Pascal Kuhn, le directeur d’Airbus Helicopters à Marignane, a fait le point début septembre avec la rédaction de Gomet’ sur le projet exceptionnel du groupe aéronautique de transformer les trois-quarts du site de Marignane en l’espace de six ans. Le programme, baptisé Dream (Développer la résilience de l’écosystème aéronautique de Marignane-Vitrolles), veut booster la compétitivité du 3e site industriel français pour mieux capter la croissance espérée du marché de l’hélicoptère.
Les enjeux sont énormes pour l’industriel comme pour la métropole Aix-Marseille, en termes d’emplois (6 000 recrutements dans la filière d’ici 2032), d’aménagement et de formation. Sans parler du montant investi : 600 millions euros. Mais malgré l’engagement de l’industriel, rien n’est de joué d’avance. Tour d’horizon complet, en quatre volets (conjoncture, projet Dream, emploi et formation, aménagement) avec Pascal Kuhn. Aujourd’hui, la suite et la fin de notre entretien avec les sujets d’aménagement et de desserte.

Peut-on considérer que les questions de foncier, qui ont souvent été un handicap pour le site, sont réglées ?
Pascal Kuhn : Comme le site est encaissé, nous voulons le concentrer sur les activités de production à côté de la piste de l’aéroport. Et pour tout ce qui est fonctions support, nous allons créer des satellites. L’un d’entre eux commence à émerger vers la zone de Marignane Les Floride avec une vocation essentiellement logistique. Avec Cap Horizon Vitrolles, il s’agit de développer la sous-traitance avec Airbus. On y trouve déjà des bureaux comme ceux de Cap Gemini. Et à côté de la gare, chose très importante pour nous, on devrait commencer l’année prochaine la construction de notre académie de l’hélicoptère dont j’ai parlé précédemment, sur un terrain qui appartient aujourd’hui à la Métropole. Enfin, nous sommes en train de réfléchir à développer un pôle drone (lire plus bas).
Concernant le sujet des transports et de la desserte du site, tout est réglé pour Airbus ?
Pascal Kuhn : Cela reste un point noir. Il faut d’abord aménager l’ensemble intelligemment pour être en situation compétitive. Près de la gare, il faut mettre par exemple la formation pour que les jeunes puissent venir en train ; à côté des pistes, il faut mettre les lignes d’assemblage afin que l’appareil qui sort de l’usine puisse tout de suite voler ; la logistique peut être un plus loin mais pas trop non plus. On appelle ça un schéma directeur, pour utiliser intelligemment l’espace et éviter les problèmes de transport.

Mais 90 % de nos salariés viennent encore en voiture. Je préfèrerais utiliser les parkings pour faire de la production plutôt que pour abriter des voitures. On a toujours un gros défi avec la Métropole et la Région pour changer les habitudes de nos salariés, encourager le covoiturage, l’utilisation du train, l’utilisation du bus. Mais franchement, ça fait plaisir : si vous allez actuellement à la gare de Vitrolles, vous voyez les travaux pharaoniques du funiculaire, c’est-à-dire la liaison gare ferroviaire – gare routière. Ça montre que le changement est en marche.

Il y a aussi le chantier du téléphérique pour relier la gare, le site et l’aéroport. Cinq ans de chantier, c’est long…
Pascal Kuhn : Oui. Tout est compliqué. Certes, il faut écouter et ne pas faire n’importe quoi. Mais il faut être conscient que l’on est dans un monde qui ne fait pas de cadeaux. Si nous, nous ne sommes pas compétitifs et nous ne sommes pas dans les temps, c’est un autre qui raflera la mise. En Allemagne ou en Espagne aussi, on a envie de vivre et c’est normal. Ils veulent attirer de l’industrie. Les Allemands sont très dynamiques à ce niveau-là avec un budget d’augmentation des investissements de 515 milliards d’euros. C’est énorme ! Je le dis clairement : en France, il faut que l’on fasse très attention. C’est bien de tergiverser, de tout discuter 50 fois, mais quand un marché tire, il faut répondre. A défaut, on prend le risque de le perdre. Or, le Premier ministre l’a dit comme son ministre : l’industrie crée des richesses, permet d’exporter, d’équilibrer les comptes sociaux avec le travail généré, les impôts et charges versés. Et ça, on le dira jamais assez. J’ai rencontré récemment le patron de l’Urssaf et je lui ai annoncé une bonne nouvelle : vous allez avoir 100 millions de masse salariale en plus dans les années qui viennent si notre projet se réalise.
« Regrouper l’activité drone d’Airbus Helicopters aux Milles ou… ailleurs »
Aujourd’hui, nous avons une équipe d’une cinquantaine de personnes, mais on pourrait regrouper cette activité en France et tripler l’effectif. C’est certainement un marché qui est prometteur. Dans notre approche, le drone est complémentaire de l’hélicoptère. On peut engager des drones qui coûtent moins chers, qui sont plus légers. Par exemple dans la surveillance des forêts du littoral, un drone peut faire ça. Avec 14 heures ou 20 heures en vol, il va surveiller. Et s’il détecte une personne en détresse, le drone ne va pas pouvoir aller secourir la personne donc il va appeler l’hélico qui lui va venir sauver la personne. De la même façon, un drone qui découvrirait un feu de forêt, appellerait un hélico qui viendrait éteindre l’incendie. Un drone qui va découvrir une menace dans le domaine militaire, comme un sous-marin, va appeler l’hélicoptère pour venir le prendre en chasse.
Quand est-ce que la décision de créer ce pôle drone sera prise ?
Pascal Kuhn : On est en train de la prendre. On réfléchit où l’on va s’installer. Cela pourrait être aux Milles, où l’équipe actuelle de 50 ingénieurs est localisée, mais ça pourrait être ailleurs. Il y a eu récemment un contrat avec le VSR 700 développé sur la base d’un hélicoptère civil produit par Guimbal qui est une PME des Milles. C’est remarquable avec une conception et une production sur le territoire de la métropole. C’est très prometteur.

Retrouvez lundi 29 septembre, dans Gomet’ L’Hebdo,
l’intégralité de notre entretien avec Pascal Kuhn
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