En apparence, ce serait une start-up jeune, née tout juste en 2023. En fait, il s’agit d’un spin-off du CEA (le 250e) et sa technologie est le fruit de 10 ans de recherche de Mathieu Darnajou. Le projet Fluiidd a émergé en 2013 au sein du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives dans le cadre d’un programme de R&D sur les réacteurs nucléaires du futur.
Après sa thèse en 2020, Mathieu Darnajou a initié ce projet de start-up via le programme d’essaimage Magellan du CEA, au sein duquel il était jusque-là chef de groupe pour l’instrumentation de sûreté des réacteurs nucléaires et docteur en instrumentation. Durant cette phase, il a constitué une équipe qui a permis de faire avancer la maturation technologique, les études de marché, avec l’obtention du prix i-lab en 2023 décerné via le plan France 2030. À la clôture du programme Magellan, Mathieu Darnajou a croisé le chemin de Philippe Guenebaud, fondateur et serial entrepreneur dans l’IoT qui affiche au compteur 36 ans d’expérience dans la création, la construction et la gestion de sociétés high-tech.
Fluiidd ou la maintenance prédictive industrielle
Quelle est leur innovation ? Un capteur intelligent de rupture pour la maintenance prédictive industrielle. Pas de caméra, de câble, de démontage ou d’intrusion dans le système industriel. Il s’agit d’un capteur fixe (image ci-dessous), qui détecte des informations qui passent en dessous des radars habituels. Ce qui ressemble à un simple anneau est une batterie de capteurs qui détectent en temps réel la pollution anormale, les défauts de la canalisation, les flux inhabituels, les anomalies invisibles (blocages, bulles, dépôts…)
Les informations sont ensuite transmises à un système d’interface IA qui analyse les datas et permet de diagnostiquer en temps réel le problème et de planifier l’intervention en amont du blocage ou de la pollution industriels. Ce dispositif aide ainsi les industriels à éviter les arrêts non planifiés, à réduire leur consommation d’énergie et à améliorer la fiabilité de leurs installations.

Une innovation de rupture
Les études de marché ont clairement démontré une forte demande pour cette solution technologique dans toutes les industries de process. La BPI a apporté son soutien. À l’heure actuelle, l’industrie agroalimentaire semble la plus intéressée. Un géant du lait canadien étudie in situ le procédé Fluiidd. Il voit dans ce nouveau process un potentiel d’économie, si les pollutions sont détectées à temps et si les canalisations sont sécurisées.
« Le client, souligne pour Gomet Mathieu Darnajou, a besoin d’être rassuré. Nous sommes sur une innovation de rupture, il n’a pas l’habitude, il a besoin de plus en plus de data vérifiables sur son produit et de vérifier la POC (le « proof of concept » ou « preuve de concept » en français, NDLR) de notre service. »
Une première levée de fond de 700 000 €
Pour l’instant, la société Fluiidd fonctionne comme un bureau d’études et vend de la prestation avec une capacité à tester leur innovation en situation réelle sur les outils industriels. « Nous avions envisagé une levée de fonds importante, confie Mathieu Darnajou, mais nous nous sommes heurtés aux difficultés actuelles du marché. Et nous avons fait le double choix de continuer à agir et à vendre comme bureau d’études d’une part, et d’autre part à faire une levée de fonds auprès des business angels et du fond Région sud Invest. Nous avons levé 700 000 € qui nous permettent d’engager une politique commerciale plus intensive et de faire croître notre chiffre d’affaires. Notre business model dans cette configuration peut nous dispenser d’une deuxième levée de fonds. »
Mathieu Darnajou fait en direct ses calculs : si une laiterie s’équipe, il lui faut un bon nombre de capteurs Fluiidd. Et si la laiterie appartient à un réseau, le chiffre d’affaires est démultiplié. « Notre volonté est de vendre du volume», dit-il. Le produit est en cours de certification et pourra être mis sur le marché au milieu de 2026. CEA Investissement est actionnaire à 15 %, Fluiidd rémunérera le CEA pour la licence d’utilisation des brevets et les fondateurs restent majoritaires.
Lien utile :
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