d’impact « sur le fonctionnement ni sur les conditions de travail et de rémunération des agents.» Il défend « les projets structurels et d’excellence, je me battrai pour cela » et « il faudra être inventif et opiniâtre » pour trouver à les financer.
À l’étranger, la déflagration est venue des USA à la suite de la prise de pouvoir de Donald Trump. « Nous avons assisté à l’impensable, des attaques contre la liberté académique, contre la recherche émanant de la plus grande démocratie du monde. » Il rappelle alors la réaction pionnière d’AMU qui a rapidement lancé l’initiative Safe place for Science en vue d’accueillir des scientifiques venus d’outre-Atlantique, victimes des coupes budgétaires et d’une censure de la nouvelle administration Trump.
… et aux menaces sur la liberté académique
L’initiative d’AMU a suscité un écho bien au-delà du territoire, avec des retombées nationales et internationales comme l’atteste les reportages dans la presse internationale « signe de la gravité du moment que notre intuition était la bonne même si nous aurions préféré nous tromper. Signe surtout qu’Aix-Marseille Université est une structure attractive et reconnue mondialement » souligne Eric Berton qui évoque un total de 600 candidatures reçues depuis le lancement de Safe place for science. Dans le sillage de cette initiative, le président Berton, avec l’ancien président de la République François Hollande, est à l’origine d’une proposition de loi pour la création d’un « statut de réfugié scientifique, un texte qui a reçu le soutien d’une centaine de députés de tous bords de l’échiquier républicain. »
« Il nous faut être conscient de la place stratégique qu’occupe l’université dans la vie démocratique et de ce qui doit nous guider : l’excellence et l’humanité.» Pour ce faire, le président de « l’université socialement engagée » plaide pour la « prise de risque, le pas de côté même si nous devons aller un peu plus au-delà de nos missions stricto sensu. Oser, même si cela doit s’accompagner de critiques de ceux qui n’ont pas eu notre audace et qui préfèrent fonctionner en vase clos.»
Les actions dans la cité sont multiples : en direction du monde économique à l’instar des accords avec CMA CGM, la Caisse d’épargne CEPAC, l’Olympique de Marseille ou encore la Société des eaux de Marseille, du monde de la culture et des sciences, de la lutte contre la pauvreté et la précarité étudiantes mais aussi de la citoyenneté et du vivre ensemble. Deux campagnes ont été initiées par AMU au cours des derniers mois : l’une contre le racisme et l’antisémitisme ainsi que pour l’incitation au vote et l’inscription sur les listes électorales.

« Parce que nous l’avons vu aux Etats-Unis, université et démocratie sont liées et doivent prendre soin l’une de l’autre » martèle le professeur Berton. AMU dévoilera prochainement une grande enquête (Ifop Fondation Jean Jaurès) réalisée auprès de ses étudiants pour les sonder sur leur qualité de vie sur le territoire et leurs attentes. Elle devrait alimenter une interpellation auprès des candidats aux municipales dans les différentes villes où l’université est implantée.
Ecologie industrielle, défense et sécurité, une offre de formation en évolution
L’ancrage territorial de la plus grande université francophone au monde avec 82 000 étudiants et 8000 personnels, se concrétise également par une offre de formation qui évolue en phase avec les mutations.
Eric Berton évoque notamment l’ouverture d’un nouveau diplôme d’ingénieur unique en France consacré à l’écologie industrielle et environnement, d’un diplôme universitaire de management interculturel ou encore la création d’un master spécialisé sur les enjeux de défense et sécurité, d’un nouveau diplôme d’ingénieur sur la même thématique, et le lancement de l’école des transitions pour accompagner la décarbonation industrielle. Et dans le domaine de la santé, l’année qui s’ouvre est marquée par le lancement des travaux du site Paramed, regroupement de tous les métiers du paramédical à l’Hôpital nord.

L’ancrage local n’empêche pas d’aller à la conquête des programmes européens auprès desquels AMU se démarque avec notamment la première place des universités européennes sur l’appel d’offre Cofund, se félicite Eric Berton : « C’est cela l’inventivité et l’excellence d’Aix-Marseille Université.»
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