Julien Coffinier, le président du directoire d’Aéroport Marseille Provence, a accordé une interview exclusive à Gomet’ lundi 5 janvier. Le dirigeant, qui boucle son premier exercice complet à la tête de la deuxième plateforme aéroportuaire régionale française, fait le point sur les résultats 2025 et détaille les différents projets et investissements programmés jusqu’au tournant de la prochaine décennie.
Un grand entretien que nous publions en sept volets. Après un focus lundi dernier sur la transformation du terminal 2 dédié aux compagnies low cost, la stratégie sur le long-courrier mardi, le projet immobilier tertiaire Aequatio mercredi, les développements autour du hub énergétique jeudi, le contrat de régulation économique avec l’Etat vendredi, nous revenons aujourd’hui sur le projet, à l’ouest de l’aéroport, avec Airbus Helicopters baptisé Kairos.
Concernant le projet à l’ouest de l’aéroport, présenté en décembre dernier lors du lancement de l’OIR Défense ét sécurité, comment va-t-il s’organiser ?
Julien Coffinier : Kairos avec Airbus, c’est un nom de projet. La zone ouest est dans la concession. Il y a une zone humide que l’on ne peut pas toucher et on continue à la préserver. Après, nous avons identifié deux zones que l’on peut développer. L’une sans aucune contrainte car le PLUI et le Scot nous le permettent. Une autre plus problématique avec le Scot qui vient de la classer en juillet comme une zone agricole. Pour autant, sur certains projets d’intérêt général, notamment pourvoyeurs d’emplois, l’Etat peut avoir son appréciation afin de permettre de les développer.

Le premier temps est de partir sur ce qui est possible immédiatement. Ici vous avez des friches industrielles et deux hangars Boussiron dont l’un est inoccupé. A l’arrière, il y a d’autres bâtiments. On pourrait réaménager l’ensemble de la zone en réhabilitant ces friches, en créant d’autres bâtiments, et tout ça pour servir un objectif régional extrêmement fort de développer la filière défense et aéronautique. C’est le meilleur emplacement possible. Pourquoi ? Parce que vous distinguez la partie commerciale, civile, publique, aérienne et une partie réservée au militaire. Je pense que les armées apprécient cette approche de pouvoir avoir un espace qui soit dédié aux armées.
Et donc le projet Kairos consiste, avec Airbus, à étudier comment développer à l’ouest, sur une partie du foncier, un centre de ressources, de formation aussi de maintenance de la flotte d’hélicoptères militaires d’Airbus au bénéfice des armées. Mais une fois qu’on a dit ça, il reste encore plein de fonciers possibles.
Quel est le degré de maturité de ce projet ?
Julien Coffinier : Je pense que le plus important, c’est qu’on s’est accordé sur la volonté de faire ça ensemble. Maintenant, c’est comment on met en œuvre, à quelle vitesse, quels sont les moyens financiers nécessaires. Et quand on parle des moyens financiers nécessaires, ce qu’on voit bien, c’est que la réhabilitation de friches industrielles, cela coûte extrêmement cher. Donc pour que ce soit rentable pour AMP et pour Airbus, il va falloir trouver des moyens de financer qui soient innovants et avec probablement des aides européennes.
Quand je dis innovant, c’est qu’il s’agit de trouver les moyens de bénéficier à la fois d’un financement classique très attractif, mais aussi de subventions ou d’aides, qui permettent de réhabiliter de la fiche industrielle au bénéfice de la défense. Car si on faisait tout cela avec nos fonds propres, on demanderait des loyers complètement délirants qui tueraient le projet immédiatement.
Il n’y a pas de problèmes de compatibilité avec le trafic sur les pistes d’AMP, avec le trafic commercial ou fret déjà présent ?
Julien Coffinier : Ce n’est pas gênant du tout. Il y a la piste principale et la piste secondaire. Cela fonctionne déjà puisqu’une partie des bâtiments sont utilisés (Sabena dans un des hangars Boussiron, ndlr). Et aujourd’hui, les Airbus Helicopters viennent décoller depuis la piste.
On a du foncier, sachez-le, on va étudier tous les projets
Parallèlement, vous proposez un projet MRO. De quoi s’agit-il ?
Julien Coffinier : Il y a en effet encore du foncier disponible pour travailler sur un projet de ce type. Le message que l’on veut envoyer est que, personne ne le sait, nous avons énormément de foncier pour accompagner des projets stratégiques de la région sud, et en particulier le projet d’OIR défense. Nous sommes ici sur un bassin d’emplois important, il y a des ingénieurs… Notre plateforme est ouverte 24h/24. Il y a plein d’avantages à se développer ici d’où ce projet de MRO (Maintenance, Repair and Overhaul, ou maintenance, réparation et révision, en français, ndlr) qui rassemblerait des compétences de maintenance et réparation. On a du foncier, sachez-le, on va étudier tous les projets.

Quelles sont les prochaines étapes sur ces projets ?
Julien Coffinier : Nous avons des réunions extrêmement régulières avec Airbus. Nous tenons des comités mensuels et des comités trimestriels. On parle de tous les sujets qu’on peut avoir en commun. Les accès, les mobilités douces entre nos sites, le projet de transport par câble avec la gare de Vitrolles et le projet Kairos. Donc aujourd’hui, c’est lancé. On a officialisé notre désir de créer cette dynamique défense-armée. Maintenant, il faut qu’on la mette en œuvre, qu’on trouve les bonnes idées et surtout qu’on trouve des financements qui font que ce sera attractif pour Airbus d’un point de vue économique aussi.
Comment vous organisez-vous pour trouver ces financements ?
Julien Coffinier : On se rapproche des collectivités pour informer de notre désir et de notre volonté et on commence à nouer quelques discussions avec des administrations et des autorités qui pourraient nous accompagner sur la mise à disposition de fonds ou de financements.
Les projets autour des bases aériennes d’Istres (Pôle Jean-Sarrail) et de Salon (plateforme d’innovation NX) sont déjà nombreux. Est-ce qu’il y a de la place pour tout le monde sur cette thématique défense et aéronautique ?
Julien Coffinier : Ce n’est pas la même chose. Je pense que tout cela est complémentaire. Vous parlez de Jean-Sarrail, ce n’est pas du MRO. En fait, ils assurent de la logistique en vol à partir de la terre. Ils ne font pas de la réparation mais de la maintenance en opération. Ce n’est pas du tout le même principe de maintenance. On est vraiment très complémentaires.
Il y a tellement d’enjeux qu’il y a de la place pour tout le monde. Moi, ce qui me paraît le plus important, c’est que chaque pôle aéroportuaire se développe sur un certain nombre de compétences qui ne soient pas en concurrence avec les autres pôles, et que l’on crée vraiment une complémentarité régionale. Cela ne sert à rien de chercher à se mettre en concurrence.
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