Mieux qu’une école des transitions avec des murs. Polytech Marseille, l’école d’ingénieurs d’Aix Marseille Université invente un nouveau type de campus sans cloison en dur mais avec une empreinte territoriale qui se veut bien plus forte. Le campus des transitions industrielles lancé jeudi 1er octobre sur le site de Polytech sur Technopôle de Château-Gombert, se présente avant tout comme « une méthode, sans murs ni guichets, pour faire travailler ensemble ce qui existe déjà » revendique Romain Laffont l’hyperactif patron de Polytech, également directeur de la Fondation d’AMU et vice-président en charge des partenariats avec le monde économique.
Grand ordonateur du projet, il est à la manoeuvre depuis presque deux ans pour convaincre les uns et les autres d’embarquer dans une aventure qui vise à accompagner la mutation du territoire engagée dans la décarbonation industrielle. La grande affaire du territoire se déploie à l’Ouest, sur la zone de Fos-Berre, où les projets de giga factory et la sortie des énergies fossiles ouvrent une nouvelle ère industrielle. Pour réussir la révolution qui démarre, de nombreux défis sont posés à commencer par celui des compétences.

Campus des transitions industrielles : « une mise en mouvement » (Eric Berton)
Après avoir démontré au cours des dernières années sa capacité à créer des diplômes répondant à des besoins nouveaux (un diplôme d’ingénieur en écologie industrielle et environnement, un mastère spécialisé Economie circulaire et organisation durable, un DU d’expert de la décarbonation, un mastère spécialisé — Bâtiment en climat chaud à venir …) Polytech et Aix Marseille Université veulent franchir une nouvelle étape, en se positionnant comme un acteur territorial qui prend pleinement part aux changements en cours. La démarche est globale et généralisée avec trois missions principales : « sensibiliser, pour pour une industrie plus juste, former, pour une industrie plus forte, accompagner, pour une industrie plus résiliente.»
Romain Laffont : La décarbonation réussira au rythme où nous formerons les gens qui la feront
Eric Berton, le président d’AMU qui ne manque jamais une occasion de porter plus haut l’ambition de la première université francophone au monde, «socialement engagée » pour « faire société », considère que « le Campus des transitions Industrielles met en mouvement ce que l’université possède déjà : quatre-vingt-quatre mille étudiants, cent vingt-trois structures de recherche, dix-sept composantes, au service d’un enjeu qui dépasse chacune d’elles prise séparément. » Un dépassement donc qui n’est pas technique mais bien humain. « La décarbonation ne butera pas sur la technologie. Elle réussira au rythme où nous formerons les gens qui la feront » reprend au vol Romain Laffont.
Alors au-delà des bonnes intentions, comment va fonctionner le nouveau campus qui ressemble d’abord à un label ? Au coeur du système : l’esprit d’ouverture et de coopération territoriale avec trois acteurs clés, les étudiants, les enseignants et les entreprises et/ou institutions du territoire. Le campus « n’a pas d’adhérents mais des participants » soutient Romain Laffont qui a déjà ouvert la porte et séduit les premiers partenaires à l’instar du groupe Suez dont la directrice régionale eau, Laurence Perez, dit sur place, tout le bien qu’elle pense de l’initiative comme Sandrine Motte, la directrice générale de la Société des eaux de Marseille.

Ce que le Campus ajoute :
● La création de parcours interdisciplinaires que les composantes ne proposent pas aujourd’hui.
● De nouveaux modules intégrables aux formations existantes.
● Le soutien à des thèses CIFRE co-portées entre industriels et laboratoires d’Aix-Marseille Université.
● La formation de formateurs : 32 stagiaires.
● Des outils de sensibilisation à la décarbonation industrielle auprès des jeunes de la 3e à bac +2, co-construit avec les industriels.
Ils sont d’ailleurs nombreux cet après-midi venus d’horizons variés pour soutenir le lancement du campus des transitions industrielles. Les élus, comme l’ancien député Jean-Marc Zulesi, et d’autres plus récents dans leurs fonctions : Pascaline Lécorché pour la Métropole Aix-Marseille Provence, Sylvain di Giovanni pour le Département et Candice Le Tourneur pour la Ville de Marseille. représentent les collectivités locales aux côtés de nombreux chefs d’entreprises, de responsables de formations, de réseaux professionnels et de syndicats (UPE 13, Les entrepreneurs 13) de structures d’innovation comme les directeurs de la Satt Sud Est et de la Cisam PUI Provence, respectivement Laurent Bally et Charlie Barla.

Charlie Barla (Cisam, PUI Provence) : des chaires industrielles lancées en 2027
Ce dernier, invité à prendre la parole n’hésite pas à saisir la main tendue du Campus pour joindre l’utile à l’agréable : en évoquant le milliard glané par AMU sur les subsides de France 20230 (sur les 54 milliards distribués au niveau national, excusez du peu !) déclare celui qui est également VP d’Aix Marseille université délégué à l’innovation et à la valorisation annonce que des chaires industrielles vont être lancées à partir de 2027.
« Amu et les partenaires de la fondation Amidex investiront un million d’euros par an aux côtés des entreprises sur des sujets en lien avec la décarbonation, les technologies pour la santé, le développement durable et les industries culturelles et créatives. Charlie Barla précise au passage qu’un réseau de chargés d’affaires est disponible au sein de la Cisam pour accompagner les entreprises et les laboratoires « afin de constituer les dossiers à déposer entre janvier et mars 2027.»

Une somme qui vient s’ajouter à des moyens déjà bien identifiés. Car le Campus des transitions, issu du projet Janus (Jalon dans l’Apprentissage des ingénieurs pour une Nouvelle ère Soutenable), nom de code du projet porté par Aix Marseille Université dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt « Compétences et Métiers d’Avenir » est soutenu à hauteur de 2,5 M€ par une enveloppe France2030 opérée par l’ANR (Agence nationale de la recherche).
4000 ingénieurs formés chaque année à la décarbonation
Des moyens donc et une ambition chiffrée : 4 000 élèves ingénieurs formés chaque année aux enjeux de la décarbonation, 250 micro-certifications délivrées pour répondre aux besoins des entreprises, 60 000 collégiens et lycéens sensibilisés aux métiers de l’ingénierie durable. Alors il n’y a pas de temps à perdre.
Entreprises, collectivités, étudiants, salariés : vous avez un besoin de compétences, un verrou technique ou l’envie de rejoindre la gouvernance et de participer au grand mouvement de transition ? Le campus qui compte déjà dans son collectif des acteurs de poids (le Grand Port de Marseille Fos, la CCIAMP, le Campus d’Excellence Industrie du futur – Sud, le CFAI Provence, Suez, la Société des Eaux de Marseille, le Club Top 20, EDF ou encore STMicroelectronics.
L’économiste et entrepreneur Jean-Baptise Jaussaud, conclut de brillante manière en évoquant la raison d’être et l’organisation « en grappes » du Campus des transitions industrielles. Et le président du conseil de l’école Polytech Marseille donne rendez-vous pour de prochaines rencontres car « le cluster c’est vous. »

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