Menacée tout à la fois par le réchauffement climatique, comme l’a encore montré le récent épisode de canicule qui a fait bouillonner les eaux, mais aussi par la pollution, le mouillage des bateaux, l’artificialisation du littoral ou encore les déchets plastiques, la mer Méditerranée souffre, dans des proportions parfois extrêmes, mais le combat n’est pas perdu d’avance.
C’est ce message qu’a souhaité faire passer l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, mardi 8 juillet, à l’occasion de la présentation de son 12e programme d’interventions 2025-2030. « Les actions que nous menons depuis plusieurs années montrent que l’on peut obtenir des résultats mais il faut continuer à agir, plus vite, plus fort. L’heure est à la mobilisation », a introduit Nicolas Mourlon, le directeur général de l’établissement public dont la mission est d’atteindre le bon état des eaux superficielles, souterraines et côtières des bassins hydrographiques Rhône-Méditerranée et Corse.
Agence de l’eau : 100 M€ annuels pour la protection du littoral et de la mer
Pour passer des mots à l’action, l’Agence de l’eau consacrera encore, au cours des six prochaines années, près de 20 % de son budget annuel – 520 M€ – à la seule mission de protection du littoral et de la mer, « soit 100 M€ chaque année ! »
Un effort conséquent, à la hauteur de l’enjeu, majeur, au cœur de la 3e Conférence des Nations Unies sur l’Océan, il y a un mois, à Nice. Car si la mer Méditerranée représente 0,8% de la surface totale des océans, « elle abrite une biodiversité unique avec 17 000 espèces recensées, soit 18% des réserves mondiales », rappelle Nicolas Mourlon, aux côtés de Christophe Lenormand, le directeur interrégional de la mer Méditerranée, présent également pour marquer l’appui de l’État sur toutes les questions relatives au développement durable de la mer, à la gestion des ressources et la régulation des activités maritimes.
« 95 % des eaux côtières affichent un bon état chimique » (Nicolas Mourlon, directeur de l’Agence de l’eau)
Avec un axe fort pour l’Agence de l’eau, engagé « depuis plusieurs années », autour de la restauration des habitats côtiers tels que les herbiers de posidonie, les récifs de coralligène, les fonds rocheux ou sableux. Une flore essentielle à la vie marine, la reproduction des espèces, la protection des côtes contre l’érosion et la lutte contre le changement climatique mais aussi aux activités économiques comme la pêche, le tourisme balnéaire et les activités subaquatiques.
D’importants investissements, quasiment les trois-quarts de l’enveloppe annuelle (72M€) ont déjà permis d’améliorer l’état des eaux, notamment par des actions de lutte contre les pollutions venant de la terre, grâce à la modernisation des stations d’épurations et des réseaux d’assainissement ou la gestion des eaux pluviales. Avec des résultats probants : « 95 % des eaux côtières affichent un bon état chimique », relève Nicolas Mourlon.

Mais c’est bien sous l’eau que le travail le plus spectaculaire est réalisé. Particulièrement en faveur de la protection et de la replantation des herbiers de posidonie qui tapissent nos fonds marins et qui y jouent un rôle primordial. Car ces derniers ne se contentent pas de protèger le littoral de l’érosion, filtrer l’eau ou abriter 25% des espèces de Méditerranée. « Ils captent tous les ans, en moyenne, 96 millions de tonnes de CO2 , l’équivalent de 7,7 fois le CO2 rejeté en 2021 par le trafic aérien national », illustre le patron de l’Agence de l’eau.
276 hectares d’herbiers de posidonie recolonisés en quelques années
La meilleure qualité de l’eau mais aussi (surtout ?) le renforcement de la réglementation avec les ZIM (Zone d’interdiction de mouillage) et des contrôles, en particulier sur le mouillage des grands navires, pour éviter que les plaisanciers jettent l’ancre et défigurent les fonds, ont notamment permis d’améliorer l’état de santé des herbiers de posidonie, dont 844 hectares sont encore considérés comme étant « sous pression du mouillage », sur plus de 80 000 hectares classés « sans pression impactante ».
En 2024, le nombre de mouillages des navires de plus 24 mètres sur l’herbier a ainsi baissé de 93 % par rapport à 2022. Les résultats sont déjà visibles : ce dernier repousse notamment dans des secteurs proches des zones de rejets urbains, preuve des progrès en matière de traitement des eaux usées, comme à Marseille où 9 400 taches de recolonisation spontanée de posidonie ont été recensées. Au total, cela représente 276 hectares recolonisés ces dernières années, de façon naturelle, sur l’ensemble de la façade littorale pour 116 zones concernées.
Des zones de mouillage spécialement aménagées
En complément de la règlementation, l’agence de l’eau soutient également l’installation de zones de mouillage et d’équipements légers (ZMEL) afin d’aider les bateaux à s’amarrer sans abimer la posidonie. C’est le cas par exemple dans le Var, où l’agence a financé, à hauteur de 442 000 €, une ZMEL dans la baie de Cavalière, au Lavandou, afin de préserver quelque 80 hectares d’herbiers de posidonie. Ou encore à Ramatuelle, dans la baie de Pampelonne, où 210 mouillages écologiques vont être mis en service, une opération portée par la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez et qui a bénéficié d’une aide de 3,2 M€ de l’agence de l’eau.
Repic, Prime… des programmes de replantation d’herbiers de posidonies
Pour aller plus loin et impulser une restauration active des herbiers, cette dernière finance aussi, depuis 2019, des programmes de repiquage tels que Repic (REstaurer la Posidonie Impactée par l’anCrage) ou Prime (Posidonia Restoration Initiative for a resilient Méditerranean Ecosystem) qui visent à transplanter des fragments de posidonie sur des sites abîmés désormais protégés par la réglementation. Sur l’ensemble de la façade méditerranéenne française, on estime que 100 hectares de surface sont propices à la restauration par transplantation d’herbiers.

Ces actions de restauration ont des résultats : « Les trois-quarts des surfaces de posidonie affichent aujourd’hui une bonne vitalité à l’échelle du littoral, se réjouit Nicolas Morlon. Les zones où la qualité des herbiers est très bonne se situent entre les caps de l’Estérel et de Brégançon, ainsi que le cap est et la plaine orientale en Corse. A contrario, les zones dégradées concernent tout l’ouest de Fos-sur-Mer, hormis la côte des Albères, la zone entre Fréjus et Sainte-Maxime, celle entre Antibes et Menton et le littoral bastiais. »

Restaurer les nurseries côtières altérées par les aménagements passés
Autre action importante : restaurer 100% des fonctions de nurseries côtières qui ont été détruites par les aménagements progressifs du littoral des régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie. « Ces six dernières années, l’Agence de l’eau a financé l’installation de nurseries dans 56 ports du littoral. L’objectif est d’en équiper 34 supplémentaires d’ici 2030, ce qui représente un potentiel de 20 à 40% de poissons juvéniles supplémentaires par an », fixe Pierre Boissery, expert mer de l’agence.
Laquelle vient par exemple de financer 180 nurseries pour poissons juvéniles dans cinq ports de Toulon. Cette initiative de Portelo Maribay Toulon Plaisance, concessionnaire des dix ports de plaisance de la rade de Toulon pour la Métropole Toulon Provence Méditerranée, utilise des Biohuts®, des cages remplies de coquilles d’huîtres, pour créer des habitats sécurisés où les jeunes poissons peuvent grandir à l’abri des prédateurs.



Mieux, la restauration de ces nurseries générerait à terme, selon l’Agence de l’eau, un chiffre d’affaires de 12 M€ par an et un équivalent de 80 emplois non délocalisables (pêcheurs professionnels, scientifiques, aquariologistes…). Quand la protection de l’environnement rejoint l’économie.

Une reconquête qui réclame une mobilisation constante et de tous
Enfin, l’agence poursuit son soutien à la recherche et à l’expérimentation de nouvelles méthodes pour la restauration des récifs coralligènes et des macroalgues. Concernant les milieux sableux, la priorité est d’approfondir la connaissance sur la vie marine qu’ils abritent. Les études révèlent en effet que ces habitats sont le foyer d’une biodiversité spécifique et florissante, méritant aussi des actions de protection, mais encore fragiles : « 52 % des surfaces de coralligène sont en bon état, prévient le directeur de l’Agence de l’eau. Et les peuplements de macroalgues affichent un bon état pour 74% d’entre eux, contre 85% en 2021, car ils subissent eux aussi les effets de la température élevée de l’eau et de l’air. »
La preuve que les efforts engagés ne supportent aucun relâchement. Et que « la réussite de cette reconquête nécessite la mobilisation de tous, élus, services de l’État, gestionnaires du littoral, usagers de la mer, acteurs économiques… Chacun a un rôle essentiel à jouer. »
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