Les résultats financiers d’Enogia pour le premier semestre 2025 marquent un tournant. L’entreprise affiche un résultat positif, de peu, mais il est significatif. La marge d’Ebitda est en croissance à 12,7 %, l’activité a connu une progression de 51 %, sans que les charges salariales dérapent, l’endettement brut est en légère baisse et le cash en progression. Mais, ce qui rassure les investisseurs, c’est que le plan arrêté en 2023 tient ses promesses, la progression annoncée du chiffre d’affaires de 50 % pour 2025 est à portée de main.
De Finlande où il va rencontrer, loin, les prospects, Arthur Leroux confirme pour Gomet’ que « l’objectif annoncé d’un chiffre d’affaires de 12 millions d’euros sur toute l’année est dans les tuyaux grâce à un carnet de commandes record, à 17,60 M€ au 30 juin ». En progression de 21 % par rapport à fin 2024.

Devant un parterre d’acteurs financiers, Arthur Leroux et Antonin Pauchet ont rappelé, le 8 septembre, les fondamentaux de l’entreprise : « 72 % de la production mondiale d’énergie primaire est actuellement perdue sous forme de chaleur fatale et 63 % de cette chaleur est à une température inférieure à 100 °C ». Une ressource colossale que les fondateurs d’Enogia ont réussi à transformer grâce à des process novateurs longuement mûris, entre Gadz’Arts, au milieu des vignes, dans le petit village de Saint-Nazaire (Gard rhodanien).

Depuis l’entreprise a convaincu, mais elle fut pendant de longues périodes à la recherche de ses marchés. Si tous les observateurs industriels sont convaincus par la ressource et par l’innovation de rupture, il fallait trouver les produits conformes en prix et en service à ce qu’attendent les industriels. L’entrée en bourse s’était faite tambour battant avec des prévisions qui étaient alors « tendance », grâce à des courbes de croissance exponentielles promettant un chiffre d’affaires de 95 millions d’euros cette année. La courbe ne fut pas exponentielle. Mais l’arrivée de Faurecia au capital, en 2018, a été une étape de crédibilité industrielle incontestable.

90 % du chiffre d’affaires d’Enogia est concrétisé à l’international
En 2023, les managers ont fait une sérieuse reprise en main, ils ont diminué les coûts et les effectifs qui sont passés de 60 à 40 salariés et accentué les perspectives vers l’international. Le marché domestique s’est révélé décevant. « Nous allons vers des pays qui ont des cycles de décision plus rapides ! », confie Arthur Leroux. Aujourd’hui près de 90 % du chiffre d’affaires est concrétisé à l’international qui tire la croissance avec des résultats significatifs en Corée du Sud ou à Taïwan.
200 modules ORC en service dans le monde
Les modules ORC [1] d’Enogia, construits dans les quartiers nord de Marseille (15e), trouvent des applications dans l’environnement, avec les groupes électrogènes ou la biomasse, dans la géothermie, dans l’industrie, avec tous les systèmes de refroidissement, et dans le maritime qui doit réinventer sa motorisation. Aujourd’hui, 200 modules ORC d’Enogia sont en service dans le monde. « Nous avons tenu le choc et nous avons rebondi parce que nous avons une supériorité technologique reconnue et que nous avons fait le choix de l’export », explique Arthur Leroux.

La Bourse a salué cet effort et si l’on reste loin du cours d’introduction à 11,60 €, la remontée est progressive, constante et solide.
2025 marque donc la fin du cycle de redressement amorcé en 2023. Et les managers ont présenté aux investisseurs, lors de la réunion du 8 septembre, l’étape suivante, avec un plan baptisé « Turbo 2028 ».

« Turbo 2028 », un plan d’avenir en trois axes
A cette occasion, trois axes de développement ont été révélés. Sur le plan industriel, d’abord, l’entreprise se développe sur les ORC de petites puissances, avec lesquels elle connaît une forte croissance, et va étendre sa production vers le segment des moyennes puissances, quatre fois plus important. La stratégie internationale a permis un beau développement dans les pays européens et en Asie. Les nouvelles cibles sont en Asie du Sud-Est, avec des potentiels en géothermie et en biomasse, et en Amérique du Sud, qui a des besoins énergétiques insatisfaits.
Deuxième axe : si le modèle économique est toujours basé sur la vente des ORC ou sur la vente d’ingénierie, il s’ouvre à l’offre Green Shield Power, solutions portées par Enogia Assets Industry qui a été construite avec l’Ademe dans le cadre d’un joint venture. L’entreprise se rémunère sur l’énergie produite pour le client et vendue à des tarifs préférentiels. Enogia Assets Industry finance les coûts initiaux (équipement et installation) puis facture l’énergie produite.
Enfin, la recherche continue, bien sûr, d’abord pour améliorer les modèles ORC, ensuite pour développer des turbomachines qui s’inscrivent dans la production et le stockage d’énergie. Cette politique continuera de s’appuyer sur des partenariats, à l’image des récentes collaborations engagées avec Neext Engineering (fluides réactifs pour améliorer le rendement des modules ORC) ou encore, dans le CO2 supercritique, avec le consortium SCO2OP-TES ainsi qu’avec Sunbo.

Les effectifs doivent progresser modérément, mais devraient atteindre une centaine de salariés en 2028. « Il faudra pousser les murs », concède Arthur Leroux, le site industriel étant déjà une vraie ruche. Il envisage des partenariats internationaux et/ou acquisitions ciblées pour rester agile.
L’ambition est toujours de construire un leader mondial des ORC modulaires avec un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros, une marge d’Ebitda de 20 % et un cash-flow positif.
[1] Une machine à cycle organique de Rankine (ou ORC, pour Organic Rankine Cycle en anglais) est une machine thermodynamique produisant de l’électricité à partir de chaleur, dont la chaleur fatale industrielle.
Liens utiles :
> L’actualité d’Enogia dans Gomet’








