« A jamais les premiers. » Le slogan de Trenitalia est un poil provocateur mais tout le monde, de Marseille à Paris, aura compris la référence, sous forme de clin d’oeil appuyé à la victoire de l’OM en Ligue des champions, en 1993, la première d’un club français, 32 ans avant le PSG.
Depuis ce dimanche 15 juin, pour la première fois, une autre compagnie ferroviaire que la SNCF propose des trajets sur la ligne déjà surchargée entre les deux plus grandes villes de France.
Quatre allers-retours quotidiens
Comme annoncé dès fin janvier par la compagnie italienne, quatre allers-retours quotidiens sont désormais sur les rails, entre les gares de Paris-Gare-de-Lyon et Marseille-Saint-Charles, pour un trajet d’une durée de 3h30 environ, marquant trois arrêts aux gares de Lyon Saint-Exupéry, Avignon TGV et Aix-en-Provence TGV.
Les départs de Paris ont lieu chaque jour à 5 h 54, 11 h 14, 14 h 26, et 19 h 03. Depuis Marseille, les trains partiront à 6 h 52, 9 h 53, 15 h 47 et 18 h 49.


« C’est une étape décisive » (Marco Caposciutti, président de Trenitalia France)
« C’est une étape décisive, qui s’inscrit dans le prolongement de la ligne Paris-Lyon où nous sommes présents depuis décembre 2021 », a souligné, tout sourire, le président de Trenitalia en France, Marco Caposciutti, dès vendredi 13 juin, en présence d’Edoardo Rixi, vice-ministre des infrastructures et des transports italiens, de Jean-Pierre Serrus, vice-président de la Région Sud en charge des Transports, des élus de la Métropole, de la mairie de Marseille et d’élus des territoires desservis par la ligne, ainsi que de Matthieu Chabanel, le PDG de SNCF Réseau.
Entre Trenitalia et la SNCF, une concurrence feutrée mais rude
Une pierre, justement, dans le jardin de la SNCF, qui propose, elle, plus de 20 trains par jour sur sa liaison la plus rentable ? « Ces nouveaux trains, c’est plus d’offres, mais c’est aussi, pour SNCF Réseau, plus de recettes, souligne Matthieu Chabanel, dont la filiale prélève un droit de passage à Trenitalia. Et ces recettes vont directement dans la modernisation et l’entretien du réseau. Donc, on s’en réjouit ! Dans un marché qui est en croissance, avec de plus en plus de demande de trains, ces offres s’ajoutent aux offres existantes, et donc là aussi, c’est positif. »
« Notre offre est une offre alternative et complémentaire de la SNCF. L’ouverture de la liaison Paris–Marseille s’inscrit dans une stratégie plus large d’expansion et de stimulation du marché », explique de son côté Marco Caposciutti. Sur la seule ligne Paris–Lyon, Trenitalia met ainsi en avant, pour 2024, une augmentation de plus de 40% du nombre de passagers, « preuve que l’arrivée d’un nouvel acteur ne fragmente pas la demande, mais favorise au contraire la croissance du secteur ».
Objectif, 1 million de passagers la première année
Officiellement, donc, tout le monde est content, même si personne n’est dupe de l’intense concurrence qui fait rage en coulisses, l’ouverture de cette nouvelle ligne contribuant tout à la fois à augmenter le nombre de voyageurs, c’est vrai, mais aussi et surtout à faire baisser les prix.
La compagnie italienne propose des billets à partir de 27 euros l’aller en seconde classe (dite « Standard ») et 37 euros en première sur cette ligne (évolutif en fonction des places disponibles). Des tarifs qui vont inévitablement obliger la SNCF à revoir sa copie. Trenitalia vise un taux de remplissage de ses trains de 50 % à 60 % et espère transporter un million de voyageurs dans ses « frecciarossa » (flèches rouges) lors de la première année, afin de viser la rentabilité « dans les prochaines années », projette-t-elle, sans plus de précision.
Une ligne Marseille – Suisse renforcée
La rançon du succès. Lancée en 2024 grâce au partenariat noué entre la SNCF et les CFF (Chemins de fer fédéraux suisses), la ligne entre Marseille et la Suisse va être renforcée dès l’été 2026. Pour l’heure, la liaison jusqu’à Genève et Lausanne n’est active que durant une courte période estivale, entre le 27 juin et le 23 août. Mais la demande est là.
Pour y répondre, les deux partenaires mettront donc en fonction un nouveau TGV Lyria, dès l’été 2026, en élargissant l’offre d’avril à octobre. Selon les premières informations, le train, un aller-retour par jour du jeudi au lundi, permettra de rejoindre Genève en 3h59 et Lausanne en 4h54 avec des arrêts à Aix-en-Provence, Avignon et Lyon. Les premiers billets seront mis en vente le 12 novembre 2025 avec un tarif d’appel annoncé à 29 euros pour un aller simple.
Trenitalia à l’offensive tous azimuts
En pleine expansion, la compagnie ferroviaire italienne a d’ores et déjà prévu d’ajouter un sixième aller-retour quotidien entre Paris et Lyon. Elle opère également une ligne Paris-Milan, rouverte le 1er avril dernier après une suspension totale du trafic suite à un éboulement en Maurienne en août 2023. « Dans notre stratégie, il y a la connexion entre Paris et le sud de la France, entre Paris et l’Italie avec Paris-Lyon-Milan et, dans le futur aussi, la liaison Milan-Gênes-Nice-Marseille pour la clôture du triangle Paris-Milan-Marseille », avait expliqué Marco Caposciutti il y a quelques semaines. Même si, pour ça, assure-t-il, il faudra encore attendre.
Où il se murmure encore que la compagnie italienne aimerait aussi aller faire le « match », d’ici 2029, face à l’Eurostar, entre Paris et Londres. Mais ça, c’est une autre compétition…
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