Depuis la catastrophe de la rue d’Aubagne, et dans un contexte plus global de grande tension sur le marché locatif, la Métropole Aix-Marseille-Provence a choisi de muscler ses outils de régulation.
En première ligne : le permis de louer, un dispositif qui fait de plus en plus d’adeptes parmi les maires du territoire. Mis en œuvre progressivement depuis 2021, ce dispositif connaît une extension géographique rapide, soutenue par une volonté politique forte. Objectif : protéger les locataires, responsabiliser les propriétaires et redonner de la qualité au parc locatif privé.
Une réponse concrète à l’habitat indigne
Le permis de louer s’impose comme une réponse pragmatique à la lutte contre les logements insalubres. Avant de pouvoir mettre un bien sur le marché locatif, le propriétaire doit désormais obtenir une autorisation préalable de la commune. Cette procédure permet aux services municipaux de vérifier la décence et la salubrité du logement, en amont de la signature du bail.
Ce contrôle, loin d’être symbolique, a permis de détecter un nombre significatif de logements indignes. À Marseille, notamment dans le quartier de Noailles, le dispositif s’est inscrit dans une politique plus large de réhabilitation du quartier post-effondrement de la rue d’Aubagne, avec la volonté de ne plus laisser passer des situations à risque.
En parallèle, la Métropole accompagne les communes dans l’instruction des demandes et le suivi des infractions, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à 15 000 euros pour les bailleurs récalcitrants.
Une montée en puissance sur le territoire métropolitain
D’abord testé dans des communes volontaires comme Châteaurenard ou Port-de-Bouc, le permis de louer gagne du terrain. En 2024, 20 communes étaient déjà engagées dans la démarche. En 2025, elles seront 40. Parmi les dernières à avoir rejoint le mouvement : Marignane, Septèmes-les-Vallons, Carnoux-en-Provence ou encore Fuveau. Toutes font face à des situations de tension sur le marché immobilier locatif, avec des quartiers anciens ou des copropriétés vieillissantes, où les risques pour les locataires sont bien réels.
Le plus souvent, le permis de louer n’est pas instauré à l’échelle de la commune, mais dans un quartier ciblé. Il s’agit majoritairement du centre-ville ou des noyaux villageois, qui concentrent à la fois les logements anciens, une forte proportion de bailleurs et une majorité de petites surfaces.

Un outil au service d’une stratégie métropolitaine
La Métropole Aix-Marseille-Provence ne se contente pas d’autoriser le permis de louer, elle l’encourage activement. Elle fournit aux communes un accompagnement technique et juridique, ainsi qu’un système d’information partagé. Elle a également lancé des campagnes de sensibilisation auprès des propriétaires pour rappeler les exigences réglementaires et inciter à la rénovation des logements.
Ce pilotage métropolitain « est essentiel dans un territoire aussi vaste et contrasté », souligne la collectivité. Il permet de mutualiser les moyens (afin que même les plus petites communes puissent recourir au dispositif si elles le souhaitent), d’assurer une cohérence d’action entre les communes, et de répondre à l’urgence sociale posée par le mal-logement.
Une dynamique soutenue par les maires
Le succès du permis de louer dans la métropole tient en grande partie à l’engagement des maires. Ces derniers voient dans ce dispositif un outil à la fois de protection des habitants et de maîtrise du développement urbain. À Septèmes-les-Vallons, la maire, André Molino, a salué un dispositif qui « permet de faire bouger les lignes » face aux propriétaires négligents. À Marignane, on se félicite déjà des premiers constats : plusieurs logements ont été retirés du marché ou rénovés en profondeur.
Face à la crise du logement, à la pression foncière et à la précarité énergétique, le permis de louer apparaît ainsi comme une mesure à la fois simple, ciblée et efficace. Et son extension à l’échelle métropolitaine confirme une tendance de fond : la volonté des collectivités locales de reprendre la main sur la qualité du parc locatif privé.
A lire aussi :
> Immobilier : Marseille en tête des villes côtières où investir en 2025 (Guy Hoquet)
> Immobilier : les professionnels toujours englués dans la crise
> Le champ d’action d’Euroméditerranée étendu à toute la ville de Marseille












