La Société publique locale d’aménagement d’intérêt national Aix-Marseille Provence (SPLA-IN AMP), créée 2021, trois ans après la catastrophe de la rue d’Aubagne, pour traiter l’habitat dégradé, va livrer ses premières opérations cet automne (gros oeuvre) à des preneurs comme les bailleurs sociaux qui assureront le second oeuvre. De nombreux nouveaux chantiers de réhabilitation ont été lancés au cours du 1er semestre 2025. David Ytier, le président de la structure, fait le point sur ces avancées et les prochains défis.
Vous avez présenté un point d’étape de l’activité de la SPLA-IN AMP que vous présidez, mercredi 27 août. Pourquoi cette date ?
David Ytier : Nous faisons régulièrement, une à deux fois par an, des points d’étape afin de présenter l’avancée opérationnelle de la SPLA-IN AMP. Face à l’impatience légitime des Marseillaises et des Marseillais et à la complexité de ces projets, nous devons rendre compte de l’action que nous menons. Cette date de fin août correspond à une étape clé de nombreux chantiers :
- Finalisation de la phase de gros œuvre clos et couvert du premier chantier de réhabilitation de la SPLA-IN AMP, rue Jean Roque, démarré fin 2024
- Lancement d’une dizaine de nouveaux chantiers de réhabilitation sur le premier semestre 2025
- Démarrage des travaux d’aménagement des espaces publics de proximité sur les secteurs de Noailles et « Cœur Belle de Mai »
- En parallèle du lancement de nouveaux ordres de service d’ici la fin de l’année pour la réhabilitation de nouveaux immeubles.


Vous avez partagé, comme les partenaires, un satisfecit général dans l’exécution de l’action de la SPLA-IN eu égard aux opérations en cours. Quels sont selon vous les principaux éléments de cette réussite ?
David Ytier : Nous avons réussi à unir tous les partenaires institutionnels pour avancer ensemble selon une méthode commune ! Cette méthode s’inscrit dans des cadres contractuels actés (notamment les concessions d’aménagement signées avec la Métropole Aix-Marseille-Provence et Euroméditerranée) et, plus globalement, dans la convention pluriannuelle NPNRU (Nouveau plan national de renouvellement urbain, ndlr) du grand centre-ville. Il s’agit donc de la mise en dynamique d’une véritable cordée de partenaires locaux dont les actions sont fortement soutenues par des moyens financiers conséquents émanant principalement, pour le recyclage de l’habitat privé et de l’aménagement des espaces publics de proximité, de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine et de la Métropole Aix-Marseille-Provence ; et, pour l’amélioration de l’habitat privé, de l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat, de la Métropole Aix-Marseille-Provence et de la Ville de Marseille.
Les aides aux propriétaires privés n’ont jamais été autant « massives et ciblées »
Si le nombre d’immeubles acquis semble déjà significatif, l’impact en termes de logements libérés pour le marché semble mineur. Partagez-vous ce constat ? Le zonage initial du PPA représentait un total de 1 927 logements dans 317 immeubles…
David Ytier : L’action de la SPLA-IN AMP se concentre prioritairement sur les immeubles les plus dégradés. Elle vise notamment la restructuration d’environ 180 immeubles sur le centre de Marseille. A travers cela, il s’agit à la fois de stopper une forme de spirale de dégradation et de produire parallèlement un effet levier maximum sur la requalification des quartiers visés avec notamment, en complément d’intervention, le réaménagement des espaces publics de proximité. En complément de ces 180 immeubles, des OPAH-RU (opération programmée d’amélioration de l’habitat en renouvellement urbain, ndlr) ont été contractualisées pour inciter les propriétaires privés à réhabiliter leur patrimoine.

(Source : SPLA-IN AMP)
Sur la période 2025-2030, il est attendu sur les trois secteurs OPAH-RU du grand centre-ville (Noailles, Belle de Mai, Hoche-Versailles-Pelletan) d’intervenir sur plus de 150 immeubles privés (copropriétés et mono-propriétés) correspondant à plus de 1 000 logements. Les aides aux propriétaires privés n’ont jamais été autant massives et ciblées et vont nous permettre d’atteindre les objectifs initialement fixés.
Quels sont les objectifs actualisés de la structure que vous présidez en terme d’acquisition et de mise sur le marché ?
David Ytier : Actuellement, à travers l’ensemble des concessions d’aménagement contractualisées (concession Multisites, concession Noailles-Cœur Belle de Mai, concession Crottes-Cabucelle signées avec la Métropole Aix-Marseille-Provence, ndlr) c’est un peu plus de 200 immeubles dégradés qui sont en objectif d’acquisition et de requalification complète par la SPLA-IN AMP. En moyenne, 70% des logements issus des immeubles recyclés seront destinés à du logement locatif social, 25% aux contreparties foncières d’Action Logement (principal financeur de l’Anru) et 5% pour une programmation diversifiée et innovante.

La crise multiforme du logement a-t-elle pesé sur l’activité de la SPLA-IN ?
David Ytier : À travers notamment l’appui de la solidarité nationale et le soutien fort des acteurs locaux, au premier rang desquels la Métropole, la SPLA-IN AMP a la chance de pouvoir agir sur une vision à 10 ans et en profondeur sur du moyen-long terme. Dans cette période de crise du logement, c’est plutôt rassurant de pouvoir tenir nos objectifs et de poursuivre selon le cap fixé.
« Notre action permet d’enrayer la spirale infernale de l’habitat indigne dans le centre-ville de Marseille »
Etes-vous satisfait des partenariats établis avec les acteurs de l’immobilier ? Quelles seraient les pistes pour les améliorer ?
David Ytier : À travers, entre autre, le suivi-animation des OPAH-RU, la SPLA-IN AMP dialogue en permanence avec les professionnels de l’immobilier, notamment ceux en charge de la gestion locative (syndics, gestionnaires de bien, etc). Nous le faisons aussi à l’échelle métropolitaine et dans les fonctions, à travers les différents dispositifs que nous portons et au sein du Comité métropolitain de l’Habitat lancé en juillet dernier par la présidente Martine Vassal. D’une manière générale, je crois que nous parvenons à rassurer certains acteurs en trouvant un chemin face aux difficultés structurelles que peuvent connaître des dizaines d’immeubles très dégradés. Notre action permet d’enrayer la spirale infernale de l’habitat indigne dans le centre-ville de Marseille. Nous le faisons d’abord pour les habitants, pour leur permettre d’être mieux logés. Mais tous les acteurs de l’immobilier bénéficieront de ce cadre de vie amélioré.
Pour continuer d’agir, pouvez-vous faire un point sur les financements dont dispose la SPLA-IN ?
David Ytier : Dans le cadre de ses concessions d’aménagement, notamment celles du centre-ville, la SPLA-IN AMP dispose d’une aide globale provenant de l’Anru d’environ 120 millions d’euros pour le recyclage des immeubles dégradés et l’aménagement des espaces publics de proximité, des financements complémentaires à montant quasi équivalent des opérations se faisant sous forme de participation d’équilibre de la part des concédants : la Métropole Aix-Marseille-Provence et Euroméditerranée.

En termes d’organisation territoriale, la rénovation urbaine concerne de nombreux intervenants. Le mille-feuille que vous appeliez à simplifier en 2021 dans un entretien à Gomet’ a-t-il été clarifié ?
David Ytier : Il n’a pas été simplifié, malheureusement, mais nous apprenons tant bien que mal à vivre avec ! Tellement de simplifications pourraient faciliter et accélérer nos projets… Dans la mesure de mes moyens, dans le cadre de ma délégation métropolitaine comme à la SPLA-IN AMP, j’essaie toujours de simplifier l’organisation quand c’est possible et de le faire notamment pour les habitants. Dans le centre-ville de Marseille, la SPLA-IN AMP permet sur le sujet de l’habitat dégradé d’assurer la coordination des acteurs et, progressivement, de donner une porte d’entrée unique et identifiable par tous, institutions et habitants. C’est complexe à organiser bien sûr et à maintenir, mais cela simplifie le quotidien des habitants concernés. C’est déjà une grande satisfaction !
L’extension du périmètre d’action d’Euroméditerranée, notamment dans ses franges, est-il un élément de dynamisation ou de complexification ?
David Ytier : À ce stade, difficile de le savoir mais Euromediterranée fonctionne très bien, son historique et son savoir-faire peuvent aider bien au-delà de son périmètre historique. Je fais confiance à la présidente Laure-Agnès Caradec pour porter cette nouvelle dynamique.
SPLA-IN AMP : une mission stratégique sur plusieurs grandes copropriétés hors Marseille
La SPLA-IN était envisagée dès son origine comme outil pouvant intervenir sur d’autres communes métropolitaines. Cet objectif comme celui du PPA sont-ils abandonnés ?
David Ytier : Nous avions convenu, unanimement et dans un premier temps, de nous concentrer sur les défis hors normes du centre-ville de Marseille. Le conseil d’administration a considéré depuis le début de l’année que nous étions désormais en mesure d’accompagner d’autres communes, j’y étais très attaché. Le savoir-faire acquis face aux enjeux marseillais doit petit à petit nous aider à déployer une stratégie opérationnelle de lutte contre l’habitat dégradé dans toute la Métropole, et notamment dans les centres anciens.
Par conséquent, la Métropole vient de confier à la SPLA-IN AMP une première mission hors Marseille. Nous allons venir en appui de la commune d’Auriol, dont le centre-ville est actuellement concerné par de très nombreux arrêtés de mise en sécurité d’immeubles et d’une accélération de ce phénomène ces derniers mois. Par ailleurs, la Métropole a également confié à la SPLA-IN AMP, en juillet dernier, une mission stratégique sur les grandes copropriétés dégradées. Parmi celles ciblées par ce travail, plusieurs grandes copropriétés sont situées hors Marseille, à Marignane, Aix-en-Provence et Berre-l’Etang. À terme, la SPLA-IN AMP doit devenir l’outil métropolitain unique chargé d’impulser ou de porter ces vastes opérations de réhabilitation de l’habitat privé dégradé sur tout le territoire. Avec la présidente de la Métropole, notre ambition est intacte sur cet objectif.
SPLA-IN AMP : chiffres clés et gouvernance
Lors de sa constitution, la SPLA-IN AMP a été dotée d’un capital initial de 14,29 M€ réparti entre ses trois actionnaires de la manière suivante : Etablissement Public d’Aménagement Euroméditerranée (actionnariat porté pour le compte de l’Etat), contribution de 5 M€ ; Métropole Aix-Marseille-Provence, contribution de 8,43 M€ ; Ville de Marseille, contribution de 860 000 €. Le Conseil d’administration de la SPLA-IN Aix Marseille Provence est composé de : dix représentants de la Métropole Aix-Marseille-Provence, un représentant de la Ville de Marseille, deux représentants de l’EPA Euroméditerranée, deux représentants de la Préfecture des Bouches-du-Rhône, un représentant du Ministère chargé de l’urbanisme, un représentant du Ministère chargé du budget. Actuellement, la SPLA-IN AMP compte une quarantaine de collaborateurs (source : SPLA-IN AMP).

Liens utiles :
> L’actualité de la SPLA-IN AMP dans les archives de Gomet’
> Le site de la SPLA-IN AMP











